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Météorites du Maroc: Ce qu’elles nous racontent sur l’origine de la vie

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5840 Le 10/09/2020 | Partager
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Considérée comme la première planétologue du monde arabe, Pr. Hasnaa Chennaoui Aoudjehane est aujourd’hui une experte de météorites reconnue dans le monde  (Ph. ABO)

Le Maroc est l’un des pays les plus riches au monde en météorites. Ces pierres en provenance de l’univers font non seulement le bonheur des chasseurs de météorites, des collectionneurs, mais également celui des scientifiques au niveau international. L’étude de certaines météorites marocaines, extrêmement rares, ont fait faire de bonds de géants à la science.

Membre du comité de nomenclature de la «Meteoritical Society» (société savante qui regroupe tous les chercheurs spécialisés dans les météorites et cratères d’impact dans le monde), considérée comme la première planétologue du monde arabe, Pr. Hasnaa Chennaoui Aoudjehane est aujourd’hui une experte de météorites reconnue. Elle nous emmène dans une fabuleuse aventure aux origines de la vie.

- L’Economiste: On parle souvent du Maroc comme une terre extrêmement riche en météorites, qu’est-ce qui fait cette spécificité?
- Pr. Hasnaa Chennaoui Aoudjehane:
Nous sommes dans un pays avec un grand désert. Les météorites, dont la chute n’a pas été observée et qui sont des trouvailles, s’accumulent dans le désert. Il est difficile de les trouver dans des zones où il y a beaucoup de végétations ou dans les océans, car elles sont soit introuvables soit altérées et décomposées. Les déserts froids comme l’Antarctique ou les déserts chauds comme le Sahara ou dans le désert d’Acatama au Chili, il y a des quantités importantes de météorites, non pas parce qu’elles y tombent en quantités supérieures, mais parce qu’elles s’y sont accumulées avec le temps et qu’elles y ont été conservées. D’autant plus que notre désert est habité. On y trouve beaucoup de nomades, qui par la force de leur environnement sont des observateurs exceptionnels. Ce sont des naturalistes nés et ils ont la capacité de détecter et de reconnaître les éléments de la nature qui ne sont pas communs. C’est ce qui a donné, en partie, une communauté de chasseurs de météorites très organisée. Il faut aussi dire que nous avons un désert qui est sécurisé, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs et ça, ça n’a pas de prix.

- Vous parler des trouvailles, mais il y a de plus en plus d’observation directe de chutes…
- Effectivement, pendant les vingt dernières années, nous sommes à la quinzième chute observée. Ce qui est, ramené à la surface d’un pays, un taux d’observation très important. Cela s’explique par plusieurs raisons. D’abord les gens sont désormais habitués à scruter le ciel et à décrypter les signaux. Ensuite, nous avons un ciel dans les régions du sud qui est préservé et très peu pollué. Cependant, même en comparaison avec des pays disposant de systèmes de détection sophistiqués, nous observons plus de chutes qu’ailleurs. Aujourd’hui je n’ai pas d’argument scientifique pour l’expliquer, nous travaillons dessus, mais c’est une réalité.

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Météorite de Tinhert, chute observée en juillet 2014 dans le sud du Maroc région de Foum Lahcen (Ph. Chennaoui)

- Quel type de météorites est le plus souvent retrouvé au Maroc?
- Si on compare par rapport à l’Antarctique, par exemple, nous avons moins de chondrites ordinaires, et beaucoup plus de météorites rares. Nous avons la plus grande quantité de météorites martiennes, près de 80% des météorites ramassées au Maroc. Pour nous c’est un biais statistique important, parce que les chondrites ordinaires ne sont pas toujours classées officiellement. Les types de météorites rares doivent impérativement être classés pour être commercialisés.

- Qu’en est-il de la météorite dont la chute a été observée le 25 août dernier?
- Il s’agit selon la classification préliminaire d’une météorite de type de «chondrite carbonée». Ce sont des météorites très riches en eau et en matière organique, en carbone, et elles ont une granulométrie très fine. Cela donne des météorites extrêmement friables, qu’on retrouve généralement en petits morceaux d’un noir charbon. Les fragments de cette dernière ont été recueillis très peu de temps après sa chute. C’est-à-dire que la roche n’est pas altérée ou transformée par les conditions terrestres, ce qui en fait un meilleur échantillon pour les études scientifiques. Les météorites de type chondrites sont très primitives, très anciennes, qui se sont formées en même temps que le soleil, les planètes et les astéroïdes. C’est très important parce que c’est sur la base de la datation de ces roches que nous avons pu donner l’âge du système solaire, y compris la Terre. Il s’agit certainement d’une météorite en provenance de la ceinture astéroïde en Mars et Jupiter. La deuxième origine potentielle serait une comète, vu la quantité d’eau contenue dans ce genre de météore.

- Vous dites que ces météorites sont chargées d’eau, cela veut dire que l’eau sur notre planète est d’origine extraterrestre?
- Dans le système solaire, nous avons le Soleil qui est notre étoile principale. Mais cette étoile est très jeune et donc elle ne peut contenir que de l’hydrogène et de l’hélium. Or nous savons que nous sommes formés par tous les éléments du tableau de Mendeleïev. Donc d’où viennent ces éléments? Les astrophysiciens pensent que tous les éléments physiques qui sont en dehors de l’hydrogène et de l’hélium et qui font partie de la masse du système solaire, ont été hérités de l’explosion d’une super nova qui a permis de créer tous les éléments chimiques du tableau de Mendeleïev. Ce n’est qu’en janvier 2020, que des analyses réalisées sur un type de météorites qui ressemblent à celle que nous avons trouvé au Maroc, qu’on a trouvé des particules dont certaines avaient plus de sept milliards d’années. Il a donc été démontré de façon pragmatique et concrète que ce que les scientifiques avancent comme constituant du système solaire est bien antérieur à la création de ce système.

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Coordonnées GPS de la météorite Gueltat Zemmour, chute observée en août 2018 au sud du Maroc (Ph. Chennaoui)

- Que nous racontent ces pierres finalement?
- Si on s’intéresse particulièrement aux chondrites carbonées, elles nous racontent l’histoire du système solaire, son âge, l’histoire de sa formation, etc. Elles nous racontent, comme je vous le disais, l’origine de l’eau sur Terre qui est d’origine, au moins en partie, extraterrestre. Elles nous racontent, également, l’origine de la matière organique. La formation originelle de la Terre ne contenant pas assez d’éléments comme le carbone, l’azote, l’oxygène, hydrogène… pour former les premières briques de la matière organique. Des éléments qu’on retrouve dans ce type de météorites. Il y a une très forte probabilité pour que l’origine des éléments qui ont créé la vie, soient d’origine extraterrestre.

- Peut-on dire aujourd’hui le plus simplement du monde que la vie est d’origine extraterrestre?
- Pas de cette façon-là! Je dirais que l’origine de la vie pourrait être extraterrestre. Ce n’est pas la vie qui est venue telle qu’elle. C’est un cheminement de matières qui se sont combinées pour créer la vie. D’où l’intérêt de comprendre l’origine de la vie par le biais de chutes d’astéroïdes de grandes tailles. Il y a 65 millions d’années le cratère de Chicxulub au Mexique a contribué à l’extension d’un grand nombre d’êtres vivants sur Terre, dont les dinosaures qui ont peuplé la Terre pendant des millions d’années. Il y a donc cet intérêt primordial par rapport à la formation du système solaire, l’apparition de l’eau, de la vie, etc. Mais il y a également l’intérêt par rapport aux extinctions massives d’espèces. C’est-à-dire à la compréhension de l’évolution de la vie et ses modifications sur Terre.

Propos recueillis par Amine BOUSHABA

                                                               

Profession: «Dompteuse» de planètes

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Experte internationale dans le domaine des météorites, de la planétologie et de la géochimie, Hasnaa Chennaoui Aoudjehane est professeur à l’Université Hassan II de Casablanca, directrice du laboratoire GAIA et coordinatrice du Centre de recherche sur les géo-ressources et l’environnement. Première femme diplômée en planétologie au Maroc et dans le monde arabe, elle a obtenu son premier doctorat en géochimie des gaz rares (Noble Gases) de l’Université Pierre et Marie Curie Paris 6, en France.
Elle a soutenu ensuite une «Thèse d’Etat» à l’Université Hassan II de Casablanca au Maroc sur les météorites. Hasnaa Chennaoui Aoudjehane a introduit l’étude des météorites et des cratères d’impact au Maroc et dans les pays arabes, elle a initié des programmes d’enseignement sur la cosmochimie et la planétologie dans les universités marocaines et encadre de nombreuses thèses de doctorat sur ces sujets au Maroc. Elle a étudié et classifié de nombreuses météorites du Maroc et a publié un article dans le magazine Science.
 Pr. Chennaoui a reçu plusieurs récompenses pour ses recherches, dont le «Paul Doistau-Emile Blutet» en Planétologie, de l’Académie des Sciences, l’Institut e France en novembre 2009. Elle est devenue membre du comité de nomenclature de la «Meteoritical Society» (société savante qui regroupe tous les chercheurs spécialisés dans les météorites et cratères d’impact dans le monde) en 2005 et y a été élue membre permanente.

 

 

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