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Société

Covid-19: Comment la bureaucratie plombe la riposte

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5837 Le 07/09/2020 | Partager
La commercialisation des respirateurs marocains en butte aux procédures administratives
Le ministère de la Santé épinglé sur sa communication avec les citoyens
Les essais cliniques du vaccin chinois basé sur le volontariat et la gratuité

C'est  dans une course effrénée et sans précédent que se sont lancés les pays pour la production d'un vaccin contre le coronavirus, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suit plus de 170 projets à travers le monde. Une compétition planétaire face à l'augmentation affolante des cas de contaminations qui dépassent la barre des 26 millions.

De son côté, le Maroc vient de signer deux accords de coopération avec le laboratoire chinois «Sinopharm CNBG» (China National Biotec Group Company Limited), pour participer à des tests de vaccins anti-Covid-19 et s'assurer d'un transfert d'expertise en vue d'une production autonome. Face à ce débat brûlant sur fond d'enjeux géopolitiques, la Fondation Lafqui Titouani a initié une rencontre pour tenter de comprendre et d'analyser la situation actuelle au Maroc.

Les intervenants, le Pr. Azzedine Ibrahimi, directeur du Laboratoire de biotechnologie de la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat et le Dr Hicham Bahiri, spécialiste de la médecine d’urgence et ancien directeur de l’hôpital Moulay Abdallah de Salé, ont ainsi abordé plusieurs thèmes.

■ Essais cliniques du vaccin chinois au Maroc
C’est le grand débat du moment, suite à l'accord signé avec le groupe pharmaceutique chinois Sinopharm. C'est aussi une première pour le Maroc. Pour le Dr Hicham Bahiri, la société chinoise jouit d’une crédibilité reconnue. Elle avait déjà créé 7 vaccins, accrédités par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a été la première à mettre à disposition le vaccin contre le N1H1. Le Dr Bahiri rappelle que le vaccin ne serait disponible pour les citoyens qu’après sa validation par les autorités sanitaires. «Effectuer des tests cliniques de ce virus au Maroc est une bonne chose, puisqu’il expéri mente l’efficacité du vaccin sur le virus qui existe dans notre pays», affirme pour sa part le Pr. Azzedine Ibrahimi. La société chinoise mène ces expériences dans d’autres pays comme le Brésil, l’Argentine et les Emirats arabes unis. Selon les prévisions, le vaccin serait prêt d’ici décembre prochain. Dans tous les cas, les expériences cliniques se basent totalement sur le volontariat, faute de perdre toute crédibilité. Par contre, en cas de succès du vaccin, la personne volontaire en bénéficiera gracieusement à vie. Ce sont autant de règles qui sont en vigueur sur le plan international, expliquent les experts. Dans ce domaine, les intervenants au débat rappellent l’existence d’une mouture d’un projet de loi organisant les expériences médicales, qui traîne encore dans les tiroirs.

■ Où sont passés les respirateurs artificiels made in Morocco?

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En avril dernier, un staff médical avait accompagné la fabrication des respirateurs artificiels, sous la supervision du ministre Moualy Hafid Elalamy. Plus de cinq mois après, le dossier est toujours dans les rouages du ministère de la Santé. Le Dr Hicham Bahiri, qui avait assisté à la première expérience de ces appareils au sein de l’hôpital Moulay Abdallah à Salé, en présence des sociétés en charge de la fabrication, a son avis. Pour lui, il ne s’agit pas d’un refus du département de la Santé. C’est plutôt «la complexité des procédures administratives», qui serait à l’origine du retard pour l’obtention de l’accréditation et le début de la commercialisation de ces respirateurs. En tout cas, les appareils de respiration artificielle existant dans les hôpitaux sont suffisant. Mais si demain, la situation évolue de manière négative et devient incontrôlable, il faudra rapidement faire appel à ces nouveaux appareils, note-t-il. Ce tableau est complété par le Pr. Ibrahimi qui précise que les produits fabriqués sont au stade de la procédure de validation de la part de la Direction des médicaments et de la pharmacie du ministère de la Santé.

■ Faiblesse du système de réanimation

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«Il ne suffit pas d’équiper les lits de réanimation, il faut les doter de ressources humaines», s'est exclamé Dr Hicham Bahiri lors du débat. Les standards internationaux prévoient un médecin réanimateur pour 3 ou 4 lits. Or, au Maroc, le nombre de médecins dans cette spécialité ne dépasse pas 400. Ils sont suivis à peu près par le même nombre d’infirmiers spécialistes dans cette discipline.

■ La communication du ministère de la Santé épinglée

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Il s'agit là aussi d'un grand sujet à polémique: la non-transparence de la communication du ministère de la Santé vis-à-vis des citoyens.
«L’augmentation du nombre de décès ces derniers temps est le produit de la hausse des contaminations. Ce que ne dit pas le département de tutelle», souligne Dr Hicham Bahiri. Actuellement, le taux de létalité par rapport aux contaminations reste stable, variant entre 1,5 et 3%, ce qui correspond à la moyenne internationale. «Mais si demain, le nombre de décès atteint 200 pour chaque 1.000 contaminés, il faudra tirer la sonnette d’alarme», estiment les experts. Selon ces derniers, pour faire baisser les contaminations, il est vital d’observer sérieusement les mesures de distanciation et le port des masques ou le retour au confinement sanitaire comme suggéré par le Souverain. Dans ce dernier cas, l’impact sera négatif sur la situation économique et sociale.
Autre sujet pointé du doigt, les causes des décès. «Le département de la Santé est tenu d’expliquer à l’opinion publique chaque décès pour connaître la part des maladies chroniques (comme le diabète, la pression artérielle, l’obésité et les personnes avancées dans l’âge) et des autres facteurs», estime Pr. Ibrahimi. Au cours de son intervention, il a mentionné le cas d’une journaliste décédée à l’hôpital Moulay Abdallah de Salé à cause du virus. Il s'est avéré qu'elle souffrait de maladies chroniques. Mais le ministère de la Santé n’a pas communiqué cette information au public, a ajouté Dr Hicham Bhiri.

■ La souche du virus local ne diffère pas des autres
 Le Pr. Azzedine Ibrahimi mène des recherches sur le virus  dans son laboratoire qui a bénéficié d’un appui financier du ministère de l’Enseignement supérieur. Il a ainsi pu analyser 47 souches du virus de différents pays et qui ont montré que la souche marocaine ne diffère pas de celles du reste du monde. Le Pr. a souligné que le Maroc ne pouvait commencer les essais cliniques pour le vaccin chinois sans connaissance génétique du virus au niveau local. Son laboratoire est en train de procéder à la cartographie des génomes du virus au niveau national. A partir de cela, «les essais cliniques sont importants puisqu’ils permettent au Maroc de proposer des compositions et des traitements», note-t-il.

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Fondation multitâche

La Fondation Lafqui Titouani, du nom du célèbre Alem et nationaliste, contribue de manière active au débat public. Elle s’est distinguée par l’organisation de nombreuses rencontres politiques. Tous les patrons des partis ont défilé devant la tribune de la Fondation, présidée par Boubker Titouani, directeur de la législation à la Chambre des représentants. Quand la conjoncture l’exige, elle organise des tables rondes thématiques, dont la dernière a été consacrée à la pandémie de la Covid-19. La Fondation a également travaillé sur d’autres projets dont l’un a concerné la jeunesse, avec des ateliers notamment sur la violence, l’éducation citoyenne et les motivations des jeunes. A son actif également, plusieurs publications dont un guide sur les pétitions citoyennes et un autre sur l’autonomie des provinces du sud. Sur ce dernier aspect, la Fondation a planché sur un projet de formation en faveur des associations sur la question du Sahara marocain.

                                                                                  

Coup de pouce à la médecine d’urgence

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La médecine d'urgence est une spécialité tout à fait récente au Maroc. De la brûlure à la fracture, en passant par l'infarctus ou un accident de la circulation, l'urgentiste est un spécialiste qui travaille... dans l’urgence. Parfois, le métier est perçu comme un vrai sacerdoce. La médecine d’urgence est tout d’abord une médecine d’organisation. Et les moyens restent très limités. Pour développer ce métier, estime Dr Hicham Bahiri, «il est nécessaire de mettre en place des incitations susceptibles d’accrocher les étudiants de médecine». Cette spécialité est considérée difficile, surtout que le médecin traite des personnes candidates à la mort comme il travaille quotidiennement dans les salles d’opérations. Sa mission est de recevoir, de prendre en charge et d’examiner rapidement les patients malades ou blessés aux urgences. La rapidité et l’exactitude du diagnostic favorisent une prise en charge optimale du patient. Compte tenu de la diversité des situations, le médecin urgentiste applique au quotidien de multiples compétences, en anesthésie, toxicologie, etc. En fonction de la pathologie détectée, il oriente ensuite son patient vers le service adapté.
Face à la complexité de la spécialité, des postes budgétaires sont proposés, mais ils ne trouvent pas preneurs. D’où l’impératif de mettre en avant des encouragements pour inverser la tendance. «Le salaire d’un médecin urgentiste ne peut pas être le même que celui d'un dermatologue», souligne Dr Hicham Bahiri.

                                                                                  

 Les enfants et le virus

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Pour le Pr. Ibrahimi, les recherches ont montré que les enfants de moins de 10 ans sont moins exposés aux contaminations. C’est pour cela que le risque touche plus les enseignants que les petits élèves. Il appelle donc à mettre en place une stratégie claire pour la rentrée scolaire afin d’éviter que des clusters se développent comme cela a été le cas dans l’industrie et le commerce. Concernant l’enseignement présentiel pour cette rentrée, «en tant que père, je veux que mon fils aille à l’école. En tant que médecin, je crains pour lui». Selon lui, l’équation est difficile, et invite le ministère de la Santé à mettre en place un plan strict et à mener des analyses auprès des élèves et des enseignants.

Mohamed CHAOUI

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