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Dossier Spécial

Jeunesse : Entre religion et tolérance, plus nombreux sont ceux dans le doute

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5826 Le 19/08/2020 | Partager
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Abdellah Chérif Ouazzani, professeur en théologie et chercheur en pensée islamique et sciences de l’éducation: «Il y a moins de tolérance et beaucoup de violence chez les jeunes. L’origine de ce mal vient de l’impact de l’éducation et de l’environnement. Même le système pédagogique est fondé sur la compétition et donc l’élimination de l’autre» (Ph. ACO) 

Des jeunes plus pieux que leurs aînés au même âge, c’est l’un des constats qui revient souvent dans les enquêtes liées à la jeunesse. Ce retour remarquable à la religion est accompagné d’une forte consolidation des croyances et des pratiques de l’Islam.

Selon l’enquête de Sunergia, réalisée en 2018, les jeunes des CSP C et D souhaitent plus de fermeté dans la pratique de la religion, tandis que ceux des classes les plus aisées, militent pour plus de libertés individuelles.

«Les plus nombreux sont ceux qui vivent dans le doute et n’arrivent pas à concilier entre le poids des traditions et les joies de la modernité», précise, pour sa part, Abdellah Chérif Ouazzani, professeur en théologie et chercheur en pensée islamique et sciences de l’éducation. Entretien.

- L’Economiste:  Quelles sont les tendances qui se dégagent de l’évolution des pratiques religieuses des jeunes?
- Abdellah Chérif Ouazzani:
Nous constatons aujourd’hui plusieurs tendances de pratiques religieuses chez les jeunes, allant d’un extrême (fondamentalistes) à l’autre (athées), en passant par les modérés qui arrivent à concilier entre leur foi et leur vie de jeunes. Les plus nombreux sont ceux qui vivent dans le doute et n’arrivent pas à trouver de réponses satisfaisantes à leurs questionnements et leurs attentes. Ils ne parviennent pas à concilier entre le poids des traditions et les joies de la modernité, pour ainsi vivre en paix et dans la sérénité.

- Existe-t-il aujourd’hui chez les jeunes Marocains un socle de valeurs communes?
- Il y a différentes catégories sociales et les jeunes diffèrent dans la pensée et la pratique, et donc leur socle de valeurs dépend de leur référentiel idéologique, soit l’endoctrinement (valeurs idéologiques du groupe), soit le matérialisme à outrance (imprégnation du consumérisme à l’occidental), soit ceux attachés aux valeurs de la société des adultes généralement qualifiées de «valeurs traditionnelles». Pour ce qui est des comportements agressifs et violents souvent constatés chez les jeunes, ils traduisent une crise des valeurs de la société, qui tend à perdre son référentiel et sombre dans la transgression et le vice.
 
- On constate un regain de la pratique religieuse et la consolidation des croyances de la jeunesse d’aujourd’hui par rapport à leurs aînés. Quelle lecture en faites vous?
- Ce constat reflète la réalité et est divisé en 3 catégories. Ce que l’on voit dans les universités et dans les quartiers périphériques est dû en majorité à l’impact des groupes religieux comme le MUR, Al Adl wal Ihssan, le Tabligh, les wahhabites et autres, et dont les membres sont reconnaissables par leur aspect vestimentaire (barbe et tenue afghane pour les hommes, voile et burqa pour les femmes). Auprès des jeunes actifs qui démarrent leur vie professionnelle ou familiale, il s’agit d’un retour vers des valeurs traditionnelles et des enseignements familiaux. Ce sont généralement des jeunes qui «se rangent» après des années de libertinage.
La troisième catégorie concerne les jeunes cadres supérieurs (ingénieurs, médecins, intellectuels…) dont une grande majorité formée à l’étranger. Ces derniers recherchent leur enracinement et leur identité civilisationnelle. Une fois qu’ils ont trouvé les réponses adéquates, ils effectuent leur retour à la religion.
 
- Ces jeunes s’acheminent-ils vers la radicalisation?
- Sur les trois catégories, ce sont ceux de la 1re qui peuvent sombrer dans la radicalisation s’ils ne sont pas extirpés à leurs bourreaux. Pour les jeunes de la 2e et 3e catégorie, il peut y avoir des cas et c’est l’exception qui confirme la règle.
 

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La fièvre du selfie n’épargne pas les lieux de culte. Une pratique qui irrite certains religieux qui arguent que la mosquée est un lieu où l’on doit s’exercer à l’humilité devant le Divin (Ph. L’Economiste)

- Curieusement, parmi cette génération, certains prônent plus ouvertement leur athéisme. Quelle analyse de cette tendance?
- L’athéisme a toujours existé dans la jeunesse marocaine, il y a même eu des conversions de jeunes musulmans au christianisme, car la foi est une imprégnation et une éducation. Aujourd’hui notre société vit plusieurs obscurités, et la plus dramatique est le dévoiement des préceptes, des textes sacrés et des grandes finalités de notre religion. Ce qui a changé le sens et l’essence, d’une religion de paix, de justice et d’amour à une institution de violence, de haine et d’injustice. Toute personne dotée de sagesse et de bon sens fuit l’obscurité à la recherche de la lumière.

 - Y a-t-il réellement une baisse de la tolérance chez les jeunes?
- On constate moins de tolérance et beaucoup de violence chez les jeunes. A mon sens, l’origine de ce mal vient de l’impact de l’éducation et de l’environnement. Aujourd’hui, les films regorgent de scènes de violence et les jeux sont basés sur la brutalité et l’individualisme. Même le système pédagogique est fondé sur la compétition et donc l’élimination de l’autre.
 
 

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Face au poids du conservatisme, vivre en couple, lorsqu’on n’est pas marié, relève du défi quotidien au Maroc. Les relations amoureuses hors mariage sont considérées comme «un péché transgressé». La tradition et la religion s’opposent avec force au libertinage (Ph. F.Alnasser)

- Les réseaux sociaux font-ils que les jeunes perdent les vrais repères et références en suivant des «pseudo-influenceurs»?
- Les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant, pouvant aider à construire et à consolider et capable de totalement détruire l’individu.
Les médias nationaux n’étant pas assez captifs à leur goût, les jeunes se sont aujourd’hui totalement tournés vers les réseaux sociaux qui représentent pour eux la principale sinon l’unique source d’information et donc d’orientation et d’imprégnation. Ce qui n’est pas sans danger car ils peuvent être à la merci de n’importe qui. D’ailleurs, la plupart des jeunes qui ont été recrutés par Daech, l’ont été à travers les réseaux sociaux, dont les administrateurs maîtrisent le langage des jeunes.
 
- Peut-on s’obstiner à opposer les deux notions «Islam et modernité». Sont-elles antinomiques?
- Je ne comprends pas pourquoi on cherche toujours à les opposer, alors qu’on peut les mettre côte à côte ou ensemble. L’Islam est un ensemble de valeurs et la modernité est un processus d’évolution. Est-ce que l’Islam est capable d’évoluer? Oui absolument, et il n’a cessé d’évoluer depuis, car les temps changent et l’humain aussi. A part certains principes et fondements immuables, tout est appelé à évoluer pour convenir et accompagner le changement.
Le Coran, qui est la parole révélée de Dieu, contient 6.236 versets, dont moins de 300 concernent les décisions de jurisprudence. Tout le reste concerne les valeurs morales et la guidance des croyants vers la paix, la justice et la liberté, qui font le socle de la modernité aujourd’hui.

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

                                                                             

Quelle est la place du féminisme dans l’islam?

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«Le féminisme chez les jeunes commence à prendre sa place grâce à des précurseurs plus âgés, et le mouvement se développe fortement car dans la pratique religieuse des jeunes, la place des femmes est prépondérante. En effet, les filles sont plus spirituelles que les garçons, et donc leur influence est plus marquée, ce qui finira par changer les mentalités et assoir une meilleure place du féminisme, ou plutôt une place légitime».

 

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