×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

La lenteur des réformes pénalise l’hôpital public

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5817 Le 05/08/2020 | Partager
Gouvernance, financement, ressources humaines… les chantiers prioritaires
Accélérer la cadence pour généraliser l’assurance maladie
Actuellement, plus de 50% des dépenses de la santé sont supportées par les ménages
budget_insuffisant.jpg

Source: MSP

En dépit de l’accroissement continu durant ces dernières années du budget du ministère de la Santé, ce dernier reste encore en dessous du niveau recommandé par l’OMS, soit plus de 10% du budget national

 La pandémie du Covid-19 a mis à rude épreuve les systèmes de santé à travers le monde en dévoilant leurs points de faiblesse sans distinction entre pays avancés et ceux en voie de développement, à quelques rares exceptions. Durant cette crise, le dispositif mis en place par le Maroc a permis de maîtriser la propagation du coronavirus. Cette pandémie a confirmé l’importance stratégique du secteur de la santé, souvent relégué au deuxième plan par les gouvernements successifs lors de la répartition du budget. 
Cette prise de conscience a suscité un débat public en interpellant les décideurs de plusieurs pays sur les réformes à engager pour développer un système de santé résilient. Ce qui va permettre de renforcer son fonctionnement régulier ainsi que ses capacités de faire face aux situations de crises saisonnières comme cela est le cas de la pandémie du Covid-19. Le Maroc est également interpellé à ce titre pour activer les chantiers des réformes du système de santé actuellement en crise et dans l’incapacité de fournir des services de soins de qualité aux citoyens. Une partie de ces réformes sont déjà prévues dans le plan santé 2025 adopté par le gouvernement en 2018. En présentant ce plan, Anass Doukkali, ministre de la Santé à l’époque, a réitéré « qu’il est indispensable de procéder à une refonte du système de santé pour améliorer la couverture médicale de base et réduire les inégalités de santé qui restent importantes». 
La couverture médicale universelle figure parmi les ambitions phares de ce plan. «66% de la population marocaine dispose d’une couverture médicale de base (AMO et Ramed), ce qui constitue une avancée substantielle», selon le ministère de la Santé. Mais en vertu du dernier discours royal de la fête du Trône, il faudra aller plus loin et assurer une couverture généralisée à l’ensemble des Marocains. Un vaste chantier qui devrait prendre effet à partir de 2021. 
Il s’agit d’un programme de grande importance mais son déploiement sur le terrain pose encore de sérieux problèmes notamment en termes de financement et de gouvernance, selon Dr Abdelhafid Oualalou, pharmacien biologiste, diplômé de l’Institut Pasteur de Paris et chercheur dans l’économie de santé. Pour ce dernier, «on ne peut pas développer un système de santé avec un budget qui ne dépasse pas les 6% du budget général de l’Etat». L’enveloppe allouée à ce secteur reste faible en comparaison avec des pays similaires de la région et également en dessous du niveau recommandé par l’OMS, soit plus de 10%. Selon Oualalou, le taux de couverture réel ne dépasse pas 45%, ce qui rend difficile l’accès aux soins au profit de la population à commencer par celle relevant du régime Ramed. 
La prise en charge de cette catégorie est assurée par les hôpitaux publics qui souffrent d’un déficit énorme en équipements et ressources humaines avec des dysfonctionnements en termes de gouvernance et de gestion à commencer par l’accueil des malades. Une telle situation va favoriser le développement d’un système de santé à deux vitesses, «un pour les pauvres et “ramedistes” et un autre pour les mutualistes et patients aux revenus moyens». «Le problème qui se pose actuellement est que l’assurance maladie ne garantit pas une couverture médicale totale que ce soit pour les mutualistes de la CNSS et de la Cnops que pour les ramedistes», ajoute Ali Lotfi, SG de l’ODT (Organisation démocratique du travail). En plus des longs rendez-vous, ces derniers sont souvent obligés d’acheter des médicaments et d’autres prestations non disponibles dans l’hôpital public: analyses médicales, radiologie… précise-t-il. «Les mutualistes se trouvent eux aussi dans la même situation du fait qu’ils sont obligés de prendre en charge près de 37% au titre du ticket modérateur qui ne devrait pas dépasser 20%», affirme Lotfi. Toujours dans le même registre, ce dernier rappelle que plus de 50% des dépenses de santé sont actuellement supportées par les ménages contre l’objectif de 25% annoncé il y a près d’une décennie. La question de financement du système de santé et la généralisation de la couverture maladie font ainsi partie des chantiers prioritaires à entreprendre. A ce titre, le SG de l’organisation syndicale rappelle le retard enregistré dans la publication des textes d’application de la loi 98-15 relative au système de l’assurance maladie obligatoire destiné aux professionnels, travailleurs indépendants et non-salariés exerçant des activités privées. 
En plus de la rationalisation des dépenses, le plan santé 2025 prévoit d’engager une concertation et un plaidoyer pour la mobilisation des ressources additionnelles auprès de l’ensemble des parties prenantes à commencer par le département des Finances. «Les dépenses totales de santé (DTS) devraient tendre vers 8% du PIB national à l’horizon 2025 avec une réduction des dépenses des ménages qui devraient atteindre moins de 25% des DTS». Et cela, avec une augmentation du financement collectif et solidaire devant dépasser 70% des DST, réparti entre ressources fiscales et couverture médicale, est-il indiqué. 
Pour Lotfi, il faut aussi renforcer le contrôle au niveau du secteur privé pour mettre fin à l’anarchie des prix pratiquée par certaines cliniques qui considèrent la santé comme une activité purement commerciale réalisée, hélas, par une grande partie du personnel du ministère de la Santé payé par le budget de l’Etat.     

 Promotion du statut du personnel médical 

Le déficit en ressources humaines figure parmi les sérieux problèmes qui entravent le bon fonctionnement de l’hôpital public. En plus de la mauvaise organisation et gouvernance, il y a également la question du statut du personnel médical qui ne favorise pas l’attachement et l’épanouissement des RH au sein de l’hôpital public. Une partie du personnel médical, à commencer par les professeurs et les médecins spécialisés, passent plus de temps dans les cliniques privées que dans leur établissement public, regrette un délégué du ministère de la Santé. Pour pallier cette situation, il faut s’attaquer d’urgence à l’application anarchique du temps plein aménagé (TPA), recommande vivement un professeur éminent du CHU de Rabat. Pour ce dernier, à l’instar d’autres pays occidentaux, comme la France, le TPA pourra s’exercer au sein de l’hôpital public. Pour le reste du corps médical: médecins, infirmiers, administratifs, techniciens…, une revalorisation conséquente de leurs salaires s’impose. 

 

Noureddine EL AISSI
 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc