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Le Cercle des Experts

Logements sociaux, message urgent pour la Commission du «nouveau modèle»

Par Abderrafi LAHBABI | Edition N°:5807 Le 20/07/2020 | Partager

Architecte DPLG et docteur en sciences urbaines de l'université des sciences sociales de Grenade. Il a été directeur de l'urbanisme au ministère de l'habitat avant de rejoindre l'exercice libéral et réaliser de nombreux projets. Il est versé actuellement dans l'enseignement et la recherche et participe à une vision engagée sur les questions de l'architecture et de la ville

Le virus et le confinement qui s’en est suivi, nous ont rappelé brusquement et crûment la question du rapport de l’homme à son milieu bâti. Il révèle l’incapacité de notre habitat de répondre à nos besoins dès qu’il y a restriction de mouvement.

Le confinement est un appel à s’astreindre à vivre dans un périmètre limité prévu pour abriter des fonctions élémentaires de l’anthropologie de l’habiter. La plupart de nos constructions ne sont pas conçues pour répondre à cette inattendue exigence. Elle a montré l’importance de l’espace public. Il est difficilement supportable pour les couches sociales des mal-logés de vivre sans ces espaces.

Le premier besoin humain: l’espace

On retrouve ici une constante sociologique des quartiers populaires, de partout dans le monde, consistant à remarquer que plus on est pauvre plus on vit à l’extérieur; et comme corollaire on relève un rapport direct entre le taux d’infection et les grandes densités observées dans ces quartiers défavorisés.

Le manque d’équipements d’accompagnement conduit la rue à jouer le rôle de plusieurs fonctions urbaines à la fois, elle supporte la circulation, la flânerie, le commerce, l’activité informelle; elle sert également comme aires de jeux pour enfants ou de refuge pour les sans-abri.

Cette confusion-profusion de tâches contribue à la congestion fonctionnelle et à la concentration des densités urbaines. A l’origine de cet état de fait, non seulement l’économie informelle et la pauvreté sociale mais aussi un urbanisme qui n’accorde pas l’attention nécessaire à l’aménagement de l’espace public et des équipements d’accompagnement. Les plans d’urbanisme régissant nos villes se réduisent à des plans de zonage traitant essentiellement le droit des sols et quelques règles de constructibilité des parcelles. Ils régissent les hauteurs d’immeubles, les reculs de voisinage et les emprises des voies publiques (la fameuse note de renseignement délivrée par les agences urbaines).

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Chantiers de logements sociaux, entassés les uns sur les autres, dans la périphérie de Casablanca… où les ordures ne sont pas ramassées! A cause de tous «ces logements mal orientés, sans ouvertures, sans balcons, sans terrasses, sans jardins… les habitants sont appelés à vivre une bonne partie de leurs besoins et de leurs activités à l’extérieur de leur espace habitable, au dehors du logis, réduit souvent à la fonction de dortoir» (Ph. Fadoua Alnasser)

Message à la Commission Benmoussa

Ces plans s’avèrent peu soucieux de l’équilibre entre les bâtiments d’habitation, les équipements d’accompagnement, les espaces publics et encore moins de la dynamique d’urbanité attendue de ces éléments physiques. Dans cette logique c’est le code d’urbanisme juridique qui engendre la ville au détriment d’une stratégie conceptuelle en amont réfléchie et concertée. Ce modèle d’urbanisme génère la ville sans âme et sans vision, loin de produire les conditions spatiales pour l’émergence d’une urbanité contemporaine en tant que qualité de mode de vivre ensemble.
Les crises sociales ou naturelles ont souvent été à l’origine de la reconsidération des mauvaises pratiques acquises.

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Une politique de la ville respectueuse de citoyens devrait s’attacher à créer des espaces extérieurs soignés, dans les quartiers pauvres, car les familles pauvres ont besoin de compenser l’étroitesse de leurs habitations. Il faut aussi que les enfants, mères, familles et vieilles personnes disposent d’endroits agréables et sécurisés. Et en plus sinon surtout l’espace public doit offrir des lieux nombreux où exercer les activités génératrices de revenu. Au Maroc, on fait le contraire, comme le montrent ces deux cartes de Google Maps, sur deux quartiers de Casablanca, Oulfa et Anfa. Devinez qui est qui!

Cette épreuve du confinement peut-elle nous faire prendre conscience de la nécessité de réorienter nos pratiques de construction et d’urbanisation? La réflexion autour du «modèle de développement» actuellement en cours dans le pays, et au-delà de l’approche classique accordée à la ville dans l’aménagement territorial, on peut s’interroger sur la place à accorder aujourd’hui à la ville comme vecteur d’une nouvelle urbanité porteuse d’une nouvelle qualité de vie urbaine.

Dans le monde, il suffit d’observer les villes qui ont gagné le pari de leur mutation pour comprendre que cette reconquête de la vie urbaine conviviale passe nécessairement par une «politique de la ville»; basée sur une lucide action en matière d’aménagement des espaces publics, d’équipements communautaires et de transport collectif, tout en mettant l’homme et l’environnement au centre des préoccupations de la planification urbaine.

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Logements sociaux, dits en «nid d’abeilles», à Hay Mohammadi, Casablanca. Ils sont déjà abîmés. Les rares espaces verts ont été rapidement convertis en immeubles, sur la pression des conseils municipaux (Ph. Jarfi)

                                                                                 

Les concepts fondamentaux

Quand il y a une trentaine d’années, la production de logement est passée dans la sphère du capital financier et du rendement spéculatif, sous prétexte de parer au plus urgent et d’offrir le maximum de logements, de larges franges d’urbanisation ont été faites par des opérations successives d’ensembles de lotissements sans faire cas d’une vision urbaine nécessaire pour une ville réussie.

Quand il devient un produit marchand, le logement de mauvaise qualité se généralise en faisant fi des besoins des usagers et de la maîtrise du processus d’urbanisation.

Ainsi, à l’occasion de cette expérience de confinement on découvre l’importance des concepts fondamentaux qui régissent l’architecture et la ville: qualité constructive, contrôle des densités, lumière-ensoleillement, espaces publics et espaces verts, mixité sociale et programmatique…

C’est précisément ce genre de préoccupations pour lesquelles nombre d’architectes fondent leurs actions pour la conception et l’aménagement de la ville viable…
Hélas, ils sont rarement écoutés par la bureaucratie de l’administration ou les intérêts des donneurs d’ordre.

 

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