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Médias

La presse encore plus fragilisée par la crise de la Covid-19

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5802 Le 13/07/2020 | Partager
Grosses pertes à cause de la suspension de la distribution et du recul des recettes publicitaires
Coût de production élevé, consultation gratuite, recul des ventes… principaux maux du secteur
Il faut compter au moins 1 an et demi à 2 ans pour un retour à la normale, selon les professionnels

Déjà fragilisé par une crise structurelle depuis quelques années, le secteur de la presse a été également frappé de plein fouet par les effets de la crise de la Covid-19. Aujourd’hui, «les entreprises de presse, dont les résultats sont au négatif depuis quelques mois, se retrouvent dans l’incapacité de payer les salaires des journalistes et autres collaborateurs».

Le constat du Conseil national de la presse est sans appel. Cette instance a réalisé une étude sur l’impact de la crise liée à la pandémie du Coronavirus, mettant l’accent sur les différents challenges auxquels font face les professionnels. «Les entreprises de presse vivent actuellement une véritable crise existentielle, dont l’aboutissement devra influencer leur survie», peut-on lire dans ce document.

Celui-ci a mis l’accent sur une série de dysfonctionnements qui plombent les performances du secteur. Résultat: «une crise structurelle, qui touche particulièrement la presse écrite, dont les manifestations sont tangibles depuis plus de 3 ans, et qui ont été accentuées avec la pandémie et les mesures prises par les autorités pour l’endiguer».

Cela concerne notamment la décision de suspension de l’impression et de la distribution des journaux, ayant privé les entreprises de presse de revenus déjà affaiblis par les problèmes que connaît le secteur. Il s’agit notamment de la hausse du coût de production, de l’inflation de la consultation gratuite ainsi que la faiblesse des aides octroyées par l’Etat. Et la reprise post-Covid-19 s’annonce difficile, de l’avis des professionnels sondés par le Conseil national. Pour 60% d’entre eux, il faut compter au moins un an et demi à 2 ans pour un retour à la normale.

                                                                        

■ Perte de 25 millions de DH en net

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Entre le 18 mars et le 18 mai derniers, soit le premier mois du confinement, marqué par la suspension de l’impression et de la distribution des journaux, les investissements publicitaires ont chuté de 110% par rapport à la même période l’année dernière. Cela est dû notamment à la suspension des campagnes publicitaires. Certains budgets dédiés aux annonces ont été supprimés de manière définitive. A part les communications financières, qui constitue une obligation légale pour les sociétés, tous les secteurs sont concernés par la baisse des investissements publicitaires, y compris les grands annonceurs des filières des télécoms, de l’agroalimentaire et du secteur bancaire. Résultat: une perte de 17,5 millions de DH en brut, soit 9 millions de DH en valeur nette. Globalement et à partir de tous ces indicateurs, la perte résultant de l'arrêt des ventes et de l'impression ainsi que de la baisse des commandes publicitaires est estimée à plus de 81 millions de DH par mois, soit 243 millions de DH en trois mois. Pourtant, le nombre des lecteurs des journaux a explosé durant la période du confinement, surtout après que plusieurs supports aient opté pour la gratuité du contenu en format PDF électronique. Le nombre des consultations a dépassé 225 millions par mois. Aujourd’hui, le Conseil met l’accent sur l’importance de certaines mesures d’urgence, notamment la mobilisation de 205 millions de DH d’appui public, qui permettra notamment de couvrir les dépenses liées à la masse salariale durant les mois de juillet, août et septembre.

                                                                        

■ Les ventes en chute libre

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200.000 exemplaires. C’est le nombre global des journaux vendus quotidiennement, selon une étude réalisée par la Fédération des éditeurs en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Communication. Un niveau insignifiant pour une population de plus de 35 millions d’habitants. Pire, ce chiffre ne reflète pas la réalité, dans la mesure où un journal est consulté en moyenne par 4 à 10 personnes, notamment dans certains espaces comme les cafés.
Selon l’étude réalisée par le Conseil national de la presse, les pertes annuelles à cause de cette pratique s’élève à 356 millions de DH. Parallèlement, les ventes des journaux sont également en recul, comme cela est confirmé par une étude ayant pointé une baisse de 33% pour les quotidiens et 65% pour les hebdomadaires entre 2012 et 2016.

                                                                        

■ Une santé financière bancale

Au-delà des problèmes opérationnels, les entreprises de presse au Maroc font face à un véritable enjeu structurel lié à la faiblesse des capitaux investis et des capacités financières pour faire face aux périodes difficiles. C’est ce qui ressort de l’étude réalisée par le Conseil national de la presse. Actuellement, 29 entreprises, dont 21 actives dans la presse électronique, sont déficitaires. En face, le chiffre d’affaires du secteur est en recul depuis quelques années. Il a atteint 574 millions de DH en 2017. Ce montant est en baisse de 35% par rapport à 2012. Sur 58 entreprises de presse, 8 d’entre elles accaparent 70% de ce chiffre d’affaires. Ces statistiques sont biaisées, selon l’étude du Conseil, dans la mesure où cela ne reflète pas le nombre réel des lecteurs. Si chaque lecteur achetait son journal, le chiffre d’affaires devait atteindre 883 millions de DH, dont 535 millions des ventes, 290 millions en termes de recettes nettes des publicités, en plus de 58 millions de DH du soutien public.

                                                                        

■ Idem pour les recettes publicitaires

Au moment où les recettes publicitaires sont en hausse durant les dernières années, passant de 2,8 milliards de DH en 2005 à 6 milliards en 2018, l’impact reste encore faible pour les entreprises de presse. D’autant que la part des journaux en matière de publicité a chuté de 55% entre 2010 et 2018. Une situation accentuée durant les 5 premiers mois des trois dernières années, avec une baisse de 72,4%, selon l’étude du Conseil national. Parallèlement, ce marché connaît de grandes transformations depuis quelques années, notamment sur le plan digital. Sur ce point, une grande partie des budgets publicitaires sur le web est accaparée par les GAFA, qui totalisent 80%. Les sites d’information, eux, bénéficient à peine de 20% de ces budgets. La baisse des recettes publicitaires devra se poursuivre dans le contexte post-Covid-19, de l’avis des professionnels.

                                                                        

■ Distribution: un maillon faible?

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La distribution constitue l’un des principaux problèmes auxquels font face les professionnels de la presse écrite. Surtout qu’il s’agit d’un «facteur qui alourdit le coût de revient». Une situation compliquée par l’étroitesse du marché, à cause de la faiblesse du nombre des lecteurs. Résultat: le volume distribué n’arrive pas à couvrir les frais des sociétés de distributions, dont certaines risquent de déclarer leur faillite. Parallèlement, le nombre des points de vente, déjà insuffisant, est également en recul depuis quelques années.

La presse en chiffres

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• 110% est le taux de la baisse des investissements publicitaires durant le 1er mois du confinement par rapport à la même période l’année dernière

• 243 millions de DH de pertes nettes durant les trois mois du confinement

• 225 millions par mois est le nombre des consultations des journaux en format électronique durant la période de suspension de l’impression et de la distribution

• 4 à 10, est le nombre de personnes qui consultent gratuitement chaque journal, notamment dans les cafés

• 80%, est la part des GAFA dans le marché publicitaire, réduisant la part des sites d’information à seulement 20%

• 574 millions de DH est le chiffre d’affaires des entreprises de presse en 2017.

M.A.M.
 

 

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