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Et si Casablanca retrouvait son statut de «ville monde»?

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5795 Le 02/07/2020 | Partager
Une émission entre nostalgie et vision du futur
Un partenariat inédit entre 2M et Yamed Capital

«Metropolitan Casablanca» l’émission proposée par 2M et  le groupe de services immobiliers Yamed a tenu toutes ses promesses. Des intervenants de grand calibre, des thèmes pertinents, autour de la métropole, sa genèse, son histoire, ses atouts mais aussi ses contradictions et sa vision du futur.

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Un TV show en ligne avec tous les moyens techniques de la deuxième chaîne. Une expérience réussie qui devrait inspirer d’autres initiatives. (Ph 2M)

Un TV show en ligne, inédit, que nombre de spectateurs espèrent voir se reproduire tant il reste de choses à dire sur cette ville complexe, tantôt fascinante et vibrante tantôt arrogante et discordante. Entre nostalgie et vision du futur, l’émission, magistralement animée par Fatiha El Aouni, a donné la parole à un nombre important d’architectes, de spécialistes de branding, d’historiens, d’urbanistes, d’artistes ou tout simplement de passionnés de la ville.

Des interventions, sans langue de bois, qui ont mis en avant les avantages de la cité, son histoire, ses atouts mais également ses retards, ses incohérences et la perte d’une aura historique, sur laquelle la ville n’as pas su capitaliser, faute d’une politique de «city-branding» pertinente. 

Si pour Nadia Fettah Alaoui, la ministre du Tourisme, la ville de Casablanca est une destination de « City-break » de choix, la métropole est plus considérée comme un espace de transit, par la majorité des visiteurs, rappelle le célèbre publicitaire Richard Atias. Ce dernier fait part de son incompréhension face à l’absence d’infrastructures dignes  d’une métropole. 

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Grâce à de nouvelles infrastructures la ville de Casablanca est en train de se réconcilier avec son patrimoine. Conçu par le duo d’architectes Rachid Andaloussi et Christian de Porzenparc, le bâtiment futuriste rappelle l’audace des architectes qui ont fait la gloire de Casablanca (Ph. DR)

«Je ne comprends pas qu’une ville comme Casablanca ne dispose ni d’un palais des congrès ni d’un musée international et n’organise pas un évènement à la mesure de Mawazine à Rabat». Des réalisations qui ne sauraient tarder selon Mustafa Bakoury, président de la Région Casablanca-Settat, qui annonce que le projet d’un centre de conférence international est sur les rails et que le lieu est déjà identifié.

Le futur visage de Casablanca est ainsi évoqué: Le Grand Théâtre, la nouvelle zone urbaine Casa-Anfa, le pôle Casablanca-Finance City, l’extension du tramway… Faisant dire à l’architecte et membre fondateur de l’association Casamémoire,  Rachid Andaloussi, que la ville est en train de se réconcilier avec son passé.

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Un pluralisme décoratif des façades des grands immeubles voit le jour en centre ville. Une identité propre de la ville et un atout pour le tourisme largement sous exploité (Ph. DR)

Car de l’avis de tous, la ville ne saurait garder son identité si particulière, sans la préservation de son patrimoine architectural exceptionnel. Un patrimoine appelé à dialoguer  avec les réalisations futures. Pour Jean-Louis Cohen, éminent expert en architecture, Casablanca est une ville vivante, dynamique, qui doit le rester.

Pour le co-auteur de «Casablanca, Mythes et figures d'une aventure urbaine» l’un des ouvrages les plus complets sur le patrimoine architectural de la ville blanche, il ne s’agit pas de figer la ville dans une démarche muséale, mais de protéger la cohérence architecturale et urbaine de la ville en préservant les paramètres qui font son identité.

Un concept sur lequel rebondit Karim Beqqali, président de Yamed Capital, en abordant l’un des projets phare de l’entreprise, qui est la construction d’un ensemble immobilier (siège social du Crédit du Maroc, Canopy Hilton…) sur l’emplacement des Arènes au cœur du boulevard d’Anfa à Casablanca, démoli en 1973.

L’émission a également vu la participation de  Zineb Andress Arraki, architecte et artiste-photographe, Aicha El Beloui, illustratrice, graphic designer et creative director, Oum auteure compositrice,  Mohamed Tangi, collectionneur, chercheur et passionné de la ville de Casablanca.

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Ville de toutes les démesures Casablanca concurrençait les plus grandes métropoles. Ici la piscine municipale  faisait la fierté des casablancais. Considérée comme la piscine la plus longue du monde à son époque, avec des dimensions à couper le souffle: 80 mètres de longueur pour 75 mètres de large, elle a été inaugurée le 14 juillet 1934 (Ph. DR)

                                                                    

Une leçon d’architecture

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Dès le début, la ville de Casablanca a été prise comme modèle et l’expérience largement médiatisée. Ici le bâtiment «Nid d’abeille» de l’architecte  Georges Candilis  en couverture d’un des magazines d’architecture les plus en vue de l’époque. 1954.  (Ph. DR)

Les  nouvelles villes ont toujours été des terrains de jeux exceptionnels pour les architectes, urbanistes et autres façonneurs des cités. Pendant toute la première moitié du XXe siècle, la ville de Casablanca aura été l’un des laboratoires d’architecture les plus avant-gardistes de la méditerranée comme ailleurs  Brasilia au Brésil et Chandigarh en Inde. Prédestinée à être une grande métropole, la ville attire une importante population européenne, en quête de bonnes affaires et d’horizons nouveaux, bien avant l’installation du Protectorat. 

En 1905, sur 20.000 habitants, on recense 570 européens. Ils seront 31.000 en 1914, auxquels vont bientôt se rajouter d’autres milliers de Marocains, attirés par l’essor du nouveau port, dont la construction est entamée dès 1913. L’épopée casablancaise prend toute son ampleur avec une poignée d’architectes, d’entrepreneurs aux origines les plus diverses, attirés par un côté «far west» de la ville en plein essor.

Particularité heureuse de la ville, à Casablanca les savoir-faire  des arts traditionnels se sont mêlés à l’architecture moderne et aux courants internationaux ainsi qu’aux courants décoratifs du début du XXe siècle, donnant ainsi naissance à un style original, propre à la ville: le néo-mauresque ou néo-marocain. Dès lors, un pluralisme décoratif des façades des grands immeubles qui voient le jour en centre ville va fleurir: Angelots, corbeilles de fruits, têtes de lions se mélangeront harmonieusement aux frises en zellige, en stuc ou aux balcons en bois de cèdre comme en témoignent l’hôtel Excelsior, l’immeuble-passage El Glaoui, ou encore les bâtiments de la place administrative. Plus tard la jeune garde des architectes prendra le relais.

Dès la fin des  années 30, la rigueur et un  dépouillement non dénué d’élégance prend le pas. Confort et modernité sont les maîtres mots de la création architecturale.  Dès lors, le travail sur les volumes remplace celui sur les décors qui laissent la place aux balcons, aux bow-window.

Les immeubles tiennent compte des nouveaux modes de vie de la bourgeoisie casablancaise et tous sont équipés d’ascenseurs, d’incinérateurs à ordures, de garages ou parking souterrain et les appartements de salle de bain. Une modernité et un confort encore rare en Europe à l’époque. Sur les collines d’Anfa et autres quartiers huppés, les architectes débordent d’ingéniosité. Des villas aux accents californiens s’érigent comme autant d’œuvres d’art à la gloire de leurs propriétaires.

En parallèle, la multiplication des loisirs pour l’ensemble des catégories sociales favorisera le développement des clubs privés sur la corniche, la construction de nouvelles salles de cinéma-théâtres  ou encore le développement des stations-services et garages de concessionnaires de voitures.

A.Bo

 

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