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Unesco: «La crise? Une opportunité

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5793 Le 30/06/2020 | Partager
L’économie, fragilisée, renforce la pertinence des actions de l’Unesco
Création de la Coalition mondiale pour l’Education et de l’initiative ResiliArt pour sauver l’art et la culture
L’Afrique, au centre de toutes les attentions
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Pour Firmin Matoko, sous Directeur Général Priorité Afrique et Relations Extérieures de l’Unesco, «la crise actuelle démontre le rôle impératif de l’éducation et renforce la nécessité de l’interconnexion entre la recherche scientifique et la politique internationale» (Ph Unesco)

Lors de cette crise sanitaire, l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture a dû mettre en place des systèmes efficients afin de mutualiser ses efforts et apporter une réponse globale et multidimensionnelle à l’ensemble de ses projets partout dans le monde. En parallèle, l’Unesco continue d’œuvrer au Maroc et travaille actuellement avec la Fondation OCP et l’UM6P de Benguérir sur un grand projet continental qui vise à former les jeunes africains à repenser les stratégies de développement de leurs pays en utilisant des outils de prospection et d’innovation pour une synergie commune.

- L’Economiste: Quelles sont les incidences de cette crise sanitaire mondiale sur les actions menées par l’Unesco dans le monde?
- Firmin Matoko:
La pandémie de Covid-19 a indéniablement renforcé la pertinence du mandat de l’Unesco réparti à travers plusieurs champs d'expertise, soit l'éducation, les sciences naturelles, les sciences sociales et humaines, la culture, la communication et l’information. Elle a surtout montré le besoin d’une mutualisation des efforts, de la réflexion et d’une réponse globale et concertée à cette crise planétaire, multidimensionnelle et qui n’épargne aucun pays du monde, riche ou pauvre. En ce qui concerne l'impact de la pandémie sur la mise en œuvre de nos activités, l'Unesco ainsi que nos nombreux partenaires, les ministères de tutelle, les réseaux d'experts, la société civile ou nos commissions nationales, avons rapidement donné la priorité à quelques axes clés: évaluer et documenter l'impact de la pandémie sur l'éducation, la culture, les sciences, et les médias, et développer des initiatives et des solutions aux problèmes les plus urgents comme justement celle de la fermeture des établissements scolaires.

- Quelle a été votre riposte?
- Notre réponse immédiate à la crise, a été celle de la fermeture des écoles partout dans le monde. L’Unesco a mobilisé tous les responsables nationaux de l’éducation pour réfléchir ensemble aux meilleures solutions pour continuer à délivrer notre enseignement. A ce propos, nous avons créé une coalition mondiale des ministres de l’éducation afin de mutualiser les efforts et les expériences communes. Malheureusement, l’accès aux technologies pour l’enseignement à distance n’a pas été accessible à tous et de manière globale cette «fracture digitale» a été davantage accentuée par cette crise sanitaire mondiale. Nos bureaux en Afrique notamment, ont été très réactifs en accompagnant les pays dans la mise en place de programmes d’enseignement à distance comme au Cameroun, au Maroc, en RDC, au Ghana, au Sénégal, en Côte d’ivoire, au Nigeria, au Sud-Soudan où notre institution appuie la formation à distance des enseignants et des élèves en particulier dans les zones les plus démunies. Nous avons appelé les gouvernements à nous accompagner dans les projets à caractère prioritaire en nous octroyant les moyens nécessaires pour leur concrétisation.

- Quels sont les chantiers prioritaires prévus?
- L’Organisation a privilégié plusieurs modalités d’intervention. Tout d’abord, il s’agissait de mobiliser la coopération internationale et le dialogue politique de haut niveau, par notamment la création de la Coalition mondiale pour l’éducation et ses initiatives phares sur le genre, les enseignements et la connectivité. Nous avons également lancé le mouvement «ResiliArt» du soutien aux artistes et nous avons organisé des réunions ministérielles de haut niveau en ligne pour mettre en place un dialogue mondial et un partage des bonnes pratiques. Par ailleurs, l’Unesco a mis en place des campagnes de plaidoyer et de sensibilisation (ex : #learning never stops, pour soutenir et promouvoir la continuité de l’éducation ; #dontgoviral sur la façon d’atténuer la propagation du Covid 19 en Afrique avec l’appui des artistes, les hashtags #shareculture, #Shareouheritage, #shareinformation).

- Comment cette pandémie a-t-elle modifié la mise en œuvre de l’ensemble de vos programmes dans les pays?
- Nous avons œuvré pour un soutien politique et technique au renforcement des capacités humaines et institutionnelles, notamment dans le contexte des cadres de coopération des Nations unies pour le développement durable, afin d’établir des cartographies nationales (ex : évaluation des systèmes éducatifs, de la résilience des écosystèmes dans les sites du patrimoine mondial et les réserves de biosphère, cartographie des politiques et stratégies en STI). Enfin, nous avons récolté et produit l’ensemble des données et analyses visant à soutenir l’accès à l’information et à éclairer l’élaboration des politiques (ex: cartes interactives fournissant des données actualisées en temps réel sur la fermeture des établissements scolaires, sites du patrimoine mondial, préparation de documents de référence).

- Cette crise sans précédent a beaucoup affecté l’Europe et les USA, l’Afrique a été relativement épargnée. Comment expliquez-vous ce changement de paradigme?
- La crise n’a, en réalité, épargné aucun pays du monde. Elle s’est déployée de manière inégale touchant avec moins d’amplitude et de rapidité l’Afrique. Certains pensent que cela est dû à la réaction instantanée des gouvernements qui ont adopté parfois avec force les mesures barrières aux populations évitant ainsi une propagation de la pandémie. D’autres soutiennent que cela est le résultat de conditions climatiques peu enclines au développement du virus. Même si nous déplorons moins de victimes, il n’en demeure pas moins que cette crise du Covid-19 a fortement ébranlé les valeurs et normes culturelles des populations habituées à des modes de vie à l’opposé de ces mesures barrières (distanciation sociale, confinement, etc.). C’est en cela que nous identifions en effet, un changement de paradigme. Celui-ci remet en question toute la perspective du développement et de la croissance en Afrique qu’il faut repenser en profondeur, car les conséquences à long terme seront positives ou néfastes pour l’avenir du Continent Africain, un sujet que nous abordons actuellement à l’Unesco avec nos partenaires institutionnels ainsi qu’avec les intellectuels et penseurs africains. Les hypothèses de développement et de croissance doivent être revisitées à la lumière de cette crise.

- Economies mondiales fragilisées, crises géopolitiques… Comment dans un contexte perturbé, l’Unesco pourra-t-elle retrouver ses marques et envisager l’avenir?
- Difficile de dire ce que sera l’après-covid, mais il est certain que le monde ne sera plus le même. La crise sanitaire a eu des conséquences économiques dans plusieurs pays dans le monde, ce qui exacerbe les crises sociales et politiques. Ce qui nous ramène à la feuille de route de l'Agenda 2030, qui met en perspective les objectifs de développement durable identifiés par l’Accord de Paris sur le changement climatique. Il y un risque également pour le multilatéralisme dont certains prédisent la fin, une hypothèse que nous ne partageons pas. Pour répondre aux grands défis contemporains, le multilatéralisme n'est plus une option, c’est un impératif de survie pour toutes les nations et tous les peuples.

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«Les obligations de la «distanciation sociale» font ressortir le rôle crucial de la culture en tant qu’élément unificateur. La pandémie et ses effets renouvellent notre sentiment d'urgence dans la lutte contre les inégalités, tellement exacerbées par la crise. Plus que jamais, notre action est fondamentale et nous sommes prêts à relever le défi», affirme Firmin Matoko, sous Directeur Général Priorité Afrique et Relations Extérieures de l’Unesco (Ph CE)

- Quelles sont vos actions dans le domaine culturel en Afrique et comment continuer à agir dans ce domaine en ces temps de crise sanitaire?
- Le chantier de reconstruction du secteur de la culture en Afrique est vaste. Il l’était déjà bien avant la crise mais celle-ci nous donne l’occasion de repenser la place de la culture non seulement du point de vue social mais également au niveau de son développement durable. On estime à environ 3% la contribution de ce secteur au PIB, qui génère des emplois surtout à l’endroit des jeunes. Pendant cette crise, on s’est vite rendu compte que les individus, les entreprises et les organismes du secteur des arts et de la culture allaient vite être privés de revenus. Imaginez les conséquences financières des reports des activités liées à l’évènementiel et aux prestations de services en direct comme par exemple la Biennale de Dakar en mai 2020, la Semaine Nationale de la Culture au Burkina Faso, ce à quoi s’ajoutent en grand nombre les lieux de production et de diffusion de la culture (musées, cinémas, salle de représentations, galeries d’art, studios d’enregistrement, librairies…), sans oublier l’impact sur le tourisme. Les structures les plus impactées sont évidemment les entreprises informelles et toutes les PME et entrepreneurs indépendants de tous les secteurs culturels et créatifs (arts vivants, édition, patrimoine…). L’Unesco a dès le début de la crise lancé un programme de reconnaissance et valorisation des acteurs de la culture en Afrique: «ResiliArt» met en lumière l'état des industries créatives en cette période de crise grâce à des discussions mondiales de haut niveau avec des professionnels clés de l'industrie. Le mouvement recueille également les expériences et les voix de la résilience des artistes, tant établis qu’émergents, sur les réseaux sociaux. Ensemble, ces deux axes sensibilisent à l'ampleur de l’impact du covid-19 sur le secteur et visent à soutenir les artistes pendant et après la crise. En Afrique, ce mouvement a eu une forte résonnance et de nombreux artistes africains nous ont rejoint dans ce mouvement de grande envergure.

- En quoi cette crise sanitaire pourrait être une opportunité selon vous?
- Cette crise est une opportunité de repenser notre monde, de re-conceptualiser tous les paradigmes qui ont sous-tendu jusqu’à présent les relations internationales. L’Afrique elle, vit la crise avec un sens mêlé d’espoir et de crainte. Espoir parce que c’est le continent le moins touché par la pandémie (et donc des raisons de penser et d’espérer que le remède se trouve peut-être en Afrique), crainte car la crise survient dans un contexte de fragilité structurelle des économies africaines (et donc des raisons de craindre un recul des avancées réalisées dans certaines régions du continent et un accroissement des fractures économiques et sociales). Les tribunes qui apparaissent ici et là dans la presse internationale et africaine nous le disent. Il est indiscutable que l’Afrique sortira différente de cette crise. Des nouvelles formes de résilience et de gouvernance sociale et culturelle apparaîtront ou apparaissent déjà, un peu partout sur le continent.

Propos recueillis par Ghizlaine BADRI

Bio express

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Firmin Edouard Matoko, sous Directeur Général Priorité Afrique et Relations Extérieures de l’Unesco, originaire de Congo-Brazzaville, est un économiste spécialisé en développement et en Sciences politiques et Relations internationales. Pilier majeur de l’Institution, il œuvre depuis 1994 à la concrétisation des différents projets de l’Unesco. A la tête de près d’une dizaine de Départements majeurs en Afrique, mais également en Asie, en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Il a publié plusieurs ouvrages: «L’Afrique par les Africains, utopie ou révolution», aux Editions L’Harmattan  en 1996 et a dirigé au sein de ses différents départements, plusieurs dizaines d’enquêtes dont celle des Programmes d’Alimentation Scolaire dans les Etats Membres de l’Unesco ainsi qu’une enquête sur le rôle de l’aide alimentaire dans le développement de l’Education en Afrique et une étude sur les fondements endogènes d’une culture de la Paix en Afrique et les mécanismes traditionnels de Prévention et Résolution des conflits sur le Continent. Il est Lauréat du «prix International de Littérature» (Section: Essai Politique) décerné par l’ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française). Il travaille actuellement sur un Ouvrage dont le titre est «L’Afrique c’est Maintenant. Entre Emergence et Transformation». Parfait polyglotte, il maîtrise 5 langues: l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien, le portugais ainsi que les dialectes africains comme le Lingala, Kikongo, Lari et le Swahili.

                                                                         

«Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'un statu quo»

Afin de lutter contre la pandémie actuelle, mais aussi pour prévenir de nouvelles crises, les États doivent unir leurs forces, échanger leurs données scientifiques en toute transparence et partager leurs bonnes pratiques pour assurer la continuité de l'éducation, en s'appuyant sur la Coalition mondiale pour l'éducation lancée par l'Unesco. La coopération internationale sera notre meilleure arme. Soutenir et renforcer les institutions et les mécanismes qui permettent une telle coopération, sera notre meilleur pari pour gagner cette bataille. Notre directrice générale a déclaré que la conviction de l’Unesco, est que l’on ne peut pas sortir de cette crise par le bas, par l'exacerbation des différences, des égoïsmes et des inégalités, mais par le haut: par des idées nouvelles, par des méthodes innovantes, par la solidarité et le dialogue, et par la relance des programmes ancrés dans la réalité concrète des populations démunies. La crise nous offre une occasion de repenser la place de l’éducation, de la culture, des sciences, dans nos sociétés. La pandémie a démontré l’importance d’un dialogue inclusif et d’une action coordonnée. Nos institutions sont le reflet du monde, elles deviendront ce que le monde voudra en faire.

                                                                         

L’Afrique doit réinventer son propre futur

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L’éducation, la culture, l’ingéniosité scientifique, la recherche reviennent peu à peu au cœur des politiques publiques. C’est le moment de repenser l’Afrique, sa place dans le monde, son histoire, ses ambitions de développement et de transformation selon l’agenda 2063 de l’Union africaine. L’Unesco a engagé cette réflexion avec des intellectuels africains en organisant tout récemment, un débat en ligne sur le thème «Comment l’Afrique conçoit-elle la crise du Covid et ses conséquences?» avec des intellectuels tels que le philosophe S. Bechir Diagne, le sociologue prospectiviste Alioune Sall, le politologue Martial Ze Belinga, l’économiste Karim El Aynaoui, et bien d’autres qui nous ont fourni des pistes de réflexion intéressantes. C’est paradoxalement au moment d’une crise qui a pris tout le monde au dépourvu que naissent les opportunités de refondation de nos systèmes de valeurs. L’Afrique doit saisir ces opportunités pour réinventer son propre futur.

 

 

 

 

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