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Essaouira: Le Val d’Argan en panne d’eau

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5789 Le 24/06/2020 | Partager
Le domaine viticole lance un plan de restructuration pour pallier la sécheresse
Achats de plans à l’étranger, culture au ras du sol, labour traditionnel…
et développe l’activité «Spiritourisme» avec des TO à Marrakech

Le «Domaine du Val d’Argan» subit de plein fouet les aléas du changement climatique. C’est le constat de son fondateur et directeur général, Charles Melia, qui fait état d’une année difficile pour les agriculteurs de la région. A cause de la sécheresse, la production de raisin a été sévèrement impactée par des conditions météorologiques particulièrement difficiles en 2019.

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 Les variétés de raisins sont issues de la vallée du Rhône, des raisins très utilisés en Côte du Rhône et crus. Tout les producteurs nationaux utilisaient au début du bordelais, le producteur a décidé de se démarquer de la concurrence en optant pour des raisins rhônais (Ph. GB)

«L’arrachage massif de raisins a permis au Val d’Argan cette année de récolter 600 à 700 hectolitre de vin, soit 15 hectolitre par hectare, une récolte basse due à la sécheresse de la région, alors que la moyenne des domaines viticoles marocains est de 40 hectolitres par hectare», affirme le viticulteur.

Le «Domaine du Val d’Argan» qui produit en moyenne 1.200 hectolitres de vin par an avec les raisins issus du domaine enregistre une baisse significative. En 2019, la production annuelle qui varie entre 120.000 à 150.000 bouteilles de vin en moyenne est passée à près de 100.000 l’année précédente.

Situé à 25 km d’Essaouira, le domaine viticole souiri a été soumis à une sécheresse de 40%, ce qui a poussé l’exploitant à acheter des quantités plus importantes de raisins auprès des producteurs nationaux pour pallier au manque subi par les variations climatiques.

«Nous avons une position de négociant au Maroc. La réglementation ne reconnaît pas comme en France le statut de producteur récoltant, ce qui nous permet de compenser notre production avec l’achat de raisins à Meknès, à Rabat et à Benslimane pour notre entrée de gamme, «La Gazelle de Mogador».

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Un ajustement qui nous offre la possibilité d’ajouter 100.000 bouteilles supplémentaires afin de réguler nos volumes pour être rentables», explique Charles Melia. Et d’ajouter, «nous sommes en agriculture biologique, ce qui implique une séparation des entrants. Nos raisins sont vinifiés d’un côté et les raisins achetés vinifiés séparément jusqu’à la mise en bouteille».

Pour lutter contre les grandes chaleurs, le domaine envisage de lancer un programme de rénovation de 30 hectares sur espalier. Actuellement la vigne est tenue par différentes hauteurs à l’aide de fils de fer. Mais grâce à cette nouvelle forme de culture, les nouvelles plantations vont être maintenues au ras du sol. «Nous allons réaliser un plan de restructuration sur les 5 prochaines années.

La première étape est l’achat des vignes en France et le changement de la densité de la plantation grâce à des méthodes de labour qui respectent l’environnement afin de ne pas fatiguer le sol. Nous utilisons un dromadaire «Goliath», et une charrue ancestrale. Nous avons ajouté récemment 2 autres dromadaires afin de passer à 100% de traction animale»,  détaille Ahmed Eddibi.

Le viticulteur fait rentrer les troupeaux du voisinage pour fumer le sol et respecter les cycles naturels. Par ailleurs, une voie de développement à travers un programme de valorisation de l’exploitation est prévue pour acheter plus de raisins, afin d’augmenter la production  de l’entrée de gamme «La Gazelle de Mogador» qui représente actuellement 50% des bouteilles de vin du domaine.

■ Le charme ineffable des méthodes ancestrales
Des méthodes ancestrales qui pourraient également plaire aux amoureux de la nature. Aussi, pour pallier la baisse de production, le domaine Val d’Argan s’est également tourné aussi vers le spiritourisme, contraction des mots spiritieux et tourisme. Une maison d’hôte de 5 chambres a été construite pour accueillir les clients internationaux. «Nous souhaitons implanter des Eco-Lodges au milieu des vignes avec de la terre et des produits naturels de la région. Nous travaillons également avec des TO basés à Marrakech qui collaborent avec de prestigieuses universités internationales. Ainsi, pour le restaurant du Val d’Argan, nous avons reçu des étudiants de l’université américaine Kellogg», ajoute Eddibi, qui espère qu’à l’ouverture des frontières, le site pourra aussi recevoir la visite des étudiants de Cambridge en Angleterre et de l’université Fukuoka au Japon programmée avant l’épidémie.

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Les cuves en inox sont utilisées pour "l’élévation" du vin, c'est à dire son stockage pour la fermentation. Après la récolte, les raisins sont déplacés d'une cuve à une autre et suivent les procédures de vinification. Régulièrement, des prélèvements sont réalisés pour analyser la température, la filtration, le gaz... La machine de filtration permet de séparer le jus des éléments solides. Avant de passer dans les cuves pour une fermentation d'une durée plus importante, le vin est filtré avec la méthode de filtration par planches (Ph. GB)

■ Une aventure qui a démarré en 1994
Charles Melia a commencé à planter des vignes au Maroc en 1994. Avec seulement 5 hectares à ses débuts, il en exploite aujourd’hui 50 sur les 52 ha de ses terres viticoles. Même s’il a été le 5e au Maroc à produire du vin local, le fondateur du domaine «Val d’Argan» revendique la «paternité» d’une démarche qualitative de la vinification au Royaume. «Au moment du protectorat, le Maroc produisait des vins qui venaient colorer les productions du sud de la France. Plus tard, des investisseurs français, dont le Groupe Castel, se sont installés à Meknès et y ont planté plusieurs hectares de vignes. Je suis arrivé à Essaouira à cette période. A l’époque, seul le Château Roslane à Meknès produisait du vin de qualité et avait une AOC (Appellation d’Origine contrôlée)».
Aujourd’hui, Le Val d’Argan compte quelque 600 clients au Maroc, et il est de surcroît visité par des touristes du monde entier. «Je fais ce métier avec passion. C’est un pari fou que je relève depuis un quart de siècle», souligne, non sans fierté, Charles Melia, qui en dépit des aléas financiers, de toute entreprise, reste confiant. La quasi-totalité de la production est écoulée sur le territoire national. «Nous avons vendu 90% de notre production en 2019 au Maroc, les 10% restants se partagent entre notre clientèle internationale en Californie, en île Maurice et au Japon. Nous avons même tenté une percée sur le reste du continent africain», fait savoir Ahmed Eddibi, directeur du Val d’Argan.

Dans l’attente d’un label marocain

Si le mode de production des vins répond au cahier des charges de la certification «bio» de l’Union européenne numéro 834-2007, et qu’ils sont les seuls producteurs de vin au Maroc à posséder ce label, le «Val d’Argan» est toujours en attente de la certification marocaine du CCPB et Ecocert, les deux organismes  accrédités pour la certification du «bio» au Maroc. «Nous procédons à une irrigation de goutte à goutte et nous respectons tous les critères pour cette certification. Malheureusement, nous sommes certifiés «bio» au Maroc seulement au niveau du verger, et non pas au niveau du produit fini et transformé, car le vin n’est pas reconnu. Il n’existe pas dans le cahier des charges du ministère de l’Agriculture»,  regrette Ahmed Eddibi.

Les autres domaines

Le Val d’Argan fait partie des 11 vignobles existants au Maroc: Les Celliers de Meknès, le domaine de La Zouina (Meknès), le Groupe Castel ( Meknès), les Deux Domaines ( Meknès),  Domaine de Baccari (Meknès),  les Domaines Amal ( Rabat), Domaine des trois Cavaliers (Berkane),  la Ferme rouge (Rabat), L’Hacienda des cigognes (Benslimane), Ouled Taleb Thalvin (Benslimane).

Riche diversité

Aujourd’hui, plusieurs variétés de pieds sont plantés dans le domaine du Val d’Argan tels que : Le Grenache Noir, le Grenache Blanc, l’Ugni Blanc, le Bourboulenc, le Muscat Noir, le Viognier, le Syrat.A chaque espèce correspond un caractère au niveau de la texture et du goût. Il s’agit d’un cépage qui vient du Domaine de la Vallée du Rhône oû Charles Melia possède le Domaine de «La font du loup» d’une vingtaine d’hectares à Chateauneuf-du-Pape dans la vallée du Rhône.  Le domaine du «Val d’Argan» est un terroir argilo-calcaire dans un climat semi-aride balayé par un mistral quasi permanent, ce qui convient idéalement au cépage rhodanien.

De notre correspondante permanente, Ghizlaine BADRI

 

 

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