×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Tribune

Chute des prix du pétrole: Quel impact pour le marché des hydrocarbures

Par Saïd NACHET | Edition N°:5778 Le 09/06/2020 | Partager

Saïd Nachet est directeur de l’International Oil Summit (Paris), directeur de Paris Energy Club. Il est également professeur associé à Sciences Po-Paris où il assure un enseignement sur la sécurité énergétique (Ph. Privée)  

Le monde fait face à une crise sanitaire sans précédent qui est à l’origine d’un choc économique dont les conséquences se sont alourdies à mesure que le confinement se prolongeait. L’arrêt brutal de l’activité économique dans plusieurs pays majeurs suite au confinement généralisé mis en place pour contrer l’expansion de la Covid-19 a fortement réduit la demande globale de pétrole. Ni le grand krach de 1929, ni les deux chocs pétroliers des années 1970, ni même la crise financière de 2009 n’ont entraîné une baisse aussi importante et aussi rapide de la demande globale de pétrole, baisse que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime à près de 30 millions de barils par jour (Mb/j) en avril 2020, sur un total d’environ 100 Mb/j, soit une fois et demie la consommation des Etats-Unis!

Cette chute brutale de la demande arrive à un moment marqué par une forte compétition entre les principaux pays producteurs de pétrole qui a contribué à injecter des barils additionnels sur le marché au moment où ce dernier n’était plus en capacité de les absorber. Faute de débouchés, les barils excédentaires se sont accumulés dans des bacs de stockage à terre ou dans des navires en mer, faisant courir un risque de saturation des capacités de stockage mondial et poussant les prix à des niveaux bas qui n’ont pas été enregistrés depuis la fin des années 90.

Cette évolution croisée de la demande et de l’offre pétrolière mondiale a fait plonger les cours du pétrole à des niveaux jamais observés au cours des deux dernières décennies, engendrant des effets marqués pour l’industrie des hydrocarbures et pour les pays producteurs.

1. Conséquences de la baisse des prix pour l’industrie des hydrocarbures

crise-1929.jpg

Cette photo datée de 1929 montre une vue de Wall Street à New York pendant la crise financière. Entre le 29 octobre et le 13 novembre 1929, plus de 30 milliards de dollars ont disparu de l’économie américaine. Il a fallu près de 25 ans pour que de nombreux stocks se reconstituent (Ph. AFP)

Les compagnies internationales ont été les plus promptes à annoncer des stratégies pour contrecarrer les effets de la chute des prix du pétrole, révisant à la baisse les programmes d’investissement, relançant la réduction des dépenses d’exploitation, gelant les recrutements ou encore stoppant les programmes de rachat d’actions par les compagnies qui les avaient mis en œuvre. Douze des plus grandes compagnies pétrolières et gazières mondiales ont annoncé des réductions spécifiques de leurs programmes de dépenses d’investissement pour 2020(1), pour un total d’environ 43,6 milliards de dollars soit une baisse d’environ 23% des dépenses d’investissement par rapport à leurs plans initiaux.
Si les prix du pétrole brut devaient se maintenir autour de 30 dollars par baril ($/bbl), cela ne serait pas sans conséquences sur l’emploi dans le secteur des hydrocarbures, notamment aux Etats-Unis où la production des pétroles de schiste est très sensible à la variation du prix du baril, compte tenu des coûts opératoires élevés induits par le besoin de stimuler les puits de production par fracturation hydraulique. Les activités de forage aux Etats-Unis ont déjà baissé de moitié, et la fracturation hydraulique des deux tiers, par rapport à leur niveau de début d’année, les producteurs américains de pétrole de schiste réduisant leurs dépenses d’exploitation de 25 à 50%. A noter toutefois que certains de ces producteurs pourront limiter les pertes de cash-flow grâce à la couverture («hedging») du prix de vente du pétrole extrait. Ainsi, quelque 30 producteurs représentant 38% de la production américaine totale avaient couvert leur production à un prix plancher moyen de 56 $/bbl(2).
Compte tenu de ces développements, on peut s’attendre – sauf redressement significatif des cours –  à une vague de faillites parmi les producteurs des hydrocarbures de schiste, notamment les plus endettés d’entre eux. La survie de plusieurs acteurs du secteur se trouve dès lors posée en fonction de leur situation; niveau d’endettement et de coûts opérationnels et accès au refinancement. Fragilisés, certains de ces producteurs pourraient être acquis par des fonds d’investissements privés, des fonds souverains ou encore par des compagnies pétrolières qu’elles soient internationales ou des compagnies de pays producteurs. Pour des investisseurs qui disposent de l’assise financière suffisante, ces acquisitions contre-cycliques peuvent s’avérer avantageuses.

2. Les pays producteurs sévèrement impactés

crise-essence-078.jpg

Photo prise le 1er novembre 1976 d’un homme perplexe découvrant que les pompes à essence sont vides, pendant la crise du pétrole (Ph. AFP)

La combinaison d’une réduction importante de leurs exportations d’hydrocarbures du fait du ralentissement économique global, et de la vente des cargaisons résiduelles à des prix très bas suite à la baisse des cours, a fortement réduit les revenus à l’exportation des pays producteurs. Ces revenus pourraient enregistrer un recul de 50 à 85% en 2020, par rapport à 2019, en fonction du niveau de la demande et des prix qui sera constaté à la fin de l’année. Dans la majorité des pays producteurs de pétrole, le prix requis pour faire face aux dépenses adoptées dans les budgets 2020 se situent entre 42 $/bbl (Russie) et 195 $/bbl (Iran), une fourchette bien supérieure au cours actuel du pétrole brut. Au Nigéria, le budget 2020 était basé sur un prix moyen du baril de 57 $/bbl et une production de 2,3 Mb/j, mais l’évolution du marché pétrolier a rendu caduques ces composantes essentielles du revenu fédéral, qui ont ensuite dû être ajustées à 30 $/bbl et 1,42 Mb/j respectivement. En Algérie, la loi de finances 2020 votée en 2019 est basée sur un prix de référence de 60 $/bbl et prévoyait une croissance économique d’environ 1,8% sur l’année en cours. On en est loin avec un baril du pétrole réduit de moitié par rapport à ce niveau, obligeant le pays à adopter un plan drastique de réduction de la facture des importations de 28 à 38 milliards d’euros et une réduction de 30% du budget de fonctionnement de l’Etat pour 2020.

demande-petrole-078.jpg

Aujourd’hui, de nombreux Etats producteurs se trouvent confrontés à un choix difficile entre le besoin de faire face à des dépenses budgétaires plus élevées à court terme, notamment pour contenir la pandémie Covid-19, et la nécessité de préserver l’effort d’investissement dans leur secteur d’hydrocarbures pour être en mesure de générer les revenus futurs dont leurs économies continuent à dépendre fortement.  Pour des pays qui connaissaient une tension sociale bien avant la crise, tels que l’Irak ou l’Algérie, et/ou qui devaient gérer les conséquences dévastatrices de sanctions extérieures, tels que l’Iran ou le Venezuela, la situation est plus que critique. A plus long terme, les politiques de diversification de ces économies, fortement dépendantes du pétrole, risquent de prendre encore plus de retard faute de ressources financières, orientées pour l’essentiel vers la réparation des dommages causés par la pandémie du Covid-19 et la baisse des prix.

Poids dans les exportations

electricite-078.jpg

Ni le grand krach de 1929, ni les deux chocs pétroliers des années 1970, ni même la crise financière de 2009 n’ont entraîné une baisse aussi importante et aussi rapide de la demande globale de pétrole (Ph. AFP)

L’impact global de la crise actuelle sur les pays producteurs varie en fonction du poids du pétrole dans leurs exportations en valeur, dans le budget de l’Etat, des réserves en devises disponibles, de la structure du produit intérieur brut, de la part des dépenses difficilement compressibles dans le budget national, etc. Si le prix d’équilibre budgétaire pour l’Arabie saoudite est supérieur à 90 $/bbl, les réserves financières du Royaume lui permettraient de faire face à des prix bas du pétrole pendant deux ou trois ans. A l’inverse, l’Irak, deuxième producteur de l’Opep, faisant face à une situation économique précaire bien avant la baisse des cours et de la pandémie du Covid-19, pourrait voir ses revenus pétroliers reculer de 70% en 2020.

(1) En date du 7 avril 2020.
(2) Rystad Energy.

 

Retrouvez dans la même rubrique

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc