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Economie

Evolution de la pandémie: Les modèles prédictifs risqués

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5775 Le 04/06/2020 | Partager
Basés sur des données entourées de «bruits», ils peuvent induire en erreur les décideurs
Bons pour sortir un peu du flou, mais pas question de s’y baser exclusivement
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Ce modèle de courbe sous forme de cloche a largement circulé dans les médias durant les dernières semaines. Des mathématiciens se sont évertués à prédire le pic de la pandémie ainsi que sa date de disparition. L’exercice est cependant risqué, car ces courbes se basent sur des données souvent incertaines et incomplètes, pouvant aboutir à des conclusions complètement erronées

Au tout début des épidémies, les informations sont rares et les décideurs sont dans le flou. La modélisation mathématique permet ainsi d’apporter des éclairages précieux, mais à prendre avec des pincettes…

Trois modèles peuvent être utilisés, selon Youssef Oulhote, professeur au département de bio-statistiques et épidémiologie de l’école de santé publique et des sciences de la santé de l’université du Massachusetts.  En l’absence de données, il est possible de recourir à un modèle dit mécaniste. Il permet simplement de révéler ce qui se passerait si rien n’est fait par les autorités sanitaires (mortalité, besoin en lits d’hôpitaux…).

Une fois les données plus abondantes, il est possible de basculer vers un modèle dit semi-mécaniste. Calibré avec des données réelles, il permet, par exemple, de définir le R0 initial, de prédire la mortalité, les cas réels, ou encone, la date d’introduction du virus sur le territoire. Au Maroc, il aurait été importé entre le 22 et le 24 février dernier. Le modèle s’appuie cependant, aussi, sur des informations théoriques et extrapolations. Il est donc entouré d’incertitudes.

Le troisième est celui dit statistique, basé exclusivement sur les données récoltées. Avec un graphique en forme de cloche (voir illustration), il permet de prédire le pic de la pandémie et la date de sa disparition. Ce modèle a, d’ailleurs, beaucoup circulé dans les médias. «Basé uniquement sur des data, souvent sous estimées, il comporte beaucoup de bruits et d’incertitudes. En principe, on ne devrait pas se fier uniquement aux données pour modéliser les épidémies», pense Oulhote.

«Le même type de graphique a été utilisé aux Etats-Unis au début de la crise. Il avait prédit un maximum de 60.000 morts en août. Or, nous en sommes déjà à plus de 100.000!», illustre-t-il. Le modèle avait, également, été utilisé par les épidémiologistes dans les années 80 pour modéliser le VIH (modèle de Farr). Là encore, il a eu tout faux, en prédisant un pic en 1988 et un début de déclin à partir de 1990, avec un total de 200.000 cas.

En 2018, près de 38 millions de personnes dans le monde vivaient avec le VIH! «Ces modèles peuvent s’avérer dangereux, car ils influencent les décideurs dans l’élaboration des politiques publiques. Un sous investissement dans les épidémies pourrait être lourd de conséquences», prévient le chercheur en épidémiologie et bio-statistiques.

Ils pourraient aussi influencer le comportement des individus et pousser à un relâchement général sur les mesures de sécurité. Moralité, ne jamais se baser sur un seul indicateur, mais en combiner plusieurs.

A.Na

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