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Economie

Réforme de la santé: Les propositions de l’Istiqlal

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5764 Le 19/05/2020 | Partager
Le parti mobilise ses professionnels pour améliorer l'offre de soins
La santé doit être à la tête de toutes les préoccupations
Renforcer la prévention et le contrôle sanitaire en priorités

Après des réflexions sur les secteurs économiques (industrie, immobilier, digital…), le parti de l’Istiqlal se penche sur le développement du système de santé. Avec le concours de plusieurs professionnels, la formation politique veut contribuer à l’amélioration de l’offre de soins à travers un ensemble de propositions.

Parmi celles-ci figurent Dr Allal Amraoui, président du Centre marocain d’études et de recherches en politique de santé, qui insiste sur l'importance de la prévention et de la promotion de la santé qui devraient être au coeur de toutes les politiques actuelles et futures.

Pour le député PI, la définition d’une politique de prévention sanitaire doit associer l’ensemble des politiques publiques. «Il en est de même pour l’épidémiologie qui permet de définir la relation entre une maladie et des facteurs supposés intervenir à la détermination de cibles de prévention pertinentes», estime-t-il. Décryptage.

■ Une prévention sous tous ses aspects est primordiale

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Dr Allal Amraoui rappelle que «la responsabilité de la protection de la Santé Publique incombe en premier lieu à l’Etat et la société». C’est ce que stipule d’ailleurs le premier article de la Loi cadre 34-09 sur le système de santé et l’offre de soins. Dans son analyse, le député PI met l’accent sur l’importance de la prévention dans ses trois aspects. D’abord, la prévention primaire, qui vise à réduire l’occurrence ou l’incidence d’une maladie (par exemple une campagne de vaccination ou encore une campagne de promotion de l’hygiène bucco-dentaire ou alimentaire). Puis, la prévention secondaire, qui cherche à réduire les conséquences d’une maladie une fois celle-ci révélée (par exemple les campagnes de dépistage du cancer du sein). Et enfin, la prévention tertiaire, qui vise à réduire les conséquences négatives des maladies chroniques (par exemple l’accompagnement diététique des diabétiques pour réduire les risques d’invalidité). «Notre pays, qui a enregistré jadis, ses meilleurs succès dans le domaine sanitaire grâce à une politique de santé axée sur la prévention et la promotion de la santé, a paradoxalement construit progressivement et récemment sa politique publique de la santé autour d’une démarche essentiellement curative», déplore Amraoui. Avec une attraction naturelle vers une médecine de pointe qui a pris le dessus sur une médecine basique, le Maroc a suivi en cela des pays du nord bien plus développés, disposant de moyens humains et matériels incomparables aux nôtres. Ceci étant, les leviers existent pour mettre en œuvre une politique de prévention plus efficace avec une meilleure gouvernance de la prévention qui prévoit des déclinaisons territoriales adaptées.  
 
■ Un risque sanitaire guette notre pays en permanence

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Avec l’ouverture de notre pays, la mondialisation des échanges, les migrations, le risque futur de prolifération de menaces sanitaires nouvelles et réémergentes, susceptibles de se propager très rapidement d’un pays à l’autre et d’avoir une incidence notable sur la population et les économies, est de plus en plus présent. «L’épisode épidémique que nous vivons actuellement, avec ses retentissements dévastateurs sur ces modèles qui paraissaient résilients, nous donne la preuve que la prévention en matière de santé doit redevenir le défi majeur de toute politique sanitaire trop centrée ces dernières années sur le curatif», souligne Amraoui, également ancien directeur régional de la santé. Selon lui, les dépenses de santé destinées à des actions de prévention, n’ont jamais été ces dernières années à la hauteur des attentes, et aussi déséquilibrés. Idem, les ressources allouées aux services de prévention collective ne représentent pas plus que 2 % des dépenses totales de santé au Maroc, y compris les activités de prévention réalisées au niveau des soins de santé primaire. Ceci, au moment où la moitié des dépenses de l’AMO ont servi au paiement de la prise en charge des répercussions d’affections de longue durée (ALD), alors qu’ils ne représentent que 3,3% du nombre total des patients.
 
■ La pandémie du Covid-19 «était attendue»

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Le scénario que nous vivons aujourd’hui n’a-t-il pas été prédit, dans tous ses malheureux détails, dans des rapports de la CIA en 2009, puis par Bill Gates en 2015, loin d’avoir été le seul à exprimer ses préoccupations concernant les pandémies potentielles et à insister pour que des mesures supplémentaires soient prises avant cette pandémie du coronavirus? En réalité, il n’a fait que partager les préoccupations de très nombreux scientifiques et responsables de la santé publique dans le domaine des maladies contagieuses. Sans pour autant changer le monde de la santé «qui est devenu plus mercantile que jamais, avec l’industrie pharmaceutique, les établissements de soins à but lucratif, ou les organismes d’assurance qui tendent à réduire le soin à l’état de marchandise», regrette le président du Centre marocain d’études et de recherches en politique de santé. La recherche scientifique n’est pas en reste, le COHRED (Council on Health Research and Development), institution partenaire de l’OMS estime qu’environ 90% des 130 milliards de dollars engagés pour la recherche en santé dans le monde en 2009 ont été dépensés pour des maladies responsables de 10% de la mortalité mondiale.
   
■ Ne plus négliger la politique de promotion de la santé

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Après avoir longtemps été négligées, les politiques de prévention et de promotion de la santé, reviennent au goût du jour, dans le domaine sanitaire… mais aussi dans bien d’autres secteurs, du fait notamment de la multiplication des maladies chroniques liées à l’évolution des modes de vie, auxquelles se sont surajoutées les menaces sanitaires d’envergure mondiale comme celle d’aujourd’hui. C’est dans le domaine de la santé que le déploiement de la prévention a été le plus important. De l’avis du député PI, «la prévention et la promotion de la santé, doivent être en amont de toute nouvelle politique globale, la définition d’une nouvelle gouvernance interministérielle est indispensable pour remédier à la très forte dispersion des acteurs, avec une identification claire des financements afectés à la prévention avec une distinction entre curatif et préventif». En effet, la prévention en matière de santé ne relève pas de la seule sphère de la santé mais implique plus largement l’ensemble des politiques publiques (habitat, éducation nationale, travail et emploi...). Elle associe une implication personnelle, une vigilance des professionnels de santé et une responsabilité collective. «L’éventail des axes de la prévention et de la promotion de la santé ne cesse de s’élargir», explique Amraoui.
 
■ Le contrôle sanitaire aux frontières s’impose

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La réponse aux épidémies devient un enjeu stratégique international et une obligation nationale. «Ainsi, chaque pays doit mettre en place les capacités permettant une surveillance effective, et permanente, avec une réponse précoce contre les maladies à potentiel épidémiques, ou pouvant constituer une urgence de santé publique de portée internationale», souligne le parlementaire. Selon lui, «cela passera par le renforcement des services nationaux de contrôle sanitaire aux frontières». Il s’agit là d’une mission essentielle de surveillance vigilante en matière de voyages et de transport internationaux, «parce que les gens peuvent voyager librement à travers les frontières des États, le virus le peut aussi». Cette mission doit être revalorisée à sa juste valeur, au même titre des autres missions sécuritaires. Et ce, en prenant en considération les spécificités de chaque point d’entrée. «Il est aussi nécessaire pour notre pays de se doter d’un plan d’urgence en matière de santé plus global, plus cohérent et plus intégré, qui traite sécurité sanitaire dans tous ses aspects», estime Dr Amraoui.
 
■ Garantir la médecine du travail et sécuriser la productivité

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Eviter au maximum la circulation et la transmission du virus sur le lieu du travail est un enjeu majeur. Surtout, en cette période où le Maroc est en train de mettre en place des mesures d’assouplissement du confinement, et la nécessité d’une reprise de l’activité socio-économique. Pour y parvenir, le chirurgien istiqlalien évoque la nécessité de révision, d’amélioration de l’environnement, et des conditions du travail. La santé au travail et la médecine de travail en général doivent avoir une place de choix dans notre politique de santé. «Au regard des analyses et statistiques (qui restent très peu disponibles), la situation de la santé et la sécurité au travail au Maroc reste peu enviable et très préoccupante pour ne pas dire alarmante surtout dans certains secteurs et notamment celui des BTP». C’est en ces termes que la CGEM a décrit la situation en 2018. «Jusque-là marginalisée, voire même négligée, la question de la santé et la sécurité au travail doit être développée, de façon urgente, dans notre pays dans une approche globale de la santé», suggère Dr Amraoui. Pour y remédier, il faut améliorer la coordination des acteurs, en intégrant mieux les services de santé au travail dans le parcours de santé et en renforçant la prise en compte de la prévention des risques professionnels dans la formation des futurs salariés, ouvriers ou artisans, et aussi dirigeants des entreprises. «C’est une condition sine qua non pour garantir le développement économique du pays et sécuriser la productivité», renchérit l’ancien directeur régional de la santé.

■ Le rôle des collectivités locales dans le contrôle d’hygiène

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L’amélioration du milieu où le citoyen est appelé à vivre est une autre préoccupation sanitaire majeure. Classiquement l’hygiène du milieu vise à prévenir les maladies d’origine environnementale et à créer un environnement favorable à la santé. La notion du bureau d’hygiène a vu le jour au Maroc depuis l’année 1941. En 1976 puis en 2006, la charte communale a mis à la charge du président du conseil communal la gestion de la salubrité et la propreté de l’environnement des citoyens. «Le conseil communal doit en principe assurer la surveillance et le contrôle de l’hygiène tant intérieure qu’extérieure des établissements industriels et artisanaux, des ateliers et chantiers ainsi que les conditions d’hygiène du personnel qui y est employé», rappelle l’ancien vice-maire de Fès. Et de poursuivre: «la surveillance et le contrôle de l’hygiène et de la salubrité des lieux et des établissements publics (hôtels, écoles, salles de loisir, cafés, restaurants, plages, cliniques, colonies de vacances, espaces verts ....), et le contrôle de la salubrité des moyens de transport public et des moyens de transport sanitaires, ainsi que la surveillance sanitaire du personnel relevant de ces secteurs, ne sont pas en reste». Il en est de même pour la surveillance et le contrôle de la  qualité des aliments, des boissons et des condiments destinés à la consommation. Cette surveillance englobe les lieux de stockage, les moyens de transport de ces produits, les lieux de leur vente ainsi que le personnel qui y est employé. A noter que l’approvisionnement en denrées alimentaires propres à la consommation humaine nécessite la surveillance de la chaîne alimentaire du lieu de production jusqu’au consommateur (restaurants, centres commerciaux, fours, souks hebdomadaires...). Sans oublier la surveillance et le contrôle de l’hygiène de l’habitat, des projets d’urbanisme et d’aménagement du territoire, la voirie, les égouts et les points d’eau ainsi que la gestion des déchets liquides et solides…etc. Ces activités si diverses, variables, multisectorielles et dépendantes en particulier des caractéristiques sociogéographiques territoriales, impactent directement, et sérieusement la santé collective. «L’importance de ce volet de la prévention et de la promotion de la santé nous interpelle sur le profil, le niveau de prise de conscience et d’implication réelle de nos élus», alerte le député PI.
 
■ Education et maladies chroniques au menu aussi

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Parmi les propositions figure aussi la mise en place d’une politique de promotion de la santé, incluant la prévention, tout au long de la vie. Cela passe par la santé scolaire et universitaire, jadis incontournable dans notre politique de santé. «Notre génération a été marquée par les actions d’hygiène scolaire, actions modestes certes mais efficaces». L’école se doit d’accueillir les enfants dans les meilleures conditions de sécurité, d’hygiène, de bien-être, parfaire leur éducation et construire leurs apprentissages. En plus de l’enjeu actuel de la promotion des règles d’hygiène individuelles et collectives, allant du lavage des mains à la propreté des locaux, il est nécessaire de renforcer la promotion du mode de vie sain. Ceci, en insistant surtout sur la réduction de la prévalence des pratiques addictives (tabac, alcool, psychotropes, addictions sans substances…) et leurs conséquences nocives. Sur un autre registre, il faut assurer une prise en charge précoce pour les maladies chroniques. Surtout que notre pays connaît une modification majeure de son profil épidémiologique, caractérisé par une augmentation de la charge des maladies non transmissibles, qui représente actuellement 75 % de tous les décès dans le pays (les trois principales causes de décès étant: les maladies cardio-vasculaires 34 %, le diabète 12 %, et les cancers 11 %). En résumé, la promotion des comportements favorables à la santé doit être déclinée dans l’ensemble des milieux de vie. L’objectif est d’assurer le repérage, dépistage et prise en charge précoces des pathologies chroniques, permettant d’éviter leur aggravation. Car, de l’avis du Dr Amraoui, «les soins de santé primaires, ou de premier recours, constituent un maillon essentiel pour la performance globale du système de santé». Ils sont en effet en première ligne pour les soins courants délivrés à la population et constituent de ce fait la pierre angulaire de toutes les politiques de santé. Enfin, la définition d’une politique de promotion de la santé doit impliquer et associer les citoyens, et acteurs, à différents niveaux (national, régional, et local), d’où la pertinence de l’échelon régional dans une telle démarche participative.

                                                                       

• Intelligence artificielle

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Le système de gestion de l’information (en termes d’échange et de coordination entre le ministère de la Santé et les autres secteurs, publics et privés) doit être développé en tenant compte des évolutions de l’intelligence artificielle qui permettra des transformations de grande ampleur. «L’usage des nouvelles technologies de l’information, améliorera la pertinence et la qualité des soins et pourra contribuer à la maîtrise durable des dépenses de santé», estime-t-on. Pour que cette évolution profite à tous et n’accroisse pas encore les inégalités sociales de santé, «il convient d’encourager encore plus un accès effectif aux nouvelles technologies et de définir un cadre juridique et éthique adapté pour leurs applications». En outre, toute politique de santé connaitra des limites dans l’atteinte de ses objectifs si elle ne prend pas en considération dans sa conception et dans sa mise en œuvre, des déterminants liés à la santé, et particulièrement les déterminants sociaux. «Le développement de la recherche dans le domaine des politiques de la santé, pour mieux planifier et mieux agir, et l’intégration de l’approche communautaire, seraient d’un grand apport», estime Dr Amraoui.

• Lutte contre les inégalités
Dans son réquisitoire, le député PI appelle aussi à «la lutte contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé, l’information et l’éducation aidant les individus à faire des choix favorables à leur santé, leviers d’une démocratie sanitaire devenu un enjeu majeur pour la réussite de toute politique de santé». La promotion d’une alimentation saine, la réduction de l’exposition de la population aux pollutions extérieures et aux substances nocives pour la santé, la réduction des accidents de la voie publique, font partie des axes indépendants qui impactent le système sanitaire. Il en est de même pour la prévention de la perte d’autonomie, la promotion d’une activité physique régulière, l’éducation et la santé sexuelle, entre autres.

Youness SAAD ALAMI

 

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