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Société

Les enseignements d’un fait-divers pas comme les autres

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5762 Le 15/05/2020 | Partager
Une mère présumée avoir tué ses trois enfants
La violence dans les foyers est une plaie sociale
Près de 2 fois sur 3 tout se passe dans le milieu familial

Un «fait-divers» qui donne froid dans le dos. Une mère est présumée avoir tué ses trois enfants à Hay Hassani à Casablanca, annonce la Fédération des ligues des droits des femmes (FLDF).

L’association apporte son éclairage sur ce drame: «Cette femme subissait toutes les formes de violence de la part de son mari. Elle avait déposé plusieurs plaintes accompagnées de certificats médicaux établissant une incapacité physique de 21 jours». Des photos étaient jointes aux plaintes pour attester de la nature des violences conjugales subies par l’épouse pendant des années, poursuit la FLDF. A chaque fois, la concernée finissait par «retirer sa plainte afin de préserver son mariage et sa famille».

Le réseau de la ligue dit «Injad» s’est déclaré partie prenante dans cette affaire judiciaire en vue de «défendre l’accusée/victime». L’association appelle la justice «à prendre en compte son état psychique» et de «diligenter une expertise médicale».

Elle plaide aussi pour «mettre fin à des failles législatives». Le retrait d’une plainte de violence liée «au genre ne doit pas engendrer l’annulation de l’action publique». Traduction. Représenté par le procureur du Roi, le ministère public est tenu de maintenir les poursuites contre l’auteur d’une agression (voir ci-dessous). Celle-ci peut être de nature physique, psychologique, économique ou sociale, d’après l’enquête 2019 du Haut commissariat au plan (HCP) sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes (voir encadré).  

Les hommes aussi...

Certes les femmes sont les premières victimes en nombre. Mais depuis quelques années d’autres voix s’élèvent pour braquer les projecteurs sur la situation des hommes. D’où la création de l’Association marocaine de défense des droits des hommes victimes de violences féminines, présidée par Fouad El Hamzi.

Un vaste débat prend forme à l’heure où une partie de la société appelle à durcir la législation contre les agresseurs et une autre veut modifier le code de la famille pour consacrer par exemple la garde alternée des enfants d’un couple divorcé.
La loi l’accorde d’office à la mère à moins qu’il y ait notamment un arrangement amiable avec son ex-mari.  Par ailleurs, ce fait-divers renseigne encore une fois sur la gravité d’une plaie sociale (voir notre enquête dans L’Economiste n°5739 du 13 avril 2020).
Les conséquences de la violence dans les foyers n’épargnent finalement aucun membre de la famille, à commencer par les enfants.

La présidence du ministère public l’a d’ailleurs bien souligné dans sa circulaire du 30 avril 2020. M’hammed Abdennabaoui appelle ses magistrats «à veiller aussi sur l’intérêt majeur des enfants et la stabilité des familles» dans ce type d’affaires.

La violence dans cet environnement privé et intime domine. Outre l’enquête du HCP, les statistiques judiciaires 2018 confirment: près de 2 fois sur 3 tout se passe en famille.

Les violences économique et sexuelle persistent

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Sur 13,4 millions de femmes, 7,6 millions ont au moins subi un acte de violence durant les douze mois précédant l’enquête 2019 du Haut commissariat au plan (HCP). Soit une femme sur deux!
Plus d’une fois sur deux, c’est le mari qui est l’agresseur et près de 2 fois sur 3 tout se passe en famille, selon les statistiques 2018 de la présidence du ministère public (voir illustration).
«La violence dans le contexte conjugal est une affaire privée qui concerne le ménage. Elle n’est pas encore devenue une préoccupation dominante dans la société», analyse le HCP. C’est pourquoi dans 90% des cas les victimes n’agissent pas en justice.
L’enquête informe aussi sur l’évolution de ce fait social: «En dépit de son caractère structurel, la violence à l’égard des femmes a entamé globalement une baisse entre 2009 et 2019». La part des femmes ayant subi au moins un acte de violence a régressé de 6 points en dix ans (voir notre enquête dans L’Economiste n°5739 du 13 avril 2020). En revanche, «certaines manifestations de ce phénomène persistent». Les violences économique et sexuelle ont connu des hausses de 7 et 5 points en une décennie!

                                                                               

Environ 900 plaintes en justice à fin avril 2020

Le confinement obligatoire peut rendre la situation plus critique (voir notre enquête dans L’Economiste n°5739 du 13 avril 2020). Même si la présidence du ministère public temporise chiffres à l’appui.

Ce sont 892 plaintes qui ont été déposées dans le cadre des violences à l’égard des femmes. Ce recensement va du 20 mars, date de déclaration de l’état d’urgence sanitaire, au 20 avril. «Le ministère public a engagé l’action publique dans seulement 148 affaires. Et ce, en attendant la fin des investigations dans les autres plaintes», annonce le président de cette institution judiciaire,  M’hammed Abdennabaoui.

Le nombre de poursuites, environ 150, est en baisse de 90% par rapport à la moyenne mensuelle enregistrée durant la période normale.

«Certes, il est encore tôt pour tirer des conclusions claires sur le niveau de la violence domestique durant le confinement obligatoire. Mais les statistiques disponibles annoncent qu’il y a une stabilité au sein de la famille marocaine. Et qu’il y a une harmonie entre ses membres et leurs disponibilités à vivre ensemble et à cohabiter même dans les situations les plus difficiles…», commente la présidence du ministère public.

Sauf que les chiffres officiels ne cernent pas totalement ce fait social. Que nous apprend l’enquête 2019 du HCP? Seulement 10,5% des femmes portent plainte à la police ou aux autorités compétentes. Moins de 2% d’entre elles ont recours aux associations.   

La justice reste mobilisée. La présidence du ministère public a appelé ses magistrats à suivre de près les affaires de violence à l’égard des femmes. Les plaignantes peuvent saisir la justice via internet [email protected] et les autres courriels du ministère public disponibles sur son site ou par téléphone (www.presidenceministerepublic.ma).

Les procureurs du Roi «doivent veiller aussi à l’intérêt majeur des enfants» dans ce type d’affaires. Engager aussi l’action publique avec «fermeté», «en temps opportun» et lorsque «les circonstances l’exigent».

Un bilan va permettre de disposer d’une vision encore plus précise sur les effets du confinement sur les couples et les familles. Rendez-vous  après la fin du confinement prévue, en principe, pour le 20 mai 2020.

Faiçal FAQUIHI

 

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