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Lectures du Ramadan

«L’intrication de Malabar» Episode 10: «Un mouchoir à 10.000 euros»

Par L'Economiste | Edition N°:5758 Le 11/05/2020 | Partager

Dans l’épisode précédent

Je n’ai jamais autant appris de ma vie que durant ces 3 ans. Il m’a appris à comprendre les gens. Il m’a appris à devenir invisible devant des milliers de personnes qui occultent ce qu’ils pensent être de la misère. Il m’a appris à profiter de chacun des instants de ma vie, à m’étonner devant le bourdonnement d’une abeille, à voir le monde avec des yeux que je n’avais pas. Il m’a appris à contrôler mes peurs et mes angoisses, celles que la société m’a infligé en me mettant à la rue…

Chapitre 6
Bernard descendit du taxi. La station de ski du Semnoz n’avait pas encore connu les affres du marketing et du show off. C’était une petite station de montagne, coquette, mais sans frime, où les remonte-pentes, les locations de ski et la petite buvette étaient bien moins chers qu’ailleurs. Elle n’attirait souvent que la population de la ville d’en bas, Annecy. Bernard paya la course et marcha vers le chalet de location. Il évita les plaques de verglas qui parsemaient le bord de route. Il poussa la porte et se fraya un chemin dans la file d’attente des clients qui attendaient qu’on leur ajuste leurs chaussures sur les skis de location.
- Où pourrais-je trouver Irwan? Demanda-t-il au caissier. Celui-ci leva la main pour montrer un gaillard de deux mètres aux épaules carrées. Bernard se dirigea vers lui.
- Irwan?
- Oui? Grommela le géant.
- J’ai vos étrennes! Bernard ouvrit sa veste et sortit de sa poche intérieure une liasse de billets.
- Je ne comprends pas, dit Irwan en se raclant la gorge.
- Cet argent est pour vous si vous me donnez des infos pour m’aider à retrouver quelqu’un. Ça vous prendra 5 minutes. Peut-on trouver un endroit tranquille?
- Suivez-moi, répondit Irwan qui s’ouvrit un chemin dans le tumulte des vacanciers qui titubaient avec leurs grosses chaussures inconfortables de ski. Il ouvrit une porte en bois menant à un débarras où l’on stockait le matériel, rangé par tailles. Le géant s’assit sur une table d’affutage.
Bernard sortit une photo.
- Lui, je le cherche, dit-il.
- Wow, répondit Irwan, il a drôlement changé depuis. Votre photo date d’au moins cinq ans non? La dernière fois que je l’ai vu c’était il y a 3 ans. À part les yeux, il est méconnaissable.
-  Il a changé 3 ou 4 fois de tête pour échapper à ceux qui le poursuivent, lâcha Bernard.
- Tout le monde a perdu sa trace à l’aéroport d’Ankara et moi j’y ai perdu mes coéquipiers. Tous morts. J’en ai réchappé avec ça en prime. Il releva son t-shirt Oxbow pour montrer une vilaine cicatrice placée sous le sternum. On ne nous a pas raté. Des pros, sûrement des militaires de je ne sais quel pays. De toutes manières, quel pays ne voulait pas l’avoir?
- Je peux voir l’argent?
Bernard lui tendit l’enveloppe.
- Pas mal… mais je ne comprends pas. En 3 ans j’ai été kidnappé, puis libéré, j’ai ensuite dû avoir tous les services de renseignements de la planète sur mon dos pour leur répéter la même chose. Vous c’est quoi? La CIA? Le Mossad? Je leur ai déjà parlé vingt fois… Mais bon, si vous avez de l’argent à perdre, je suis preneur. Depuis qu’on a perdu notre client, plus personne ne veut travailler avec moi pour assurer sa protection de toutes façons. Quand on perd un client, c’est la fin du business. Et faire videur de boîte de nuit, ce n’est pas pour moi.

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-  Irwan, je suis un privé. J’ai été flic à New York dans le passé et instructeur à Quantico.
-  Un ancien du FBI?
-  Oui, mais maintenant, je représente des scientifiques. Je ne suis pas militaire, ni espion. J’ai besoin de le retrouver d’urgence, personne n’a idée de l’importance de cela. Bref, rappelez-vous, un détail a dû échapper aux enquêteurs…
- J’ai passé trois années entières avec le client. On a fait plusieurs fois le tour de la planète. Il n’y aucun labo - même secret - que l’on n’ait pas fait. Il a usé plus d’une dizaine de passeports de pays différents, de noms, de look, et même de langues différentes. Durant ses recherches, il disparaissait durant des semaines entières, pour revenir comme abasourdi. On avait pour instruction de ne jamais rentrer dans les labos quand il y était. M’enfin, une semaine sans provisions, enfermé dans un labo, c’est hard.
-  Il était de quelle origine?
- Impossible de savoir, comme je vous l’ai dit, je l’ai entendu parler des dizaines de langues. Son visage est tellement commun.
D’après ce que j’ai compris, il est arrivé aux Etats-Unis sous un faux nom comme beaucoup de migrants illégaux. Fausse carte d’identité, mais vrai cerveau de génie.
- Avant cela il avait démarré en France dans un centre de recherche du CNRS. Pareil, faux nom, fausse nationalité. Personne n’y regardait de près, le gars les impressionnait trop par son intelligence.
Il a ensuite intégré une université de troisième zone dans l’Illinois, pour un doctorat en physique quantique, son prof de physique a failli faire une syncope lorsqu’il l’a vu s’amuser et jongler avec l’équation de Schrödinger. Je n’y connais rien à leurs trucs de scientifiques, mais le chef de la sécurité m’avait raconté qu’il avait réussi un tour de force qui ferait ravaler mille fois à Einstein sa célèbre phrase «Dieu ne joue pas aux dés». Ensuite tout s’est enchaîné très vite. MIT puis de centres de recherches en centres de recherches. Puis il s’est enfermé chez lui durant 7 ans, on pense qu’il a pété une durite et il est ressorti tel Moïse qui redescend de sa montagne avec les tables.
- Oui, c’est ce qu’on m’a dit, mais pour finir tout le monde le recherche, mort pour certains, vif pour d’autres.
-  Ils ont bien failli y arriver…
- Lors de l’attaque en Turquie, qui vous dit qu’il n’est pas mort?
-  J’étais blessé, mais je l’ai vu rentrer dans un local technique.
Les assaillants l’ont poursuivi et j’ai entendu gueuler parce qu’il avait disparu.
- Disparu?
- Volatilisé.
- Mm... Fit Bernard peu convaincu avant de rajouter: Il y a bien un détail qui pourrait nous aider? Quelque chose de spécifique?
- Pas de tatouage, pas de signe religieux, pas de disposition particulière à l’alcool, aux drogues…
- Rien? Pas la moindre petite cicatrice?
- Non, à part une trace au bras, vous savez, ce genre de trace que laissait le vaccin du BCG ou de la variole.
- Toutes les personnes de plus de 40 ans ont cela. Ça ne nous aide pas.
- J’ai rien d’autre. C’est, ou c’était, un gars bien.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça?
- Quand j’ai reçu ma balle dans le bide, il était à côté. Au lieu de s’enfuir vite fait, il m’a regardé. Il se sentait probablement coupable de la mort de mes camarades et de la balle que j’avais prise. Il m’a regardé, et je lisais la sensation d’impuissance dans son regard. Ensuite, cela est sans doute ridicule, mais il m’a tendu un mouchoir pour m’aider à arrêter le sang qui pissait. Ridicule, mais noble vu l’instant. C’est un gars décalé, vous ne pouvez pas comprendre.
Bernard réfléchissait. Irwan continua à décrire la scène de chaos qui suivait, puis son kidnapping de l’hôpital d’Ankara alors qu’on venait de l’opérer, l’année de captivité qui s’ensuivit… mais Bernard ne l’écoutait plus.
- Un mouchoir?
- Oui?
- Le mouchoir qu’il vous a donné…
- Oui, je l’ai gardé. D’ailleurs, ça me permet de me rappeler que
je reviens de loin.
Les yeux de Bernard s’illuminèrent:
- Votre mouchoir contre 10.000 euros supplémentaire?
- Vendu! cria Irwan.

Un avant-goût...

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«Dans la campagne profonde d’Azrou, un brillant jeune homme quitte sa modeste maison familiale pour aller à l’aventure porté par des rêves de lendemains meilleurs.
Le sort et cette foutue chance lui jouent des tours et le conduisent à la rencontre de deux clochards miséreux, hauts en couleurs.
Contre toute attente, leur galère se transforme en une synergie lumineuse, qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.
Mais ce serait sans compter sur d’obscurs services étrangers…»

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