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Société

Vietnam: Les secrets d’une guérilla efficace contre le coronavirus

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5757 Le 08/05/2020 | Partager
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NGÔ Kim-Khôi est franco-vietnamien. Auteur et expert en art, il collabore aussi avec des maisons de Haute couture. Il témoigne depuis Ho-Chí-Minh-Ville (Saïgon) sur la lutte menée par son pays contre le coronavirus (Ph. NGÔ Kim-Khôi) 

Au Vietnam, le premier cas de coronavirus a été déclaré le 23 janvier 2020. La réaction des autorités fut immédiate et radicale. «Au grand dam de Pékin, Hanoï a fermé très tôt ses frontières avec son voisin chinois», rapporte NGÔ Kim-Khôi. Notre interlocuteur est expert en art et modéliste pour Hermès, Christian Dior, Givenchy, Scherrer, Balenciaga… 

NGÔ Kim-Khôi témoigne depuis Ho-Chí-Minh-Ville (Saïgon) sur la stratégie sanitaire «low cost» de l’ancienne colonie française. Jusqu’au 28 avril, le Vietnam comptabilise 270 cas confirmés, 225 guérisons et aucun décès!

Une prouesse pour ce pays d’Asie du Sud-Est qui compte pourtant 96 millions d’habitants. Sécurité, politique, histoire et anthropologie expliquent le succès de cette guérilla sanitaire contre la pandémie.

- L’Economiste: Le Vietnam est l’un des pays les moins atteints par le coronavirus. Or, il ne dispose pas des mêmes moyens que les pays riches de la région comme Singapour ou la Corée du Sud. Comment expliquez-vous cette «prouesse» sanitaire?  
- NGÔ Kim-Khôi:
Fin janvier 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS)  a qualifié le coronavirus «d’urgence de santé publique de portée internationale».  Le gouvernement vietnamien a adopté plusieurs mesures pour lutter contre la pandémie. La frontière avec la Chine a été fermée très tôt. Les vols entre les deux pays ont été suspendus dès le 1er février.
En revanche, le confinement de la population n’a pas été imposé.
 Le Covid-19 aurait pu faire pourtant des ravages. Jusqu’au 28 avril, le Vietnam ne comptait que 270 cas déclarés et aucun décès lié au coronavirus. Un résultat surprenant pour un pays de 96 millions d’habitants et qui consacre peu de moyens pour le domaine de la Santé.

- Le régime communiste et sa gestion sécuritaire ont-ils contribué  à endiguer la pandémie?
- Les Vietnamiens sont en général très critiques à l’égard de leur gouvernement, en particulier dans le sud du pays. On y considère que ce sont les Vietnamiens du nord qui gouvernent et ceux du sud qui font tourner l’économie.
En ce qui concerne le coronavirus, le consensus national est fort. La politique du gouvernement est plébiscitée. Car elle donne manifestement de bons résultats. Le traçage des premières contaminations a été très rapide.
Un village dans le nord a été mis en confinement dès le début de l’épidémie parce qu’une Vietnamienne, revenue de Wuhan en Chine, en était atteinte.

- Existe-t-il pour autant des doutes ou des critiques sur la stratégie gouvernementale?  
- A propos des chiffres officiels, quelques doutes minoritaires s’expriment sur les réseaux sociaux.
Les critiques de la population portent surtout sur ceux qui ne respectent pas les règles. De son côté, le gouvernement communique énormément par SMS et aussi, plus traditionnellement, par des haut-parleurs dans les rues.
Les règles actuelles devraient être maintenues encore au moins 2 à 3 semaines.
La situation reste bien contrôlée. La mise en œuvre de cette stratégie a été facilitée par une culture de surveillance et d’encadrement de la société.
Cela débute au niveau des îlots -environ 200 personnes- dont chacun est placé sous la responsabilité d’un «tôdânphô» ou «gardien du quartier».
Le rôle de ces grands-mères ou grands-pères, élus pour 4 ans, ne se limite pas à surveiller la communauté dont ils sont originaires et à alerter sur les risques. Ils donnent des conseils et assurent la fonction de médiateur.
S’inscrivant dans la vision confucéenne du rapport entre l’individu et le groupe, ce système n’est pas un produit du communisme: son fonctionnement a été absorbé» par le Parti communiste vietnamien.

Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

                                                                         

«Stratégie low cost»

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L’Asie a connu depuis les années 2000 plusieurs épidémies comme le SRAS. Ces antécédents sanitaires expliquent-ils la réactivité du Vietnam?
Pour répondre à notre question, NGÔ Kim-Khôi cite un article scientifique ayant souligné «l’exemplarité» vietnamienne(1): «Comme plusieurs pays asiatiques, le Vietnam a été touché par le Syndrome respiratoire aigu analogue (SRAS). Cette épidémie a été identifiée pour la première fois, le 28 février 2003 à Hanoi, par un médecin épidémiologiste de  l’OMS. Dès le 11 mars, vingt personnes travaillant à l’hôpital français présentaient des symptômes du SRAS. La structure s’est mise en quarantaine. La réaction nationale, qui a consisté à isoler très rapidement tous les patients infectés, a permis de circonscrire l’épidémie. Au Vietnam, le SRAS n’a contaminé que 63 personnes, dont cinq sont décédées». Cette expérience sanitaire aura des retombées significatives. «Les autorités vietnamiennes étaient donc préparées à l’épidémie de Covid-19», poursuit NGÔ Kim-Khôi.
Un paramètre historique entre également en jeu: «Trente années de guerre (1945-1975) ont également forgé la capacité de mobilisation de la société vietnamienne. Etudiants en médecine, médecins et infirmières retraitées ont été mobilisés par l’Etat».
Le Vietnam a privilégié une stratégie «low cost» en retraçant systématiquement les contacts des personnes atteintes jusqu’à la 4e relation et placées en quarantaine.

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(1) Hiroshi Ohara, «Experience and review of SARS control in Vietnam and China», in Tropical Medicine and Health, 32, 3, 2004, pp. 235-240.

 

 
 

 

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