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Tribune

Ce que nous n’avons pas fait hier… devient une priorité

Par Youssef AMRANI | Edition N°:5755 Le 06/05/2020 | Partager

Licencié en sciences économiques à l’Université Mohammed V de Rabat, diplômé de la Boston University School of Management, Youssef Amrani a fait ses classes politiques à l’UGEM. Il entre aux Affaires étrangères. Son premier poste d’envergure fut celui de consul à Barcelone où il modernise le consulat et lui donne un volet d’affaires, perdu depuis. De 1996 à 2003, il est ambassadeur auprès de 10 pays d’Amérique latine. Après un passage comme haut fonctionnaire aux AE, il en assume le Secrétariat général. En plein printemps arabe, il part pour l’Union pour la Méditerranée, où il ne reste que 6 mois, car il est appelé ministre délégué auprès du ministère des AE, en tant qu’istiqlalien au sein du premier gouvernement Benkirane. L’année suivante, l’union casse et Amrani devient chargé de mission au Palais royal, poste qui a la réputation de «mise en réserve» d’une responsabilité plus importante. C’est effectivement ce qui arrive puisqu’il part en Afrique du Sud, pays en crise profonde avec qui le Maroc a des relations difficiles, bien qu’il ait offert l’asile à Mandela (Ph. YA)  

Réécrire les perspectives d’un monde en égarement relève d’une responsabilité civilisationnelle où l’éthique, la solidarité et l’empathie sont les moyens et les finalités d’un ordre mondial mis en question. Rude épreuve d’une humanité qui se fend en angoisse et se perd en confusion. La gravité de la situation impose toutes les mobilisations. Il nous appartient de prendre en charge les réels impératifs et le rôle de l’Etat, les besoins des sociétés humaines et les enjeux des équilibres internationaux.

L’Etat-civilisation

Il faut revoir les devoirs et responsabilités internationales. Au lien indéfectible, Etat-nation doit se rajouter un lien «Etat-civilisation».  L’histoire exige de donner à notre coopération internationale et à nos efforts de mutualisation plus d’effectivité, plus de solidarité et plus de transparence. Il faudra désormais injecter une dose d’humanisme.

Les Organisations internationales peinent aujourd’hui à organiser les décisions nécessaires à l’échelle globale (ONU, OMS, G7, FMI, OMC, etc.).  La principale leçon de la crise actuelle réside dans l’extraordinaire inefficacité des structures du système multilatéral. Il a été fondé pour empêcher les guerres, régler les conflits de tous genres, pas pour gérer une crise sanitaire à l’échelle planétaire. Des voies alternatives pour reconstruire une mondialisation s’imposent aujourd’hui plus que jamais, centrées autour des vrais enjeux, santé, éducation, changement climatique, etc. Le multilatéral n’est pas mort. Il va se régénérer. Et les diplomates ne sont pas une espèce en voie d’extinction. Leur rôle dans un nouvel monde sera déterminant dans les négociations futures.

L’Etat est l’arbitre des situations. Il doit renouer avec ses prérogatives providentielles. La réhabilitation de son rôle stratégique doit préserver les acquis démocratiques et les fondements d’une action altruiste protectrice des droits et des libertés fondamentaux. L’Etat est seul capable de faire primer l’intérêt général sur les intérêts partisans. Son action est celle de la restauration de la confiance du citoyen dans nos systèmes de gouvernance. Il protège, oriente et planifie. Il incarne la continuité, le filet de sauvetage et la garantie d’une conscience de responsabilité dénuée d’avidité politique et empreinte d’humanisme. Le leadership de Sa Majesté Mohammed VI est une démonstration magistrale de ce rôle clé et fondamental d’un Etat qui agit avec responsabilité, altruisme et vivacité pour protéger sa population et anticiper l’avenir.

Au défi global du coronavirus, S.M. a opposé une riposte d’envergure, multidimensionnelle et à l’essence humaniste pour soulager le peuple marocain en ces moments difficiles. Les impacts économique, social et sanitaire ont été ainsi pris en charge à la faveur d’instruments novateurs, adaptés et performants, faisant du Royaume un modèle de résilience et un exemple de pragmatisme. 

La décentralisation fournit la capacité d’expérimenter localement et de tirer parti de l’initiative locale ainsi que de la créativité humaine. Le rôle des collectivités locales, des ONG et des réseaux sociaux est central et déterminant dans cette nouvelle configuration.

Doctrine diplomatique

La doctrine marocaine en matière de politique étrangère repose sur des fondamentaux immuables de respect mutuel, d’amitié́ et d’interdépendance de collaboration avec pour ambition première d’assoir un espace de paix et de prospérité partagée. L’enjeu est aujourd’hui global et la réponse doit l’être tout autant. Aucun pays n’est en mesure d’apporter à lui seul les solutions à ces menaces transversales. (Voir encadré).

Le Maghreb, faute de pragmatisme et de courage politique, se retrouve à contre-courant de l’histoire. Le non-Maghreb est un gâchis: la région la moins intégrée au monde. Ainsi, plutôt que d’accéder au cercle vertueux du développement, de la croissance et de la richesse partagée, le Maghreb est progressivement devenu un espace de tensions et de difficultés. L’Union du Maghreb Arabe doit interconnecter les réseaux, pour créer une zone de libre-échange et construire un avenir prometteur, vertueux et prospère basé sur des valeurs communes.

Il est temps de réfléchir sur un axe intégré arrimant les deux continents européen et africain, à travers la Méditerranée. A l’opportunisme politique de courte vue, il est temps d’opposer une vision solidaire claire et lucide basée sur le pragmatisme, l’audace et le courage. L’histoire frappe à nouveau à nos portes. La crise du coronavirus nous rappelle que les projets de coopération et les perspectives d’intégration que nous n’avons pas réalisés hier doivent devenir les priorités de demain.

L’Europe fatiguée

Pour ce qui est de l’Europe et de la Méditerranée, on perçoit un projet en perte de vitesse, accentué par le coronavirus: divisions internes, manque d’ambition, de cohésion et d’appropriation des instruments notamment en matière de politique européenne de voisinage.  L’Europe ne peut pas vivre en vase clos. Elle doit revoir sa narrative et s’assigner une nouvelle vocation internationale dans un monde où les équilibres géostatiques ont été remis en cause (Brexit).   L’élargissement vers l’Est ne constitue plus l’unique moteur d’intégration. L’Europe doit regarder vers le Sud, c’est le Maghreb et au-delà l’Afrique. Un changement de paradigme est nécessaire pour un partenariat Nord-Sud plus approfondi et opérationnel.
Le temps est venu pour une refondation de la politique européenne dédiée à la rive Sud, avec une véritable perspective d’intégration méditerranéenne et demain euro-africaine, car l’avenir de l’Europe, c’est aussi l’Afrique.

                                                                     

L’Afrique post-corona

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La dernière initiative des chefs d’Etat africains impulsée par le Souverain dénote de cette priorité accordée à l’Afrique et de cet humanisme au centre de l’action diplomatique du Royaume (Ph. Sahara Media)

L’Afrique post-corona sera substantiellement différente. C’est une opportunité pour nous affranchir des modèles économiques déconnectés des réalités. Il faut leur opposer le choix démocratique et celui de la modernisation pour promouvoir des schémas en phase avec les besoins et les ambitions du continent.

Si cette ambition (essence de la vision portée par Sa Majesté le Roi) poursuit son processus de consolidation, de réformes et de modernisation, de façon décomplexée et entreprenante… L’Afrique risque d’être le continent le plus violemment impacté. La question des moyens est centrale. La notion de la redistribution des richesses devient par conséquent fondamentale. Elle doit être inscrite au cœur de l’agenda international ainsi que dans les agendas internes de l’ensemble des pays africains.

Autre volet prioritaire, l’intégration continentale est fondamentale à un moment où l’Afrique fait l’objet de toutes les convoitises. Cette question est d’autant plus stratégique que l’interdépendance de coopération est aujourd’hui concurrencée par une interdépendance de menaces. De fait, si nous ne planifions pas ensemble rapidement et de façon responsable, nous nous exposerons non seulement à un risque sanitaire accru mais également à une détérioration des réalités africaines.

 

 

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