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Economie

Lutte contre le coronavirus: «Nous sommes prêts à passer à la phase 3»

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5752 Le 30/04/2020 | Partager
L’INH de Rabat dit être sur ses gardes pour un éventuel basculement
Le réseau des laboratoires renforcé avec 6 nouvelles unités dans les CHU
Le recours aux tests rapides reste envisageable en cas de nécessité
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Pour Mohamed Rhajaoui, directeur de l’Institut national d’hygiène de Rabat, «le pays qui réussira est celui qui sortira de cette crise avec le moins de victimes humaines et dégâts sur le plan économique et social» (Ph NEA)

- L’Economiste: Pourquoi privilégier la technique du PCR pour les analyses du virus? Certains disent qu’elle pourrait produire des faux positifs ou négatifs. Qu’en est-il des tests rapides?
- Mohamed Rhajaoui:
La question des tests rapides (TR) suscite un débat chez l’opinion publique. Le recours à ces tests reste envisageable en cas de nécessité dans les prochains jours. Mais cela après une rigoureuse sélection sur des bases scientifiques, car sur le marché, il existe une panoplie de produits commercialisés par différentes sociétés. En termes de méthode, on distingue différents types de TR. Il y a les TR antigéniques qui cherchent le virus directement en utilisant des prélèvements nasopharyngés, comme c’est le cas pour la PCR. Alors que d’autres TR cherchent les anticorps. Ces derniers restent moins fiables que les TR antigéniques. Aussi faut-il procéder à une évaluation rigoureuse du produit à acquérir sur le plan documentation et pratique. Il faut qu’il soit doté d’une reconnaissance de la part de la CE et doté du label IVD, c’est-à-dire destiné pour un usage de diagnostic in vitro. Et il faut également s’assurer qu’il va utiliser des prélèvements issus des voies respiratoires, hautes ou basses, et que le résultat soit obtenu aisément en moins de 30 minutes. La performance des TR est aussi un critère déterminant dans cette sélection. La décision du choix du type de TR relève des compétences d’un comité scientifique et technique présidé par le ministre de la santé.

- PCR, R0, TR… que d’acronymes. On s’y perd encore. Que signifient-ils au juste?
- La technique de diagnostic adoptée par notre laboratoire est la PCR (Polymerase chain reaction) en temps réel. Ce test utilise des méthodes d’amplification moléculaire. Pour apprécier le niveau de transmission de cette maladie, il existe la méthode d’estimation désignée par RO (R zéro). Il s’agit du taux de reproduction de base qui varie entre 2 et 5 selon les études réalisées. L’OMS retient la valeur 2,5, c’est-à-dire, un malade devrait infecter 2,5 personnes, cela dans une situation normale sans vaccin et sans autres mesures de prévention.

- Vu la diligence et l’intelligence des décisions prises par le Maroc au début de l’épidémie, à quel stade se trouve-t-on aujourd’hui?
- Nous travaillons selon une stratégie nationale composée de trois phases. La première se rapporte à une situation où il n'y a pas ou peu de cas infectés ou des cas importés. Dans cette phase dépassée actuellement, il n’était pas justifié d’augmenter le nombre de laboratoires, 2 ou 3 structures étaient largement suffisantes. Aujourd’hui nous sommes au cœur de la deuxième phase, dans laquelle nous avons détecté plusieurs clusters et groupements de cas. Toutefois, même avec ces foyers, le nombre de cas reste relativement limité en comparaison avec l’évolution de la pandémie dans plusieurs autres pays. En revanche, nous sommes tout à fait prêts et nous tenons sur nos gardes pour un éventuel basculement vers la 3e phase, dont la particularité est la transmission communautaire.

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Pour le directeur de l'INH de Rabat, l'idéal est de tout faire pour retarder l’arrivée du pic de l'épidémie avec une ampleur très faible. La réalisation de cet objectif est extrêmement conditionnée par le comportement des citoyens en restant chez eux et respectant les mesures d’hygiène

- Etes-vous préparés à la phase 3?
- Nous avons créé des nouveaux laboratoires au sein des CHU du Royaume dont 6 sont déjà opérationnels à Casablanca, Rabat, Agadir, Fès, Marrakech et Oujda. Pour assurer le bon fonctionnement de ces nouvelles structures, un effort a été déployé pour les doter en équipements, matériels et réactifs nécessaires sans oublier le volet formation du personnel. Cela va permettre donc une décentralisation du réseau de laboratoires qui vont assurer des prestations d’un niveau de qualité équivalent à celui du laboratoire de l’INH.

- Quel budget a été mobilisé pour cette opération?
- Il est estimé à plus de 15 millions de DH, sans compter le budget alloué pour les réactifs et les extracteurs déjà achetés par le ministère de la santé.

- Jusqu’à présent, le Maroc n’a pas appliqué le dépistage massif. Une mesure adoptée par les pays qui ont réussi à atténuer les effets de la pandémie comme en Chine et en Allemagne. Pourquoi pas nous?
- Pour le moment, il est prématuré de parler de réussite. Le pays qui va réussir est celui qui va sortir de cette crise avec le moins de victimes humaines et dégâts sur le plan économique et social. Les mesures déployées sont complémentaires. Rappelons que le  Maroc a fait partie des premiers pays à avoir adopté des mesures très rigoureuses pour limiter la propagation du virus. A commencer par la fermeture des frontières, suivie aussitôt du confinement pour limiter les déplacements, l’introduction de traitement à base de la chloroquine et dernièrement le port obligatoire du masque. Il s’agit d’une stratégie intégrée qui suscite l’intérêt de plusieurs pays. Elle a permis à l’épidémie d’évoluer de telle sorte à retarder le pic, et même s’il arrive, sans grande ampleur, ce qui serait l’idéal. La réalisation de cet objectif est extrêmement conditionnée par le comportement des citoyens en restant chez eux et respectant les mesures d’hygiène.

Plus de 300 tests par jour

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Dès le déclenchement de l’épidémie au Maroc, le laboratoire de l’INH de Rabat a été très fortement sollicité avec une montée en charge rapide de l’activité, multipliée par 3 comparé à l’avant-covid. «Nos équipes, qui méritent nos sincères remerciements et félicitations, se sont mobilisées et organisées en trois groupes pour assurer la continuité de l’activité de l’établissement et la réalisation, dans les délais, des tests des prélèvements acheminés à notre laboratoire», explique le directeur de l’INH.
Pour rappel, le laboratoire de Rabat est un centre national de référence de la grippe et des virus respiratoires accrédité par l’OMS et faisant partie des 22 centres de la région Mena. Il est également reconnu par l’association espagnole de normalisation (AENOR) qui lui octroie chaque année la certification ISO 9001. Au début, ce centre a été créé pour la grippe, pour se spécialiser par la suite dans tous les virus respiratoires. Ainsi, il a été impliqué dans l’épidémie SRAS (2002-2003), en 2009 dans celle H1N1 et en 2012 dans le diagnostic du Mers-Cov.

Prélèvements en véhicule escorté

L'INH reçoit les prélèvements envoyés par les délégations de santé situées dans la région Nord et celle de l’Est du Royaume et même le Sud-Est y compris Errachidia. Une fois le prélèvement réalisé au niveau de l’hôpital, il est envoyé au laboratoire par la délégation de la santé concernée dans un véhicule escorté par la gendarmerie. Une fois arrivés à l’INH, les écouvillons font l’objet de vérification et de tri avant de passer à l'extraction. «Si le prélèvement contient le virus, on doit extraire son ARN, c’est l’équivalent de l’ADN chez certains êtres vivants comme les bactéries. Par la suite, nous devons nous assurer que nous sommes effectivement face au SARS-COV2 responsable du Covid-19, auquel cas la personne est déclarée négative», indique le directeur de l’INH.

Propos recueillis par Noureddine EL AISSI  

 

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