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Lectures du Ramadan

«L’intrication de Malabar» Episode 1: Un concerto au violon n° 5, en A majeur

Par L'Economiste | Edition N°:5749 Le 27/04/2020 | Partager

Pour votre feuilleton du Ramadan, L’Economiste vous propose une immersion dans un univers surréaliste, drôle et plein de rebondissements. «L’intrication de Malabar», quatrième roman de Amine Jamaï,  est un ovni littéraire mettant en scène des personnages joyeusement anticonformistes. L’auteur s’aventure dans les méandres du roman noir et s’en amuse.

Selon plusieurs rapports ministériels de pays industrialisés, entre 2 et 2,3% des enfants de leur pays – de six à seize ans – seraient considérés comme surdoués. Ce chiffre appliqué au Maroc correspondrait à plusieurs dizaines de milliers de génies perdus dans des rouages éducatifs inappropriés – rouages qui se concentrent laborieusement sur les enfants qui sont dans la norme.
Notre richesse immatérielle est là, sous nos yeux, attendant telle une pierre précieuse qu’on vienne la polir finement, à coup d’enseignement adapté. À ce titre, Lao Tseu devrait faire réfléchir notre société: «Mieux vaut allumer des petites lumières que de se plaindre de l’obscurité»

Chapitre 1:
- « Soif !»
- Quoi? Encore?!
- Bah oui, j’ai soif. Je suis poivrot, SDF. Oui, sans domicile fixe! Avec ce titre, votre éminence, j’ai le droit d’assumer mes fonctions.
D’un coup sec, Ghni fit sauter le couvercle en aluminium de la substance rougeâtre qui faisait office de vin. Ghni était son surnom, il s’appelait Abdelghani lorsqu’il était encore professeur de français, fonctionnaire de la fonction publique, comme il aimait à le rappeler lorsqu’on le traitait avec mépris.
L’éminence le regarda d’un air amusé. Il lui lâcha un marmonnement incompréhensible finissant par:
- Toi en ce qui te concerne, c’est plutôt l’acronyme de «Sur le Déclin Forcé».
L’éminence était vêtue d’une redingote noire, brillante d’usure, dignement recousue par endroits, un pan de sa doublure frôlait le sol, rabougrie par la poussière. Il avait des cheveux grisonnants, ébouriffés, surplombant un front large, finissant sur un visage maigre et fin qui avait gardé des mimiques d’enfant.
Son accoutrement n’arrivait pas à ternir la puissance de ses yeux noirs, vifs et emplis d’une lumière, qui oscillait entre celle des génies et des fous. Il n’avait pas d’âge – soixante, soixante-dix ans? Il semblait à la fois frêle et solide, un bambou humain. Ghni avait avalé la moitié de son breuvage, se tenant la bedaine qui sortait par endroits de son pull rouge, vraisemblablement taille enfant. Il l’avait trouvé dans les poubelles d’une villa cossue d’Azrou. Un peu effiloché, au poil long et soyeux, d’une douceur reposante. Du véritable cachemire comme il se plaisait à répéter.
L’éminence et Ghni marchaient ensemble depuis bien trois ans, à travers champs et routes, sans questions, sans directions, fouillant les poubelles le jour, s’arrêtant à quelques carrefours pour récolter des pièces en fin de journée et dormant sous des toits de fortune quand ils le pouvaient.
Leur binôme n’intriguait même pas. Pour ceux qu’ils croisaient, ils étaient une histoire de plus à inscrire au compte de la pénibilité de ce monde. Le genre d’histoires que personne ne veut plus prendre le temps d’écouter.
En rase campagne, ils étaient paisibles, en phase avec les éléments, aucune tristesse, pas de souffrance, en paix avec eux-mêmes.
Être en paix avec soi, dans cette déchéance, pouvait sembler insupportable pour le commun des mortels. Ceux-là, disait l’éminence, sont obnubilés par leur survie financière, par la peur de ne pouvoir payer leurs factures, par l’effort du travail à accomplir pour chaque billet à sortir de leur poche. Ils sont programmés pour chaque seconde de leur vie, à s’investir dans un labeur réconfortant, celui qui éloigne au loin la faim, qui annihile le sentiment de ne rien posséder et qui fait disparaître le doute, celui que l’on peut avoir de sa propre existence. Il concluait avec sourire: «On se doit par respect pour eux de prendre une allure misérabiliste quand on les croise, c’est plus décent».
L’éminence leva les yeux au ciel.
- Je lance un concerto au violon n° 5, en A majeur, le K 219, allez maestro on envoie!
Ses bras se mirent à virevolter sous le sourire complice de Ghni qui se prit une bonne rasade au passage. Ghni lui dit en pouffant de rire «Plus fort! J’entends rien! C’est un orchestre de merde que t’as là»
- L’unique différence entre un fou et moi, chanta l’éminence, c’est que moi je ne suis pas fou! C’est Salvador Dali qui m’avait dit ça en 1982 dans une fiesta sans nom à Saint-Tropez! Ghni prit son ami par la manche comme pour guider un aveugle.
Le concerto dans la tête de l’éminence durait généralement plus d’une demi-heure et là il fallait aller au carrefour de la nationale qui menait à la Kasbah Aït Aamour – histoire de gagner quelques sous pour le souper.
- Boire ou conduire! Lança Ghni en marchant. On va à Saint-Tropez d’Azrou! Allez! Embarquez votre éminence dans la Rolls la plus écolo du monde!
De loin, on voyait avancer une planche noire qui fouettait l’air de ses bras, accompagnée d’une boule rouge courte sur pattes qui titubait.

Un avant-goût...

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«Dans la campagne profonde d’Azrou, un brillant jeune homme quitte sa modeste maison familiale pour aller à l’aventure porté par des rêves de lendemains meilleurs.
Le sort et cette foutue chance lui jouent des tours et le conduisent à la rencontre de deux clochards miséreux, hauts en couleurs.
Contre toute attente, leur galère se transforme en une synergie lumineuse, qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.
Mais ce serait sans compter sur d’obscurs services étrangers…»

Demain, épisode 2: «Colère sourde et rêves fous»

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