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Tribune

Après l’enquête Sunergia-L’Economiste: Le psy, le virus et le confinement

Par Dr Jalil BENNANI | Edition N°:5749 Le 27/04/2020 | Partager

Distingué par le prix Sigmund-Freud de psychothérapie, auteur de nombreux ouvrages, habilité à diriger des recherches, le Dr Jalil Bennani est très actif pour le développement de ses spécialités (Ph. L’Economiste)

Je constate, dit le Dr Bennani, que la plus grande partie des réponses de l’enquête Sunergia-L’Economiste (14 avril 2020, deux semaines après le confinement) correspond bien aux réa­lités que certains vivent et à ce qu’ils me confient dans le cadre de ma pro­fession: inquiétudes, suivi des mesures, impact économique... Mais tous mes patients ne vivent pas le confinement de la même manière.

Les chiffres de cette enquête varieraient forcément dans d’autres catégories sociales qui n’y figurent pas.

L’ennui, la solitude, l’inquiétude face à la mort sont marqués différem­ment selon les milieux sociaux, la situation sociale, le statut familial et la tranche d’âge. Les proches des per­sonnes âgées pensent inévitablement à la perspective de leur disparition qui les priverait de pouvoir les veiller et les accompagner dans leurs derniers ins­tants. En revanche, je suis étonné par le fait qu’une majorité de personnes interrogées affirment qu'elles trouvent le confinement «bien», voire pour une petite partie «très bien».

- L’Economiste: La majorité des Marocains disent se trouver bien dans le confinement, c’est éton­nant…
- D’après moi, une minorité de per­sonnes se trouvent satisfaites durant cette période de confinement. Elles peuvent trouver une tranquillité à res­ter à la maison, à lire, méditer, préparer des petits plats, écouter de la musique, écrire, faire des recherches… Cela dépend beaucoup de leurs conditions de vie. D’autres personnes vivent bien cette période car elles sont habituées à la solitude et la recherchent.
Mais les réponses de cette grande majorité me laissent sceptique. D’abord, au fil des semaines, le vécu de l’isolement change et ceux qui se trouvaient bien peuvent se retrouver moins bien ou pas bien du tout. Je constate fréquemment les effets de cette situation inédite: beaucoup de stress, d’anxiété, de tristesse, et parfois des violences dans les familles, chez les adolescents et dans les couples… Enfin, certaines personnes dissimulent leur état, ce qui biaise certaines ré­ponses aux questions des enquêtes en général. Ce qui se dit sur l’intimité du confinement, chez les psychiatres, psychologues et psychanalystes, est d’un autre ordre et fait apparaître un discours teinté d’angoisses, de stress et d’autres troubles. Il y a aussi ceux qui sont dans le déni, mécanisme inconscient lié à des défenses contre l’irruption de peurs, d’angoisses, de fantasmes qui pourraient être envahis­sants et réveiller des frayeurs du passé. En société, les silences, les faux-sem­blants, les apparences relèvent d’atti­tudes humaines universelles. Dans notre société, ces comportements peuvent se manifester de manière ac­centuée pour des raisons culturelles, historiques et sociales. Nous obser­vons des attitudes de prestance, de pudeur, de fierté…

- Peut-on déprimer dans le confi­nement?
- Après que la majorité des ci­toyens avait d’abord bien pris acte de la nécessité des mesures et des déci­sions prises par les autorités du pays, la plus grande partie d’entre eux ont manifesté des inquiétudes en réalisant la durée des restrictions dont ils ne perçoivent encore pas le bout. Pour preuve, leur pessimisme quant à la sortie du confinement.

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Se protéger contre l’épidémie par le confinement était proscrit par les oulémas, rappelle Bennani. Aujourd’hui le discours religieux adopte les mesures de protection. Majoritairement, les citoyens écoutent les conseils dictés par la recherche scientifique. Il n’empêche, ajoute-t-il, que «l’apparition de ce virus questionne notre humanité, l’écologie politique, les politiques de santé dans leur diversité»; Jean Antoine Gros, Bonaparte et les pestiférés de Jaffa, 1799

- Quelle partie du Coran peut aider à traverser cette période et quels symboles y sont mobilisés?
- On sait qu’en pays musulman la vie et la mort sont intimement liées. La maxime «OEuvre pour ta vie comme si tu allais vivre à jamais; oeuvre pour ta mort comme si tu allais mourir demain» peut servir de guide aux croyants pour s’acquitter de leurs dettes morales et accepter la mort.
 L’accueil de la mort comme étant une volonté divine rend le croyant conscient de la finitude de la vie ter­restre. En cette période de grandes angoisses, d’incertitudes sur ce que nous ignorons, la religion peut aider à surmonter les angoisses et la tristesse, les peurs de la mort, avec une certaine sérénité, mais ce n’est pas toujours le cas et ne suffit pas dans les cas de dépression.
Le soutien lié au religieux varie selon le degré de croyance, la struc­ture de personnalité, le passé trauma­tique, les conditions de vie. Il faut, en revanche, se prémunir contre les inter­prétations de soi-disant prédicateurs qui trompent la population par des discours obscurantistes afin de lutter contre le coronavirus.

- Le président français dit: «Nous sommes en guerre», le président américain accuse les autres... A quels symboles ou fantasmes se réfèrent-ils?
- Ces citations montrent bien la diversité des contextes culturels et politiques. Je m’arrête sur le mot «guerre». C’est une métaphore pour alerter la population et pouvoir sauver des vies. Passé ce stade, il faut penser autrement les choses. Il ne s’agit pas d’un combat contre des belligérants. «L’ennemi» est complexe, puisqu’il est intégré à la nature.. Quant à l’accusa­tion portée sur les autres, en désignant l’étranger comme l’ennemi extérieur, elle permet de dégager toute respon­sabilité des hommes ou défaillance interne du système et d’esquiver des questions qui interpellent notre huma­nité tout entière.

- Et les Marocains?
- Au Maroc, des mesures adéquates et très rapides ont été prises par les au­torités. Ces décisions ont été au dia­pason du contexte culurel, sociétal et historique.

                                                                    

Triste ou déprimé?

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«La foule» de Mabel Dwight, 1928, litho: l’artiste représente la foule angoissante et angoissée pendant la Grande dépression américaine

«Il faut bien distinguer la tris­tesse de la dépression. Soyons pru­dent avec les étiquettes psychia­triques. On peut dire que la majorité est triste de voir cet état du monde. On entend d’ailleurs souvent le mot "avant"», dit le Dr Bennani.

On ressent une nostalgie liée au confort d’autrefois pour des choses simples comme les rencontres autour d’un café, les loisirs, les rencontres amicales, les retrouvailles affec­tives…

Le spécialiste qualifie de «dépres­sion, un état de tristesse continue qui inhibe la pensée et les actions, s’accompagne d’angoisses, insom­nies, perte d’appétit, troubles psychosomatiques, états de panique… On peut même parler de traumatisme». Pour les claustrophobes, qui ne supportent pas de rester en­fermés, cela peut être terrible.

Les symptômes de la dé­pression sont «relativement légers» quand il s’agit d’une première apparition directe­ment liée à la crise. Ils sont plus importants et «peuvent s’accentuer chez les per­sonnes ayant un passé ou un suivi thérapeutique, médicamenteux ou psychothérapique». Ce sont cer­tainement celles-là qui sont le plus sujettes à la dépression.

Il y a aussi ceux qui présentent une vulnérabilité psychique, qui sont fra­giles, anxieux et vivent des «moments de détresse lorsqu’ils sont confrontés à une situation nouvelle», ajoute le Dr Bennani. Il explique les cas d’addic­tions à l’alcool ou à diverses drogues, dont le sevrage peut entraîner des crises d’angoisse, divers symptômes physiques, des dépressions et même dans les cas graves des états de confu­sion mortels. Il faut aussi savoir que cette situation peut réveiller des bles­sures anciennes, maladies, accidents, deuils, situations d’abandon…

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