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Economie

Le taux de guérison du covid dépasse les 90%

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5745 Le 21/04/2020 | Partager
Le confinement contribuera à l’éradication du virus
La fin de la pandémie tributaire de la baisse du nombre de nouveaux cas
L’émergence d’une nouvelle souche dans un avenir proche n’est pas écartée
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Kamal Marhoum El Filali est membre du comité covid-19 du CHU d’Ibn Rochd de Casablanca (Ph. F. Al Nasser)

Enseignant à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, le Pr Kamal Marhoum El Filali est chef du service des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd.

- L’Economiste: La première question que toute la planète se pose est: cette pandémie aura-t-elle un jour une fin?
- Pr Kamal Marhoum El Filali:
Nous espérons tous que cette pandémie aura un jour une fin, mais nous ne pouvons répondre avec certitude. Il faudrait voir l’évolution des choses durant les mois à venir. Est-ce que ce virus va disparaître de façon définitive, une fois qu’une grande partie de la population sera immunisée? C’est ce que nous espérons. Est-ce qu’il va devenir un virus saisonnier? Peut-être, au même titre qu’une grippe. Et là, nous espérons que le vaccin nous permettra d'y faire face  de façon permanente. Enfin, si ce virus ne disparaît pas et qu’il reste avec nous- là aussi, c’est une hypothèse de l’ordre du possible- il faudra d’abord disposer de traitements, puis d’un vaccin qui permettrait de contrôler les infections dues à ce virus. Voici les différentes hypothèses, mais personne n’a de réponse à cette question. Pour l’instant en tout cas.

- Sur quels indicateurs les autorités sanitaires s’appuieraient-elles pour décréter la fin de la pandémie?
- Il s’agit essentiellement du nombre de nouveaux cas par jour. Il faudrait que ce nombre diminue de façon régulière, devienne extrêmement faible. Il faudrait aussi que tous les pays rapportent la même baisse. Dans ce cas, nous ne serions plus devant une pandémie, mais devant une maladie contrôlée et qui ne se manifesterait plus que par quelques cas à travers le monde.

- Comment le confinement de la population peut-il contribuer à éradiquer le virus?
- Effectivement, ce n’est pas le seul élément pour lutter contre le virus, mais il va contribuer de façon importante à son éradication. Comment? En empêchant les personnes d’entrer en contact les unes avec les autres. Comme vous le savez, ce n’est pas le virus qui saute d’une personne à l’autre pour la contaminer. Nous sommes des vecteurs utilisés par ce virus pour passer d’une personne à l’autre. Alors à quoi sert le confinement? Il va permettre de réduire de façon importante les contacts entre personnes et diminuer le risque de transmission. A ce moment, quand on est contaminé à la maison, si on est porteur du virus, on va développer la maladie. On va peut-être avoir des symptômes, puis être diagnostiqué et pris en charge. Les contacts au niveau familial seront également pris en charge. Par contre, si au niveau de la famille, personne n’est touché par ce virus, tout le monde est indemne.

- Que signifie pour un infectiologue comme vous l’apparition de foyers familiaux?
- L’apparition de foyers familiaux signifie qu’il y a une transmission du virus à l’intérieur d’une même famille. Je pense que c’est quelque chose de tout à fait normal puisque nous sommes en période de confinement. Parce que pour peu qu’il y ait une personne contaminée par le SARS-CoV-2 dans une famille, étant donné qu’elle est confinée ensemble, malgré toutes les précautions qu’on puisse prendre au sein d’une famille, il arrivera quand même, dans un certain pourcentage de cas, que les personnes de cette famille soient contaminées. C’est donc quelque chose de normal en matière d’épidémiologie. Est-ce que c’est grave? C’est une évolution normale des épidémies. Nous préférons qu’il y ait des foyers familiaux, parce qu’ils sont faciles à circonscrire et à prendre en charge. Nous pouvons détecter plus facilement les contacts, que d’avoir une transmission du virus au niveau communautaire, où là, le virus se balade dans la population, entre personnes qui n’ont pas forcément de liens entre elles. Par conséquent, quand un malade est détecté, il est difficile de dresser la liste de tous ses contacts, parce que cela peut être un contact qu’il a eu comme intermédiaire, une porte, par exemple.
La personne qui va toucher à cette porte après le malade va être contaminée. Quand on dressera la liste de ces personnes nouvellement contaminées, nous ne pourrons pas forcément remonter à la personne qui est le contaminant. Il est donc «préférable» d’avoir des cas au niveau familial parce que c’est plus facile à gérer au plan épidémiologique.

- Comment jugez-vous le rythme des guérisons: 218 contre 127 décès?
- Effectivement, dans un premier temps, nous voyions que les guérisons se comptaient au compte-gouttes alors que la mortalité était plus importante. Je crois que cela est normal en début d’épidémie. N’oubliez pas qu’une personne qui a été contaminée doit évoluer pendant au minimum deux semaines, peut-être trois, et dans les cas sévères, jusqu’à six semaines d’évolution. Avant de pouvoir effectuer des tests et nous assurer qu’une personne n’est plus porteuse du virus. Vous savez que le premier cas a été détecté le 2 mars, si mes souvenirs sont bons. Durant les semaines qui ont suivi, nous n’avons eu que des guérisons de quelques personnes contaminées très tôt. Je pense que plus nous avancerons, plus nous aurons de guérisons, parce qu’il y aura de plus en plus de personnes qui seront arrivées à la fin de leur maladie. On les aura testées et on aura trouvé que le virus a disparu. Elles seront à ce moment déclarées guéries. Pour l’instant ces chiffres ne peuvent pas révéler une réalité. Mais au fur et à mesure que l’épidémie avance, nous verrons qu’il y a de plus en plus de personnes guéries. Nous pensons qu’il y aura les mêmes statistiques qu’ailleurs. Nous devrions avoir plus de 90% de guérisons. Mais cela ne se verra pas maintenant. Il faudra attendre en fin d’épidémie. C’est là que nous pourrons faire, comme on dit, les comptes pour savoir à combien nous sommes en termes de guérisons et de mortalité également.

- En cas de guérison, garde-t-on des séquelles?
- Nous ne savons pas très bien parce que c’est une maladie nouvelle. Mais nous pensons que dans le cas d’une maladie, modérée, peu sévère, bénigne, les choses devraient normalement régresser et qu’il ne devrait pas y avoir de séquelles. Pour les personnes qui ont eu besoin de réanimation et qui ont guéri après un passage plus ou moins long en réanimation, là, nous pensons que cela risque quand même d’être différent. Il pourrait y avoir, et cela par analogie avec d’autres pathologies touchant l’appareil respiratoire, des lésions, qui, malheureusement, par la suite, pourraient guérir sous la forme d’une fibrose, une sorte de cicatrisation au niveau du poumon. Cela va laisser quelques séquelles plus ou moins importantes au niveau de l’appareil respiratoire. Mais pour l’heure, nous ne pouvons savoir l’importance de ces séquelles étant donné que c’est une maladie nouvelle, que nous ne connaissons pas suffisamment. De plus, nous ne pouvons pas dire quand une personne aura ces séquelles. Est-ce qu’elles apparaîtront au bout d’un mois, de six mois, ou d’un an? Nous ne savons pas. Donc, les personnes, en particulier celles qui ont eu des tableaux extrêmement graves, qui ont eu besoin de réanimation, devront être suivies de façon continue pour s’assurer qu’il n’y ait pas de séquelles lourdes, consécutives à cette maladie.

- Pensez-vous qu’il y a un risque de «covid-20» ou d’un autre virus dans les prochaines années?
- Tout est possible. On sait que les virus, au niveau mondial, sont très changeants. Depuis longtemps, on s’attend à une pandémie importante. Elle n’est pas venue avec le virus de la grippe. Nous nous étions inquiétés un peu, en 2009, quand il y a eu la souche H1N1, qui nous avait fait un peu peur. Finalement, elle n’était pas très sévère et n’a pas posé de gros problème. Mais c’était quand même une grande répétition générale, qui nous a permis de prévoir un certain nombre de mécanismes pour aller relativement vite lorsqu’une pandémie commence à se manifester. Seul l’avenir nous le dira. Nous ne pouvons faire de prédictions, mais nous sommes sûrs qu’un jour, il y aura encore un virus qui va poser des problèmes au niveau mondial. Le virus actuel a une mortalité qui se situe entre 2 et 3%, selon les dernières estimations. Il se pourrait qu’il y ait un virus plus virulent, avec une mortalité encore plus élevée et qui pourrait entraîner de gros problèmes. Avec ce coronavirus, responsable du covid-19, nous avons une maladie facilement contagieuse, qui a rapidement diffusé à travers le monde. Heureusement pour nous, c’est une maladie qui n’a qu’un taux de mortalité de 2 à 3%. Mais sans être énorme, vous voyez ce que cela a donné comme décès lorsque nous rapportons ces pourcentages à l’échelle d’un pays ou au niveau mondial. Ce n’est pas négligeable. Si nous avons un virus encore plus virulent avec un  taux de mortalité est de 50%, par exemple, on risque de voir disparaître la moitié des habitants de la planète. Donc, des choses très sérieuses peuvent apparaître dans un, dix voire vingt ans. Personne ne sait, mais il faut toujours se tenir prêt pour faire face à ce genre de menace qui plane en permanence sur l’humanité.

Le pic, un indicateur sur l’évolution de la maladie

«La notion de pic est très importante en épidémiologie. Elle nous renseigne d’abord sur l’évolution d’une épidémie au niveau d’un pays. On constate, en général, que cela commence par quelques cas, avant de se propager. Le nombre de cas augmente jusqu’à un maximum. Ce qu’on appelle le pic à partir duquel on peut parler d’une baisse du nombre de cas quotidiens et donc d’une réduction du nombre de cas jusqu’à, peut-être, l’arrêt de l’épidémie. Le pic peut survenir très vite comme il peut survenir tardivement.», explique Kamal Marhoum El Filali, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Casablanca. Un pic peut aussi être d’une amplitude importante comme il peut être relativement bas. La stratégie des autorités sanitaires consiste, par tous les moyens dont elles disposent, de faire en sorte que ce pic ne monte pas trop haut. Pourquoi? L’objectif étant de ne pas dépasser les capacités de prise en charge des infrastructures hospitalières. «Nous essayons de faire en sorte que nous n’ayons pas un pic trop haut pour ne pas avoir trop de personnes malades en même temps et pouvoir les prendre en charge», poursuite le professeur. Mais, évidemment, si le pic ne monte pas trop haut, cela risque de s’étaler dans le temps. Mais les responsables du système de santé préfèrent que cela s’étale dans le temps, autrement dit, une courbe de l’épidémie qui s’aplatit et qui dure dans le temps, mais qui soit gérable sur le plan sanitaire. «C’est mieux que d’avoir un pic extrêmement élevé parce que nous risquons d’avoir beaucoup de décès et parce que beaucoup de patients ne trouveront pas de place au niveau des hôpitaux et donc ne seront pas pris en charge de façon optimale», conclut l’infectiologue.

Propos recueillis par Hassan EL ARIF

                                                                                       

Echappé d’un laboratoire?

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«Que ce virus se soit échappé d'un laboratoire est une des théories du complot qui pullulent sur internet. Cela relève du domaine de la science-fiction, mais c’est tout à fait possible. On sait très bien qu’il y a un certain laboratoire qui travaille sur des virus extrêmement dangereux, avec un maximum de précautions pour que ce virus ne puisse sortir dans l’environnement.

C’est clair. Mais est-ce qu’on a une certitude absolue qu’il ne peut pas y avoir un accident et qu’un virus aussi dangereux que ceux qui sont dans ce laboratoire ne puisse, un jour, se retrouver à l’extérieur? Cela reste toujours du domaine du plausible. Est-ce qu’il est possible qu’il apparaisse de façon tout à fait naturelle ?

Je dirais oui. Un virus peut apparaître dans la population humaine de façon tout à fait naturelle. On n’a pas besoin qu’il soit fabriqué en laboratoire pour qu’il passe chez l’homme et qu’il représente de gros problèmes.

On sait aussi que les virus peuvent muter et qu’ils peuvent s’adapter à des environnements différents. Un virus adapté à l’animal peut, un jour, passer chez l’homme et s’il arrive à s’adapter, il peut survivre et se multiplier chez l’homme. Il peut même commencer à entraîner une transmission interhumaine. Et c’est comme cela que nous rentrons dans une histoire d’épidémie.

Personnellement, je ne vais pas privilégier la thèse d’un virus échappé d’un laboratoire. Mais, de toute façon, dans les deux cas, la riposte devrait être la même. Qu’il soit d’origine ou de mutation naturelle, ou échappé d’un laboratoire, de toute façon, il est là. Il est dans la population. Il va falloir faire avec. Il va falloir riposter».

 

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