×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

«La sortie de crise sera longue et difficile»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5736 Le 08/04/2020 | Partager
allal-amraoui-036.jpg

«A situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles, ce qui est tout à fait le cas avec la pandémie du coronavirus. Et c’est dans cet ordre des choses que le personnel de santé agit pour sauver des vies et protéger les Marocains», indique Allal Amraoui, président du Centre marocain d’études et de recherches en politiques de santé (Ph. YSA)

Chirurgien des hôpitaux pu­blics, ancien directeur régional de la santé, parlementaire, et président du Centre marocain d’études et de recherches en politiques de santé (CMERPS), Dr Allal Amraoui se livre à L’Economiste. Ce député n’a jamais quitté sa blouse blanche. Sa conviction: «il faut prêter main forte au corps médical, s’appliquer, et se conformer aux mesures bar­rières afin d’éviter une propagation démesurée de l’épidémie». Dans cet entretien, l’ancien maire-adjoint de la ville de Fès évoque «le déroule­ment de l’après-crise, le déconfi­nement, les tests de dépistage et les leçons à tirer de cette crise inédite». Décryptage.

- L’Economiste: Avec le confi­nement généralisé et le port du masque de protection obligatoire, le Maroc est entré dans une nouvelle phase du Covid-19. Pourrions-nous espérer un retour à la normale dans quelques semaines?
- Allal Amraoui: L
es mesures bar­rières et le confinement général sont essentiels dans la lutte contre la pro­pagation du Covid-19. Car, ce virus ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Nous ne nous acheminons absolu­ment pas vers un déconfinement total, général et absolu, en une seule fois, pour tout le monde en même temps. Il est illusoire de le croire. L’épidémie peut reflamber. Le grand risque est que ce confinement se fragilise, dès qu’on avance des informations ou des nouvelles qui portent de l’espoir. On s’expose au risque de relâchement, ou de démobilisation de l’engagement des citoyens. Aussi, tout le monde doit respecter de la façon la plus stricte les règles de confinement. Un relâche­ment peut ruiner tout l’effort collectif. Aucun pays ne sera à l’abri d’une 2e ou 3e vague et qui peut être aussi bien dévastatrice. S’agissant du port du masque de protection, c’est une me­sure barrière «altruiste». Son principe: se protéger et protéger la collectivité.

- Comment la population devra-t-elle se protéger durant cette pé­riode?
- Les contraintes dureront des mois. Nous devons faire preuve de créativité avec une réorganisation to­tale dans notre vie quotidienne, notre comportement social, nos habitudes sont à revoir au moins pour un cer­tain temps. Idem pour le travail et au niveau des entreprises et des écoles. Nous devrons sensibiliser davantage, et trouver une solution pratique pour amener tous les citoyens au port de masque (masques alternatifs). En cette situation de «pénurie de masques», la priorité d’attribution des masques chirurgicaux ou FFP2 plus protecteurs doit aller aux professionnels et struc­tures de santé. Toutefois, le port d’un masque grand public, dit alternatif, doit être obligatoire pour les sorties nécessaires. Le port généralisé d’un masque par la population constituerait un complément logique aux mesures barrières actuellement déjà en vigueur.

- Tout le monde est conscient de la rareté des ressources humaines en matière de santé publique. Vous, vous avez enfilé votre blouse blanche pour rejoindre l’hôpital et prêter main forte au corps médi­cal…
- Pour moi, c’est un devoir natio­nal. D’ailleurs, je n’ai jamais cessé mon activité de chirurgien que je fais bénévolement au sein d’un hôpital public à Fès. Mais je n’aime pas trop en parler. L’essentiel est de créer une synergie mobilisatrice et générale. Nous avons affaire à des événements que la science elle-même peine à ex­pliquer, telles la transmission accélé­rée des épidémies à leur début, leur variation saisonnière et... leur dispari­tion spontanée sans raison apparente. Chacun de nous doit apporter sa pierre à l’édifice. Il faut garder à l’esprit les déconvenues constatées dans certains pays léthargiques à l’amorce de la propagation.

- Le Maroc a-t-il assuré une bonne gestion de cette crise sani­taire?
- Depuis l’apparition d’un premier cas contaminé du Covid-19, quali­fié un peu plus tard de pandémie par l’OMS, le Maroc a procédé à la mise en oeuvre d’une série de mesures dras­tiques pour éviter l’avancée inexorable du nouveau coronavirus. Des mesures courageuses, préventives et précoces, dont la fermeture de l’espace aérien, des frontières terrestres, des écoles, universités et mosquées, l’interdiction de tous les rassemblements,… Dans le registre socioéconomique, le Roi a donné ses instructions pour la création immédiate d’un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie, et d’un comité de veille économique afin d’anticiper les répercussions directes et indirectes de la crise sanitaire du Covid-19 sur l’économie nationale. Cette initiative a suscité un vaste élan de solidarité dans le pays. A situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles, ce qui est tout à fait le cas avec la pandémie du coronavirus. Et c’est dans cet ordre des choses qu’a été décrété très rapi­dement l’état d’urgence sanitaire, l’an­ticipation, alors que des pays sérieuse­ment touchés ont tardé à prendre les dispositions nécessaires pour prévenir les infections. La célérité et la fermeté dans la prise de décision ont été lar­gement appréciées par les citoyens, saluées et reconnues par l’opinion publique internationale.

Anticorps et déconfinement

«Comme il serait difficile de disposer de tests pour l’ensemble de la population, il me semble intéressant de procéder à un échantillonnage», indique Dr Amraoui. Selon lui, «il faut également étudier la quantité d’an­ticorps chez chacun de nous ainsi que leur longévité, car de nombreuses personnes n’ont pas été malades mais ont développé des anticorps et peuvent être immunisées. «Et c’est en fonction de ce pourcentage de la population immunisée dans une région que l’on pourrait décider de relâcher progressivement les mesures de confinement», précise-t-il.

Propos recueillis par Youness SAAD ALAMI

                                                                      

Les leçons à tirer

«La plus importante est d’abord l’humilité», estime Allal Amraoui. Phénomène sans précé­dent, «mais il faut reconnaître qu’il n’était pas totalement inattendu après plusieurs alertes épidémiolo­giques récentes, en toute honnêteté intellectuelle, personne n’avait pré­vu cette situation, donc la réponse n’a pu être qu’improvisée au niveau mondial», poursuit-il. Car personne ne s’attendait à l’effondrement de la majorité des systèmes de santé apparemment résilients particuliè­rement en Occident. «Il y a par­tout une pénurie de masques et de moyens de protection, des tests difficiles à réaliser en masse, une industrie pharmaceutique non auto­nome et dépendante largement de l’extérieur et des pays asiatiques en particulier, la même chose pour le matériel biomédical». Bref, plu­sieurs leçons sont encore une fois à tirer de ces pays asiatiques qui ont fait preuve de plus de solida­rité. «Beaucoup de nos fondamen­taux dans le système de santé sont à revoir et à réviser, et c’est peut-être une opportunité extraordinaire que nous avons là pour une refonte globale et totale de notre modèle ou système de santé, plusieurs ruptures s’imposent inéluctablement…».

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc