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    Enseignement supérieur: Pourquoi les profs sèchent les cours?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5690 Le 04/02/2020 | Partager
    Certains n’assurent que 10% du temps réglementaire!
    La Cour des comptes relève des déficits dans plusieurs types d’établissements
    Un manque flagrant de contrôle et de suivi

    Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes s’était intéressée à plusieurs établissements de l’enseignement supérieur. A la lecture de chaque cas, un dénominateur commun se dégage: Le volume horaire effectué par les professeurs.

    Qu’il s’agisse d’une école supérieure ou d’une faculté, la Cour est arrivée au même constat: Les enseignants ne s’acquittent pas toujours de leur enveloppe horaire réglementaire. Dans la faculté de médecine et de pharmacie d’Oujda, par exemple, en 2017-2018, le corps professoral n’a assuré que 11% des horaires prévus. Pis encore, quelque huit professeurs n’ont effectué aucune charge horaire.

    Dans les autres établissements, comme la FST de Marrakech (département de biologie), l’Ecole nationale d’architecture, l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme ou l’ISCAE, les pourcentages assurés vont de 25 à 60%. A l’ISCAE aussi (entre 2013 et 2017), ainsi qu’à la fac de droit de Salé (2016), plusieurs cas de profs n’ayant dispensé aucun cours durant toute l’année universitaire ou tout un semestre ont été épinglés.

    Dans leurs réponses, les établissements ont expliqué cela par le temps réservé à la recherche et à l’encadrement, qui parfois prend le dessus sur le temps dédié aux cours magistraux… Par des matières ne nécessitant qu’un faible volume horaire, un nombre réduit d’étudiants, ou encore, par des phases transitoires désormais révolues.

    Mais est-ce des raisons valables pour tous les cas? Qu’est-ce qui justifierait qu’un enseignant se contente de 3 ou 4 heures de cours par semaine, ou ne dispense que 11%, voire 0%, du volume horaire dont il a la charge, sans jamais être questionné ou redéployé?

    Il n’est pas question de généraliser, car les profils assurant leurs missions de manière consciencieuse restent majoritaires. Cependant, ces anomalies liées aux horaires sont loin d’être des cas isolés. «Les départements ne jouent plus leur rôle de coordination et de suivi comme avant. Et en l’absence d’instances internes de contrôle, les enseignants abusent de leur position académique et scientifique», explique un cadre dans une faculté de droit.

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    Le nombre d’étudiants universitaires augmente en flèche (+84% entre 2011 et 2018), tandis que celui des enseignants progresse lentement (+19% sur la même période). En parallèle, les départs à la retraite s’accentuent, passant de 67 en 2010 à 266 en 2018

    Dans l’enseignement supérieur, il n’existe tout simplement pas d’inspection comme c’est le cas pour l’Education nationale. Les professeurs sont pour ainsi dire des électrons libres. «Au sein des facultés, les doyens et les chefs de département ne disposent que d’une autorité morale, et ce, depuis la réforme de 2003. La vraie instance de décision aujourd’hui est le conseil d’établissement.

    Pour rassembler des profs pour une simple réunion, par exemple, cela peut prendre deux ou trois mois dans certains cas», relève le président d’une université. «Nous sommes restés dans un système napoléonien, où l’enseignant est ce savant qui définit seul ses problématiques de recherche et qui ne rend de compte à personne», ajoute-t-il, en suggérant la révision du fonctionnement des établissements universitaires. 

    Le ministère de l’Enseignement supérieur est conscient de cette situation. «Le doyen devrait notifier le nombre d’heures de cours effectué à l’université qui, à son tour, devrait remonter l’information au ministère. Ce n’est que quand des abus sont notifiés que nous pouvons sévir», confie une source au ministère. «Malheureusement, dans certains cas, face au poids des syndicats, les chefs d’établissement souhaitent tout simplement terminer leur mandat en paix», poursuit-il.

    Le rapport de la Cour des comptes a mis le doigt sur d’autres anomalies. Des professeurs assistants chargés de cours magistraux alors qu’ils sont censés se contenter de TP et de TD, des parts importantes d’enseignants n’encadrant aucune thèse de doctorat, un manque d’innovation dans la production de supports de cours, des résistances à la mobilité «fonctionnelle» permettant d’affecter des profs dans des établissements en manque de ressources humaines…

    L’on note également des cas d’enseignants exerçant dans des établissements privés sans autorisation de leur ministère. Ce cas de profs travaillant dans le privé n’est pas rare dans les facultés de médecine et de droit. Certains montent carrément des business (cabinet d’études, consulting…), ce qui n’est pas sans conséquences sur leur activité de recherche et d’encadrement. D’ailleurs, en termes de recherche, le rendement reste très faible (voir article ci-contre).

    Besoin d’un nouveau statut  

    La situation est pour ainsi dire préoccupante, surtout à la veille d’une nouvelle réforme universitaire. «C’est bien d’introduire de nouveaux montages, de construire des classes… Néanmoins, le plus important, c’est la ressource humaine. L’enseignant est la pierre angulaire de toute réforme», estime Houdaïfa Ameziane, ancien président de l’université de Tétouan.

    Et justement, les enseignants universitaires sont les grands oubliés des réformes qui se sont succédées. Qu’il s’agisse de leurs salaires non revus depuis les années 90, de la quasi-absence de formations les ciblant, de leur relève non assurée, de leurs conditions de suivi et de contrôle… Leurs problématiques ont longtemps été reléguées au second plan. «Il est important de revoir le statut des enseignants afin de le revaloriser et de repréciser les droits et obligations de tout un chacun, professeurs, commissions pédagogiques, départements…», insiste Ameziane.

    Les syndicats de l’enseignement supérieur revendiquent cette révision depuis des années. «Avec la réforme du bachelor, c’est le moment opportun pour de nouvelles négociations», pense Driss Mansouri, ex-président de l’université de Casablanca, président de l’Association marocaine de la science des matériaux.

    «Eu égard aux mutations du secteur, une refonte du statut de l’enseignant-chercheur est nécessaire. A la fois pour l’adapter aux nouvelles missions de l’université, aux besoins de la société et du personnel universitaire, et pour revisiter le processus d’évaluation et de promotion du corps enseignant», souligne-t-il.

    En effet, avec les nouvelles technologies, les «digital natives», l’évolution des besoins du marché de l’emploi…, le rôle du professeur se voit bousculé. «Un débat national autour de ce sujet doit être ouvert», suggère le président d’université.
    Encore une bataille que le ministère se doit de mener.

    Quasi absence de formation

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    Pour exercer le métier d’enseignant universitaire il suffit de disposer d’un doctorat. Aucune formation initiale, ni même continue, n’est obligatoire. Or, pour transmettre une idée, un savoir, un état d’esprit… Il faudrait acquérir l’art et la manière d’y procéder. «Même en matière d’évaluation des étudiants, il faudrait une formation. J’ai vu des enseignants dont le taux de réussite des étudiants a été de seulement 10% pendant des années. C’était un massacre flagrant, aux conséquences fâcheuses», insiste un président d’université.

    Ahlam NAZIH

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