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Culture

Ressala, une expo qui crève le plafond

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5686 Le 29/01/2020 | Partager
Mohamed Arejdal à la galerie Comptoir des mines
Un événement qui raconte les 10 ans de carrière de l’artiste
Colonialisme, liens sociaux, frontières, nomadisme…
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Tapisserie, morceaux de tissus et vêtements cousus sur panneau avec de la lavande, détail. La cartographie imaginaire aux formes imbriquées raconte un voyage vers l’Afrique et la traversée de mondes de cultures (Ph. A.Bo)

Le titre de cet article est à prendre au sens propre tout comme au sens figuré. L’œuvre phare de l’exposition-évènement de l’artiste Mohamed Arejdal, une installation in situ intitulée «Qui tiendra l’Afrique tiendra le ciel» est, à elle seule,  un véritable manifeste.

La carte du continent y est dessinée au burin, percée directement dans le plafond, offrant une échappée de lumière vers le ciel. Cela se passe à la galerie Comptoir des mines, située dans un bâtiment typiquement art déco de Gueliz à Marrakech. Un patrimoine architectural, matériel exceptionnel, durablement impacté par l’artiste de la transhumance et de l’immatériel par excellence.

Comment Hicham Daoudi, patron des lieux, a-t-il convaincu cet artiste nomade endurci à poser ses valises dans le Comptoir des mines? Les deux compères n’en sont pas à leur première collaboration. Traversées, poésies africaines... Arejdal a déjà participé à des expositions collectives dans l’espace marrakchi, connu et reconnu pour être l’un des laboratoires de création contemporaine le plus pointu de la place.

«Née d’une promesse d’engagement total que nous nous sommes faite en 2017 avec l’artiste, cette exposition majeure dotée d’une dimension muséale découle d’une volonté de défendre une vision alternative de l’art au Maroc et de proposer une autre lecture de la notion d’un «Grand Sud».

Ne se limitant plus à un territoire spatial ou à une géographie du tiers-monde, le «Grand Sud» mis en avant par l’artiste trouverait davantage son sens dans un agrégat de coutumes, de pratiques humaines et de culture devenue «minoritaire» qui se démarquent d’une «approche occidentale» précise Daoudi. Avec «Ressala» l’artiste réussit là, un véritable défi, celui d’investir le moindre recoin de cet espace de plusieurs centaines de mètres carrés étalé sur 3 étages.

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L’œuvre phare de l’exposition intitulée «Qui tiendra l’Afrique tiendra le ciel» est, à elle seule, un véritable  manifeste. La carte du continent y est dessinée au burin, percée directement dans le plafond (Ph A.Bo)

De son attirail digne des grands caravaniers,  l’enfant de Guelmim sort une multitude d’œuvres-installations-performances, comme autant d’artefacts amazigho-sahariens vidés de leur sens et que l’artiste tente de se réapproprier. Arceaux traditionnels en bois supportant les tentes nomades, colliers d’ambre XXL, ardoises traditionnelles, pièces de tissus, cannes, ossements, pieds de chameaux… et une valise emblématique. Celle intitulée 1948.

Une valise qui prend la forme d’une carte de Palestine en 1948, résumant la souffrance des réfugiés palestiniens et la difficulté de l’exil en général. Un exil, qui aura un jour séduit l’artiste, désespéré de trouver un écho dans son propre pays. Une tentative avortée, dont Arejdal ne gardera peut-être que la panique ressentie, à 17 ans, au moment d’affronter l’océan dans une embarcation de fortune, avec des dizaines d’autres migrants clandestins.

A moins que ce ne soit ce sentiment de solitude dans un centre de détention en Espagne avant son renvoi de force au Maroc. Une épreuve qui renforcera la volonté de l’artiste à être entendu. Écouté. C’est que Arejdal a tellement à dire! Le rapport à la modernité, le colonialisme, les signes du sacré, les liens sociaux, les distances qui séparent les cultures, les frontières, le nomadisme… autant de thème abordés, collant au vécu de cet artiste trentenaire, au parcours tellement complexe, qu’ils font de cette exposition, un évènement presque autobiographique. 

Plasticien, photographe, sculpteur, installateur, vidéaste, performeur… bref, l’artiste dont les œuvres simples mais jamais simplistes, ni victimaires, sont en soi une véritable performance, souvent provocatrices vis-à-vis de toute forme de pouvoir, se joue des codes, nous rit au nez et convoque feu le général Hubert Lyautey pour en découdre avec sa vision «modernisatrice» du pays. A voir impérativement, jusqu’au 7 février 2020, à la galerie Comptoir des mines à Marrakech.

Amine BOUSHABA

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