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Reportage

Tiznit, riche par sa médina, ses plages et sa diaspora, peine encore à décoller

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5667 Le 02/01/2020 | Partager
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Tiznit dispose d’une riche histoire, d’une médina légendaire, de kasbahs emblématiques, la province est réputée par ses gravures rupestres, ses greniers collectifs, ses monuments religieux, et ses plages à seulement 17 km du centre-ville (Ph. L’Economiste)

Sa situation géographique entre le désert, l’océan et la montagne, fait de Tiznit une ville de transit plus qu’une cité touristique. La ville est riche par l’argent de sa diaspora, mais cette richesse profite plus aux projets immobiliers qu’industriels. Un monument, la médina, a connu une réhabilitation, sa source bleue (Aïn Zerka) est désormais entourée d’un jardin rappelant la verdure d’autrefois.

Carrefour de l’océan, du désert et de la montagne, la ville de Tiznit au sud d’Agadir est un passage obligé pour les voyageurs quittant le Souss pour se diriger vers le grand sud marocain. Et vice versa: ceux quittant les contreforts de l’Anti Atlas (Tafraout) pour aller vers la côte atlantique. Pendant l’été, lorsque Agadir danse au rythme de son festival Timitar, Tiznit, elle, peine à faire parler d’elle à l’occasion de son Timizar d’argent (dont la 10e édition s’est tenue, cette année, entre le 18 et le 22 juillet).

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Jusqu’à nos jours, la médina continue d’abriter les édifices les plus en vue de la ville, comme la mosquée Jamaâ Al Kabir (Ph. JM)

Ville de transit, des cohortes de voyageurs la traversent quotidiennement chaque année, pour se diriger vers les plages de la station balnéaire Aglou (et au-delà, jusqu’à Mirleft). Peu daignent s’y arrêter pour la découvrir et apprécier ses charmes, seul compte pour le voyageur le village de pêcheurs au pied des falaises d’Aglou et les grottes aux alentours. De partout du Maroc, et de l’étranger pour les MRE, on vient s’y rafraîchir.

Tiznit n’a certes pas les moyens financiers, l’infrastructure hôtelière, ni l’afflux touristique dont jouit Agadir, malgré l’existence d’une voie expresse de 80 km reliant les deux villes. Mais elle n’est pas dépourvue d’atouts pour se faire une place sur le produit touristique national et international.

La ville dispose en effet d’une riche histoire, d’une médina légendaire, de kasbahs emblématiques, la province est réputée par ses gravures rupestres, ses greniers collectifs, ses monuments religieux, et ses plages à seulement 17 km du centre-ville. Mais cette ville «n’a pas la gloire d’Agadir, ni son rayonnement international», se désolent nombre d’acteurs touristiques et d’ONG travaillant sur le terrain. 

Même très riche, le fruit de cette richesse ne profite que peu à Tiznit, «il est investi ailleurs, dans d’autres villes. Il n’y a pas d’usines. Il n’y a que le commerce de gros qui profite aux grossistes et autres intermédiaires. Ces derniers s’approvisionnent du Nord du Maroc, d’Espagne et d’ailleurs, en produits alimentaires et équipements électroménagers, et l’écoulent sur le marché du Sahara marocain», confie Brahim Settar, responsable Point Focal de l’ONG «Migrations et Développement».

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Au «Café littéraire Bab Asrir», sont invités artistes et intellectuels pour débattre du patrimoine de Tiznit (Ph. JM)

Ce quadragénaire, rencontré dans un café au centre de la ville, sait de quoi il parle. Il a supervisé plusieurs projets socioéconomiques menés à Tiznit et sa région, au nom de cette ONG. Le dernier en date concerne l’assainissement écologique par filtres plantés de roseaux, une technologie nouvellement introduite au Maroc. D’une valeur d’un peu plus de 590.000 euros, ce projet a été piloté pour le compte des villages de la commune rurale d’Ouijjane (6500 habitants), à 25 km du centre de Tiznit.

La ville de Tiznit est aussi riche par sa diaspora qui travaille en Europe. «Comme pour Nador, l’argent envoyé par les MRE est considérable. Des centaines de projets immobiliers, de résidences secondaires sont menés au pas de charge ces dix dernières années, grâce à cet argent», confirme ce directeur d’agence bancaire, sise Bd 20 août, une artère qui rassemble une bonne dizaine d’agences bancaires.

Quelques-uns de ces MRE, très rares, se sont détournés de l’immobilier pour investir leur capital dans quelques activités plus productives, comme la construction d’une usine de transformation du cactus en huiles médicinales. L’investisseur, un immigré en France, a choisi Arbaâ Sahel (à 25 km de Tiznit), l’une des communes les plus riches en ce produit agricole, pour construire son unité.

La médina, «un bijou inexploité»

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Du 18 au 22 juillet 2019 a eu lieu la 10e édition du festival d’argent de Tiznit sous le signe «L’orfèvrerie d’argent: identité, créativité et développement». Cette édition a célèbré dix ans d’efforts et d’initiatives au service de nombreux métiers, comme l’orfèvrerie qui se caractérise par sa qualité et le savoir-faire de ses artisans, devenant ainsi l’un des piliers de l’artisanat dans la ville de Tiznit qui occupe désormais une place de choix au niveau national dans ce domaine (Ph. L’Economiste)

Nous prenons rendez-vous dans le hall de l’imposant hôtel Idou-Tiznit avec Lahcen Boumehdi, ex-élu local à la commune de Tiznit, membre du conseil provincial du tourisme de la ville, et président de l’association Amouddou pour le développement touristique et culturel de Tiznit.

Ce comptable de métier vient d’ajouter à son palmarès une autre casquette: le lancement d’un média local, le site d’information atigmedia.ma, qui s’ajoute à la dizaine de sites électroniques qui relaient quotidiennement l’actualité locale et nationale. Lahcen est un érudit de Tiznit et de son patrimoine, et il le fait savoir aux intellectuels et artistes qu’il réunit dans sa galerie, le «Café littéraire Bab Asrir» qu’il a créé en pleine médina de Tiznit.

Le premier monument qu’il tient à nous faire visiter est l’ancienne médina, «un bijou inexploité», se désole-t-il, qui a vu s’ériger les premières fondations de la ville à la fin du 19ème siècle. Jusqu’à nos jours, la médina continue d’abriter les édifices les plus en vue de la ville, comme la mosquée Jamaâ Al Kabir, la place du Méchouar, la Kasbah d’Aghennaj, sans oublier la mythique Akdim (Aïn) Zerka (source bleue dans les guides touristiques).

Tous ces lieux ont connu ces dernières années une réhabilitation selon les normes architecturales traditionnelles. Et ce, pour préserver son authenticité, grâce notamment à l’architecte Salima Naji, et le concours de la commune de Tiznit, du temps de sa présidence par un passionné de la ville, Abdellatif Ouammou (2003-2015).

C’est d’ailleurs autour de cette source naturelle que se seraient installés les premiers habitants de Tiznit. «Quatre tribus en ont constitué le noyau, ce sont des nomades et caravaniers qui s’y sont établis à la fin du 19ème siècle. Le site, grâce à cette source d’eau, était verdoyant comme un éden, une oasis et une palmeraie incitaient les voyageurs à s’y sédentariser», raconte Boumehdi, notre «guide». Autour de cette source (et de la nouvelle cité qu’elle a engendrée), existe toute une légende.

Un mythe fondateur que relatent encore les historiens et les habitants. Lahcen nous en donne quelques bribes: «Elle fut autrefois une femme, «Lalla Zninia» (une prostituée), qui, épuisée d’un long périple, s’est arrêtée sur ce lieu pour reprendre ses forces. Elle en a profité pour se repentir et déplorer ses vices passés, et, pour manifester son pardon, Dieu fit jaillir à ses pieds cette source d’eau cristalline…».

Cette dernière prendra par la suite, poursuit notre interlocuteur, «le nom de la femme légendaire Lalla Zninia». Sa tombe est d’ailleurs située à quelques encablures de la source, dans une mosquée, la plus ancienne de la ville.

                                                                                        

L’Aïn Zerka réhabilitée

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Aïn Zerka (source bleue) autour de laquelle se seraient installés les premiers habitants de Tiznit (Ph. JM)

Jusqu’aux années 2000, Aïn Zerka et sa mémoire allaient sombrer dans l’oubli si ce n’est la vigilance du conseil communal de la ville -présidé à l’époque par Abdellatif Ouammou-, et de l’architecte Salima Naji. Ce tandem a su rendre son rayonnement à ce site en le réhabilitant et le rapprochant de la population.

Un jardin est planté aux alentours du bassin «pour recréer un environnement paysager», rappelant les jardins qui «étaient nombreux encore au début du 20ème siècle, quelques décennies après que le Sultan Moulay Hassan Premier ait fait édifier les remparts de Tiznit», rappelle Salima Naji. Pour y parvenir de grands efforts ont été déployés, écrit-elle dans son blog dédié à Tiznit. Déjà en 2014, cette médina commence à renaître de ses cendres

. L’architecte a poussé alors un ouf de soulagement: «aujourd’hui, je crois que nous pouvons tous ensemble sauver la médina et l’inscrire dans le durable par des projets de proximité». Sans la dépouiller de ses racines, la médina est encore entourée d’une muraille de 7,5 km et de 8 mètres de hauteur.

Pour y accéder, 8 portes s’ouvrent au visiteur, dont cinq historiques: Bab Targua, Bab Aglou, Bab Lakhmis, Bab Elmaader et Bab Ouled Jerrar. La médina est classée monument historique depuis les années trente du siècle dernier.

Jaouad MDIDECH

 

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