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    Analyse

    Agriculture biologique: Des ratés dans l’écosystème

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5656 Le 17/12/2019 | Partager
    La filière peine à déployer son contrat-programme
    Déficit de ressources humaines et financières
    L’interprofession fédère peine le cinquième des opérateurs
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    Le coût de la certification est jugé trop élevé. Le contrat-programme l’estime à 381 millions de DH pour atteindre une superficie totale certifiée de 40.000 ha à terme

    Autres temps, autres mœurs. Consommer sain est le credo qui force désormais les habitudes alimentaires. Un concept porté, bien évidemment, par la filière marocaine de l’agriculture biologique. Et l’engouement qu’il suscite partout dans le monde est sans commune mesure.

    Le marché est évalué à 92 milliards de dollars en 2018 avec une croissance à deux chiffres. La superficie cultivée en produits bio s’élève à 70 millions d’hectares, soit à peine 1,4% de la surface agricole mondiale. C’est dire l’ampleur des marges de progrès qui restent à réaliser.

    Le Maroc n’échappe pas à la tendance. Toutes proportions gardées, le pays a développé un secteur de production biologique fort diversifié: cultures maraîchères, olivier, agrumes, grenadier, avocatier, céréales, légumineuses, menthe, verveine, plantes aromatiques et médicinales, produits de l’arganier. Sans oublier les produits transformés dont les volumes à l’export ne cessent de se développer (voir infographie ci-contre). La liste s’allonge également aux viandes (rouges et blanches), miel et  produits laitiers. Mais ce n’est pas encore la vitesse de croisière. Bien au contraire, l’interprofession n’hésite pas à tirer la sonnette d’alarme quant au risque de voir l’élan de la filière s’estomper à plus ou moins forte échéance.

    C’est en substance le message véhiculé lors de la journée de réflexion organisée vendredi dernier par la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’agriculture biologique (Fimabio). En clair, «l’interprofession peine à déployer son contrat-programme», soulignent les opérateurs. En cause, le manque de moyens financiers, est-il précisé. C’est la source de toutes les contraintes rencontrées par les opérateurs au triple niveau de la production, la logistique et l’export.

    Cette autonomie financière s’explique, pour l’essentiel, par le déficit des contributions des membres. Sur les 300 opérateurs recensés, la Fimabio n’en fédère qu’une soixantaine dont la moitié s’acquitte réellement de sa cotisation. D’où le déficit d’encadrement propre à l’interprofession. «Jusqu’à présent, toutes les actions menées sont le fait du volontariat de certains membres», révèle Driss El Jamili, vice-président de l’interprofession.

    Pourtant le contrat-programme a prévu un montant de 25 millions de DH pour la mise à niveau de l’interprofession dont 20 millions à la charge de l’Etat (voir infographie).       

    Les superficies cultivées et certifiées bio en agriculture biologique sont estimées actuellement à 8.566 ha pour une production de l’ordre de 80.000 tonnes dont 18.000 sont exportées. S’ajoute aussi une superficie de cultures spontanées évaluées à 180.400 ha. Elles sont constituées, pour la majorité de plantes aromatiques et médicinales (142.300 ha) et d’arganier (32.000 ha). 

    Des chiffres qui traduisent une grande percée puisque la production a doublé en moins de 5 années et le marché local consomme désormais plus de 60.000 tonnes. Plusieurs enseignes ont ouvert dans les principales villes du Royaume et la distribution directe s’active à longueur d’année.

    Chaque semaine, des opérateurs proposent des paniers de fruits et légumes de 10 à 15 kilos à des prix variant entre 150 et 200 DH selon le poids. Des prix qui peuvent augmenter du tiers, voire plus avec le rajout des viandes ou du fromage. Seul bémol, les prix jugés trop onéreux par rapport au pouvoir d’achat des Marocains. Un rapport du simple au triple, voire plus.

    Mais pour les professionnels, les prix pratiqués se justifient amplement. D’abord, le mode de production bio se traduit par des rendements réduits de moitié par rapport à l’agriculture conventionnelle, faute de recours aux fertilisants chimiques. Ensuite, le coût de la certification et le délai de reconversion des terres se traduisent à la fois par des charges supplémentaires et un manque à gagner.

    Aujourd’hui, les professionnels veulent aller de l’avant. Avec à la clé la mobilisation de leur interprofession  pour la mise en exécution du contrat-programme signé avec le gouvernement, il y a plus de six ans. La seule Association marocaine de la filière des productions biologiques (Amabio) s’est ralliée les deux autres professions, l’une opérant dans la valorisation, l’autre dans l’export. Ce qui a donné lieu à la création de Fimabio.

    L’objectif affiché est d’exploiter au moins une partie de l’énorme potentiel dont dispose le pays. La profession estime les superficies à mener en mode bio de l’ordre de 625.000 ha. C’est le cas des cultures et plantes spontanées, mais aussi de milliers de micro-exploitations qui pratiquent l’agriculture naturelle, faute de moyens pour s’offrir des intrants et produits chimiques de protection des plantes. «Un gros gisement de production et de revenus pour les petits agriculteurs», constatent les professionnels.  

    Pour le moment, l’interprofession considère qu’il y a deux leviers de croissance qu’il faut mettre à contribution. D’abord, la certification des superficies conduites actuellement en mode biologique, mais qui ne sont pas certifiées. En cause, le coût trop élevé pour les petits producteurs. Le contrat-programme l’estime à 381 millions de DH pour atteindre une superficie totale certifiée de 40.000 ha à terme. L’autre levier tient à la reconversion des  productions conventionnelles qui sont faciles à réussir techniquement et pour lesquelles il existe un intérêt commercial.

    Selon l’interprofession, «l’impact socioéconomique attendu est très significatif, notamment en termes d’amélioration des revenus des agriculteurs et  des exportations». Les objectifs ciblés se résument en la réalisation de 400.000 tonnes en production végétale et 8.500 de produits d’origine animale. Ce qui permettrait  la création de 35.000 emplois et l’export de 60.000 tonnes pour un chiffre d’affaires de 800 millions de DH.

    Les normes du bio

    L’agriculture biologique est un mode de production et de transformation respectueux de l’environnement, du bien-être animal et de la biodiversité. Les aliments bio sont produits à partir d’ingrédients sans produits chimiques de synthèse et sans OGM (organisme génétiquement modifié). Ils ne contiennent ni additifs de goût, ni colorants, ni arômes chimiques de synthèse.
    Le mode d’élevage biologique est fondé sur le respect du bien-être animal. Les animaux disposent obligatoirement d’un accès au plein air et d’espace. Ils sont nourris avec des aliments bio principalement issus de la ferme et sont soignés en priorité avec des médecines douces. Les principes de base demeurent la certification et le contrôle.

    A. G.

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