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Société

Complexe Mohammed VI: Le modus operandi

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5653 Le 12/12/2019 | Partager
La gestion est sous-traitée au privé via des appels d’offres
Amortissement du projet sur 4 ans et un modèle économique qui réalise des bénéfices
De grands clubs sont attendus dans ce nouveau centre
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Pour Fouzi Lakjaâ, «les sociétés anonymes se constituent au fur et à mesure. Dès leur création, elles tiendront une assemblée générale, un conseil d’administration et un audit systématique pour valider les comptes»

- L’Economiste: Quelles sont les spécificités du nouveau Centre Mohammed VI de football?

- Fouzi Lakjaâ: De l’avis de tous les experts internationaux qui suivent cette évolution, il est l’un des meilleurs centres au monde. Il marque une étape dans un processus de mise à niveau de l’infrastructure footballistique au profit de la jeunesse marocaine. Cela a commencé avec les terrains en pelouse synthétique dans des petits patelins. Aujourd’hui, nous avons dépassé 150 livrés, en plus de la mise à niveau de tous les stades de l’élite et les centres régionaux. Le premier qui sera livré à la fin de ce mois-ci est celui de Saïdia pour les équipes de l’Oriental. Les autres vont suivre au fur et à mesure. L'enjeu est d'offrir des places professionnelles pour le développement de la performance footballistique et sportive. Le Maroc avance à pas de géants pour être au-devant de la scène et se positionner à l’échelle internationale. Sachant que l’inclusion de la jeunesse dans la société est un défi capital. Aujourd’hui, le nombre de licenciés en football dépasse les 320.000. L’objectif est d’accroître rapidement cette assiette surtout avec le football féminin. L’idée est de faire entrer le maximum de jeunes dans ce processus de formation de football.

- La formation des jeunes n’est pas au top. On ne voit plus de compétitions des cadets et juniors par exemple?
- Aujourd’hui, la compétition de différentes catégories au niveau des clubs existe. Mais, malheureusement, le processus de formation en lui-même n’est pas encore au top. Il est impératif de l’institutionnaliser pour que l’enfant de moins de 12 ans puisse exprimer son talent et entrer dans une catégorie de clubs avant de passer par un centre régional et finalement atterrir dans le centre d’excellence Mohammed VI de football. La formation nécessite de l’infrastructure, des pelouses, des sites d’hébergement pour jeunes, des restaurants pour servir des repas nutritifs, des classes pour renforcer les capacités linguistiques… La formation d’un jeune ne se limite pas à tirer sur un ballon ou un pénalty. Les capacités physiques, techniques, tactiques, mais aussi mentales et culturelles sont primordiales. Pour y arriver, il faut des espaces. Si aujourd’hui les choses ne se passent pas bien au niveau des clubs, c’est parce qu’ils ne disposent pas des infrastructures nécessaires. D’où l’effort entrepris depuis quelque temps, ce qui a permis de doter plusieurs clubs en centres aux standards internationaux. Nous continuons ce processus. Nous allons livrer ce mois-ci les centres du WAC, du Raja, de la RSB, du MCO…

- Quel est le mode de gestion retenu pour ce centre pilote?
- Tout est sous-traité au privé, à travers des appels d’offres ouverts. Il y a eu quatre lots dont la surveillance et la préservation des espaces verts, un marché lancé et adjugé. La gestion de la composante hébergement a lui aussi fait l’objet d’un appel d’offres, avec l’exigence de conditionnalités de l’hôtellerie. Même chose pour le marché de la restauration des sportifs, qui a été adjugé sur la base d’un repas servi. La maintenance des pelouses a été également concernée pour qu’elles soient dans leur meilleur état, à tout moment. C'est le mode de la gestion externalisée qui a été retenu et il n’y a pas un seul fonctionnaire dans les parages. Nous avons la direction technique nationale. Le Centre est donc opérationnel.

- Comment assurer la rentabilité du projet?
- C’est très simple, l’amortissement du projet s'étend sur 4 ans. C’est le meilleur taux de rentabilité que vous pouvez avoir. Après 4 ans, c’est le retour sur investissement et les bénéfices. Nous allons réaliser des économies d'échelle en évitant d’aller dans des hôtels. Avec la Fédération, nous étions devenus à la limite une agence de voyages pour organiser les séjours des équipes, des arbitres, des entraîneurs tous les jours. Aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur le métier de football. Déjà à la phase de construction, nous avons des offres de plusieurs équipes et fédérations qui souhaitent venir se concentrer dans ce site. Sans placer ce centre dans une logique lucrative, il y aura des rentrées très importantes qui suffiront largement pour le faire fonctionner. Il a plusieurs atouts comme la proximité avec l’aéroport de Rabat à 5 minutes et la capitale à 15 minutes, un climat tempéré toute l’année, des conditions idéales pour pratiquer et se concentrer sur le haut niveau du football. J’ai des contacts tous les jours, il y aura les grands clubs, le football d’élite, qui va transiter par ce site. 

- Quel a été le montage financier adopté?
- C’est très simple. Plusieurs institutions intervenaient dans ce sport. Le ministère de l’Intérieur, à travers les collectivités territoriales, a toujours financé des infrastructures sur le territoire national. Pareil pour le ministère de la Jeunesse et des Sports. Il y avait une multitude d’intervenants. En 2016, nous avions décidé de mettre tous ces moyens dans un même compte en vue de financer le programme de mise à niveau des infrastructures. On a fait appel au ministère de l’Equipement via la Direction des équipements publics pour la maîtrise d’ouvrage déléguée. Nous avons commencé par le montage de la première convention 2014-2016. Ce premier test grandeur nature a permis de fluidifier la machine, ce qui a donné des résultats extraordinaires au niveau des réalisations. Nous avons alors renouvelé la convention avec les mêmes ministères pour la période 2017-2021. Logiquement, en 2021, nous aurons atteint nos objectifs. Je peux vous dire aujourd’hui que nous allons les dépasser. Donc au lieu d’une déperdition des moyens, nous avons tout convergé vers une gestion unique où tout le monde est au courant de ce qui se fait, avec des rapports réguliers.

- Pour le sport-études, quels objectifs avez-vous fixés et le nombre d’élèves escompté?
- Nous sommes déjà à 200 jeunes. Pour ne pas leur gâcher cette année, on leur paie l’hébergement à l’Institut Moulay Rachid. Maintenant, nous allons les faire déménager vers le Centre Mohammed VI. Au départ, nous avions discuté avec un groupe privé pour adapter les horaires des études des jeunes filles et garçons. Quand la séance d’entraînement est programmée le matin, ils commencent les études à midi et vice versa. Ils font leurs études, le même programme pédagogique de l’école privée mais de façon adaptée. Le transport est assuré via des minibus pour toutes les catégories. Par ailleurs, nous avons mis en place un système de renforcement des capacités linguistiques le soir pour les initier aux langues étrangères.

- Ce centre est-il ouvert aux jeunes en tant qu’académie?
- L’institutionnalisation de la formation est simple. Cela commence par la détection des talents au niveau des terrains de proximité des quartiers, que l’Etat a mis en place. Nous allons intervenir au niveau de la base. Ils doivent transiter par les clubs. Ceux qui se distinguent partent dans le centre régional. Les meilleurs de toutes les catégories, y compris les moins 12, 15, 17, 20 ans… viendront au Centre Mohammed VI pour être effectivement au top de la performance. Car, pour un joueur, tout est important sachant que la performance est dans le détail, la récupération tactique, la médecine, les séances d’entraînement, les schémas,… Si nous ne maîtrisons pas le détail du détail, nous ne serons pas dans la performance. Voilà le cycle. Le Centre est offert aux jeunes Marocains. Mais pour y être, il faut mériter sa place. La concurrence est ouverte évidemment pour tous les jeunes.

- Quelle est votre stratégie en matière de formation?
- Nous voulons que nos équipes nationales, toutes catégories confondues, partent pour gagner aux compétitions africaines et à la Coupe du monde. Mais le football doit jouer son rôle de levier et catalyseur d’inclusion sociale. Quand on enseigne aux enfants de 12 ou 13 ans les valeurs du sport, comme le respect de la loi, en raison des règles d’arbitrage, ils apprennent à vivre ensemble, en équipe. Le plus important est d’inculquer aux enfants une valeur qui n’existe nulle part ailleurs: accepter la défaite, le fair-play... Mieux, aller féliciter l’adversaire. Dans tous les domaines de la vie, on refuse la défaite. Dans le sport non. C’est cela le fair-play. C’est dans cet état d'esprit que nous pouvons contribuer modestement à la formation des jeunes générations.

- La transformation des clubs en SA n'avance pas. Où en est-on?
- Je ne comprends pas pourquoi cela ne bouge pas. Aujourd’hui, tous les clubs ont eu le certificat négatif pour créer leur société. Tout le process a été effectué et validé. Les clubs ont obtenu les accréditations du ministère de la Jeunesse et des Sports. Certains ont tenu leurs assemblées pour créer la société, ils ont produit des statuts types et la convention avec l’association a été signée. Ainsi, les sociétés se constituent au fur et à mesure. Dès leur création, elles tiendront une assemblée générale, un conseil d’administration et un audit systématique pour valider les comptes.

- Y a-t-il un calendrier?
- Tout est en cours. Nous avons choisi 4 clubs de la 2e division. Car il y a toujours 2 clubs qui tombent et 2 qui montent. On élargit à la 2e division pour préparer ces clubs lorsqu’ils intègrent la 1re division. Pour moi, le processus est achevé. Depuis l’indépendance, c’est la réforme institutionnelle la plus importante dans la vie du sport marocain et du football. La fiscalité a été validée dans le PLF 2020, avec l’exonération de l’IS et de la TVA pendant les 5 premières années à partir de janvier prochain. Au niveau de l’IR, un abattement de 55% sur tous les revenus sportifs a été également décidé.

Ecologique

Le Centre Mohammed VI est équipé en énergies renouvelables. C’est un choix et un impératif parce que le site est situé en pleine forêt Maâmoura. Il fallait donc préserver toutes les conditions liées à l’écologie. C’est un site écologique par excellence, sans émission de CO2. Toute l’énergie est fournie par le photovoltaïque. Le Centre est doté d’une station d’épuration pour traiter les eaux usées et les réutiliser pour l’arrosage des pelouses. En plus, la richesse de la faune et de la flore du site a été conservée. «Les nids de cigognes ont été préservés pour que le site conserve son charme écologique et offre un micro climat adapté aux sportifs de haut niveau», relève le président de la FRMF.

Ingénierie financière

La convention signée entre les trois ministères et la FRMF sur la période 2017-2021 porte sur un montant de 2,5 milliards de DH. Cette enveloppe est destinée à financer les infrastructures footballistiques et celles des pays africains avec qui le Maroc a signé des accords. Dans la pratique, l’objectif vise l’équipement en gazon synthétique des équipes d’amateurs et celles des petites villes. S’y ajoute la mise à niveau des stades de la 1re division en gazon naturel, en éclairage, chaises, caméras, en LED et écrans périphériques. Cela concerne également la construction des centres régionaux de football comme ceux de Saïdia, Béni Mellal, Ifrane et Agadir. Cette enveloppe finance également l’appui à la mise à niveau et la construction des centres de formation des clubs de Tétouan, de Berkane, du Wydad, du Raja de Casablanca et du FUS de Rabat... A rappeler que la première convention 2014-2016 avait porté sur un montant de 1,5 milliard de DH.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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