×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Médias

    48es Assises de la presse francophone: Quand «l’empire des émotions» submerge l’information

    Par Meriem OUDGHIRI | Edition N°:5650 Le 09/12/2019 | Partager
    A Yaoundé, plus de 500 professionnels des médias ont décortiqué le thème
    Attention au journalisme-spectacle qui nuit gravement à l’exercice
    Marquer le renouveau des pratiques professionnelles dans le monde francophone
    48es-assises-de-la-presse-francophone-050.jpg

    Pendant trois jours, dans la capitale camerounaise, plus de 500 professionnels des médias d’une cinquantaine de pays se sont penchés sur différents thèmes liés à l’émotion, ont croisé leur regard, analysé et questionné leurs méthodes de travail sur la thématique (Ph. Philippe Cortes)

    «Notre métier n’a jamais été autant à la croisée des chemins, depuis l’ère du papyrus à celle des terminaux digitaux et du tout-numérique, le journalisme a connu de nombreuses évolutions techniques et technologiques. Mais jamais ses fondements n’ont été autant ébranlés que maintenant. Au point que certaines critiques virulentes sont même allées jusqu’à nier à la presse une quelconque utilité dans l’œuvre de construction de nos sociétés.

    Cette dernière décennie a désacralisé les faits et instauré le primat du journalisme-spectacle», a déclaré d’emblée Madiambal Diagne, président international de l’UPF, lors de la cérémonie d’ouverture des 48es Assises de la presse francophone qui se sont tenues à Yaoundé au Cameroun du 19 au 22 novembre dernier.

    L’UPF, poursuit son président, est venue à Yaoundé «pour réaffirmer le droit des citoyens à une information crédible, équilibrée et féconde». Yaoundé devra marquer le renouveau de l’information et des pratiques professionnelles dans le monde francophone et donc «revenir aux fondamentaux d’un métier noble et nécessaire à la dynamique sociale et démocratique».

    «Il ne faut pas non plus confondre le journalisme d’émotion et l’émotion que les journalistes peuvent ressentir dans le cadre de leur métier. Car n’oublions jamais que le journaliste n’est pas un être désincarné. Il est le produit d’une dynamique sociale.

    Le plus important est de ne pas confondre émotion et sensationnalisme, cette construction intellectuelle qui nuit à l’exercice du journalisme», dira pour sa part Tidiane Dioh, responsable du programme médias, représentant de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie.

    Pendant trois jours, dans la capitale camerounaise, plus de 500 professionnels des médias d’une cinquantaine de pays se sont penchés sur différents thèmes liés à l’émotion, ont croisé leur regard, analysé et questionné leurs méthodes de travail sur la thématique.

    Dénoncer le «bain lacrymogène»

    Aujourd’hui, il suffit de taper le mot «émotion» sur un moteur de recherche pour voir s’afficher une infinité de nouvelles, du banal fait-divers aux attentats les plus sanglants. Dans son livre «La stratégie de l’émotion», Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde diplomatique et professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII, dénonce «le bain lacrymogène dans lequel la société est plongée».

    madiambal-diagne-050.jpg

    Madiambal Diagne, président international de l’Union de la presse francophone (au centre) avec Zara Nazarian, Secrétaire générale de l’UPF et le Dr Joseph Dion Ngute, Premier ministre, chef du gouvernement du Cameroun, lors de la cérémonie d’ouverture des Assises (Ph. Philippe Cortes)

    Officiant la conférence inaugurale de ces 48es Assises, elle plante d’emblée le décor: «Nous n’allons pas ici défendre la thèse que les journalistes sont exempts d’émotions et se comporter comme des robots. Nous n’allons pas non plus opposer d’une manière schématique raison et émotion. Nous allons en revanche nous interroger ensemble sur la manière dont la société de plus en plus s’organise autour de l’émotion. Comment l’émotion en devient l’élément fédérateur».

    La thèse qu’elle défend dans son livre démontre et analyse ce glissement de la gestion des émotions par la société à la gestion de la société par les émotions. Celles-ci dévorent l’espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison.

    A travers des exemples choisis de l’actualité mondiale, elle explique comment l’émotion est devenue une «déformation de la réalité avec des conséquences dramatiques». Cependant, poursuit-elle, «il serait trop simple de parler que des manipulations de l’émotion. Ce que nous vivons aujourd’hui est d’une autre nature, à savoir l’invasion de l’espace social par l’émotion. Un espace en principe réservé à l’analyse et au dialogue raisonné».

    Les médias ne sont pas les seuls à jouer de l’accordéon émotionnel. Les responsables politiques y recourent également, notamment lorsqu’il s’agit de détourner l’attention ou de justifier des choix qu’ils s’apprêtent à prendre. Elle dénonce le formatage des débats publics au nom de la sensibilité, la passion victimaire et «les commémorations douloureuses» et tout ce qui «ensanglote».

    Pour nous, les journalistes, poursuit-elle, «l’émotion est un défi et il faut bien constater que les médias, notamment télévisés, s’adonnent à cette culture de l’émotion». Une Association de journalistes française des médias, Acrimed, a révélé que le nombre de faits-divers à la télévision française avait augmenté de plus de 73% en 10 ans, et ce sont toujours des événements violents, tristes qui font appel plus au ressenti qu’à l’analyse.

    «Souvent ces faits-divers ouvrent le journal, et l’espace qui leur est réservé est pris à l’enquête, au reportage, à l’analyse. Or, notre devoir est d’analyser, expliquer et de transmettre de manière intelligible.

    48es-assises-de-la-presse-francophone-050.jpg

    Photo de famille des participants et des autorités du pays hôte des Assises (Ph. Philippe Cortes)

    Auparavant, les journalistes étaient habitués à des défis traditionnels comme la censure, les menaces, les emprisonnements sans procès... A cette liste, il faut aujourd’hui ajouter cette invasion ou dictature de l’émotion qui pèse lourdement sur la profession. Alors, que faire? Refuser de subir, maîtriser ses émotions, comprendre et agir.

    La question de l’émotion dans l’information est constamment présente et a été au cœur de tous les débats, tables rondes et ateliers des Assises. C’est un outil d’influence, un levier de pouvoir, une manière efficace, peut-être trop efficace, de faire passer les messages et qui manifestement les trouble pour le bien ou le mal de l’information, comme le présentera Slobodan Despot, éditeur, directeur de la lettre d’information hebdomadaire Antipresse.net en Suisse.

    De son côté, Latifa Akharbach, présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), estime que l’émotion est partie intégrante de l’humain et il est tout à fait légitime que le journaliste y recourt. «Il est très important de le rappeler car il ne faut pas diaboliser l’émotion.»

    «Journalisme de positionnement marketing»

    Cependant, poursuit-elle, «l’instrumentalisation de l’émotion dans les contenus médiatiques décrédibilise le journalisme et favorise la manipulation des opinions». La présidente de la Haca a insisté sur le fait que «si l’émotion est un ressort classique et indispensable aux médias pour toucher les consciences, faciliter la compréhension de l’information et susciter l’empathie, elle ne peut, sans risque de décrédibilisation du journalisme, être érigée en critère exclusif de sélection et de hiérarchisation de l’information».

    upf-maroc-050.jpg

    Une partie de la délégation marocaine représentant l’UPF Maroc avec Latifa Akharbach, présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) avec à ses côtés Khadija Ridouane, directrice exécutive de l’UPF internationale et Karim Bendaoud, responsable Communication et Relations Presse de la Haca (à l’extrême droite) (Ph. MO)

    Au cours des Assises, d’autres thèmes liés à l’émotion ont été soulevés dont notamment le rôle de la déontologie et le respect des règles d’éthique pour faire barrage aux risques de manipulation. Comment séparer le fait du commentaire? Le photojournalisme, entre information et mise en scène? ou encore la place du journalisme d’investigation.

    Aujourd’hui, l’émotion est utilisée à tous les étages et se faufile pour se retrouver partout: émotion spectacle, arme de guerre, au service d’une prise de conscience humanitaire....

    «Au risque de choquer, il existe un journalisme d’émotion», estime Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information en France. Pour lui, il existe un journalisme qui met le verbe émouvoir au-dessus de celui d’informer.

    «C’est le journalisme qui cherche le clash, c’est le journalisme qui fait du buzz, c’est le journalisme qui fait du micro-trottoir, de la provocation.  C’est un journalisme de positionnement marketing et non de positionnement éditorial. Car l’émotion est un contenu bon marché, car l’émotion comble le manque d’idées, de temps et de moyens. C’est un journalisme cache-misère».

    Une formation insuffisante et le manque de professionnalisme exposent la plupart des journalistes «à servir de manière inconsciente de relais à une manipulation de masse», soulignera pour sa part une participante.

    Le thème choisi cette année à la fois évocateur et interrogateur de «Journalisme d’émotion, journalisme d’information?» a ainsi tout au long des Assises posé une question qui touche au cœur même de l’exercice au quotidien du métier de journaliste. Il rappelle les principes éthiques et déontologiques qui imposent aux journalistes l’impératif de vérifier l’information, d’être un éveilleur de conscience, une vigie, un lanceur d’alerte, un empêcheur de tourner en rond...

    «Nous, médias, sommes au cœur des sociétés et nous ne pouvons pas nous séparer des sociétés dans lesquelles nous vivons. Notre mission principale est de donner les clés pour mieux comprendre le monde, mais nous devons fédérer les personnes, être avec elles dans les moments de joie ou de tristesse. Il faut juste cerner et sentir le moment idoine et mettre le bon curseur. Sinon nous risquons de nous couper de notre public qui ira faire communauté ailleurs», soutient Mehdi Khelfat, responsable éditorial de la thématique Monde à la RTBF.

    «Il faut aussi arrêter de demander aux journalistes de ne pas être émotionnels. Un journaliste doit être responsable de ce qu’il véhicule», insistera un intervenant.

    En un mot, les vrais journalistes sont ceux qui informent correctement et transmettent les valeurs en toute transparence. Les nouveaux canaux de communication ne peuvent pas se substituer à l’expertise journalistique. Ce sont là tous les défis qui se posent à la profession dans un monde de plus en plus complexe.

    48es-assises-de-la-presse-francophone-2-0050.jpg

    Au cours des Assises, d’autres thèmes liés à l’émotion ont été soulevés dont notamment le rôle de la déontologie et le respect des règles d’éthique pour faire barrage aux risques de manipulation. Comment séparer le fait du commentaire? Le photojournalisme, entre information et mise en scène? ou encore la place du journalisme d’investigation (Ph Philippe Cortes)

    Statuts et règlement intérieur

    Au cours de cette année, le Bureau international de l’UPF a mis en place un groupe de travail chargé de préparer la refonte des statuts et de proposer un projet de règlement intérieur dans l’objectif d’adapter davantage le fonctionnement de l’Union aux règles démocratiques et de transparence.
    Sur la base de ce travail, qui a aussi intégré les différentes propositions des sections nationales, les deux documents ont été examinés et adoptés lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue en marge des 48es Assises de Yaoundé.

                                                                                               

    Verbatim

    dr-joseph-dion-ngute-050.jpg

    ■ Dr Joseph Dion Ngute, Premier ministre, chef du gouvernement du Cameroun: «Le journaliste se doit toujours de garder à l’esprit que toute société se fonde sur des valeurs communément partagées et que la préservation de ces valeurs s’imposent à tous y compris aux journalistes. Ainsi, la paix et l’unité nationale, le vivre-ensemble, l’intégrité territoriale de la nation, le refus du discours de haine et de la stigmatisation tribale, l’honneur et la dignité d’autrui, pour ne citer que ceux-là, constituent certains de ces impératifs qui doivent aller de pair avec la liberté reconnue au journaliste dans la pratique de son métier».

    madiambal-diagne-050.jpg

    ■ Madiambal Diagne, président international de l’Union de la presse francophone (UPF): «On n’informe plus, on cherche à émouvoir. L’affect a pris le dessus sur l’intellect. Ce journalisme de l’émotion s’invite sur nos plateaux de télé, nos stations de radio, entre les lignes de nos journaux et magazines et surtout sur nos smartphones. C’est à celui qui fera le plus d’effet, à celui qui obtiendra le plus de like, à celui qui trouvera la phrase assassine, à celui qui remuera le mieux la gadoue. Ce journalisme en trompe-l’œil fait de nous ce que d’aucuns appellent des commerçants de l’émotion, des colporteurs de rumeurs, des fabricants de fake news... le constat est implacable».

    latifa-akharbach-050.jpg

    ■ Latifa Akharbach, présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA): «Nous devons tous collectivement nous interroger et dire que nous avons besoin que le journalisme continue à être ce qu’il est, un métier avec sa responsabilité sociale. Le journalisme c’est du savoir et du savoir-faire et surtout c’est le formidable support et acteur pour protéger la démocratie».

    anne-cecile-robert-050.jpg

    ■ Anne-Cécile Robert: «L’émotion est un mode de traitement de l’information qui induit des choix, des hiérarchies qui fait passer au second plan certaines choses et efface l’analyse des événements. Pour nous les journalistes, l’émotion pose un défi très important...».

                                                                                               

    Les journalistes sont-ils formés à l’émotion?

    Sur les bancs des écoles de journalisme, les candidats à cette carrière sont-ils ou non préparés à l’émotion? Les futurs journalistes apprennent-ils ce fameux «sens et sel» du métier au cours de leur formation. Leur donne-t-on les clés pour gérer cette émotion? Ce sont là les questions auxquelles les intervenants ont tenté de répondre lors de l’atelier intitulé «Formation: les journalistes sont-ils préparés à l’émotion?».

    Selon Alice Nga, directrice adjointe de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication du Cameroun, il ne s’agit peut-être pas seulement de développer des compétences dans la collecte d’information mais que la formation à l’intelligence émotionnelle et à l’altérité fait partie intégrante de la compréhension individuelle du rôle du journaliste dans la société.

    Le sang, le sexe et les sous

    De son côté, Mikaila Abass Saibou, de l’Observatoire togolais des médias, estime aujourd’hui, dans le monde entier, que l’émojournalisme tourne autour des trois S: le sang, le sexe et les sous. Selon lui, trois éléments sont importants.

    D’abord la responsabilité sociale car le respect de la vérité et le droit que le public a de connaître constituent le devoir du journaliste. Les journalistes sont préparés à l’émotion si l’on considère que le choix du métier est un engagement tacite au respect des règles et principes déontologiques.

    Deuxième élément, la régulation émotionnelle car le métier exige une introspection permanente et les journalistes peuvent eux-mêmes se former en intelligence émotionnelle. Ils peuvent aussi se former en reconnaissance du langage corporel et des indices verbaux. Enfin, la formation aux stratégies de prévention des traumatismes.

    A l’instar de certaines universités qui forment à ces stratégies de prévention, comme au Royaume-Uni. Unanimement, les différents participants à cet atelier ont estimé que l’intelligence émotionnelle doit faire partie intégrante du programme d’études et d’apprentissage du métier des prochaines générations de journalistes. Les universités anglaises sont actuellement pionnières dans ce domaine.

    Des projets de même nature sont aussi menés au Maroc à Rabat dans une école qui a intégré depuis cinq ans dans le cursus de formation des cours de développement personnel et dans lesquels sont enseignées l’intelligence émotionnelle et la gestion des émotions.

                                                                                               

    Logistique, bracelet de bienvenue, journal des Assises…

    48es-assises-de-la-presse-francophone-3-048.jpg

    Dès l’arrivée des participants à l’aéroport, un bracelet en perles noires avec l’inscription «UPF Cameroun» leur a été remis.

    Les Assises sont aussi une grande machine pour transporter, loger, restaurer près de 500 participants d’une cinquantaine de pays et nécessitent une importante logistique, menée de main de maître par les équipes de l’UPF internationale et la section camerounaise. Parallèlement aux travaux, toutes les soirées ont été marquées par des dîners de gala en l’honneur des participants, rythmées de chants et de danses, de défilés de mode camerounais.

    Un journal quotidien des Assises a été distribué tous les jours. Tenu par des étudiants d’une école de journalisme, il rendait compte des différents travaux en français mais aussi en anglais.

    Dans la cour du Hilton où se déroulaient les Assises, s’est tenue une petite foire commerciale des produits artisanaux camerounais: sculptures, tableaux, bijoux, habits traditionnels, tissus, miel, chocolat, produits cosmétiques comme le savon à base de bave d’escargot, d’huiles, d’algues, des parfums, des senteurs…

    Lors de la cérémonie de clôture, un accord-cadre a été signé entre l’UPF et le Forum des éditeurs africains, dont l’objectif est de promouvoir ensemble les médias, la liberté et l’indépendance des journalistes en Afrique et à travers le monde.

    Après l’émotion, place au leadership féminin. Et c’est le thème qui a été retenu pour les prochaines assises de la presse francophone qui se tiendront en 2020 à Tunis, en marge du 18e Sommet de la francophonie et qui coïncideront avec les 70 ans de l’UPF.

                                                                                               

    Les défis de l’éthique et de la déontologie

    Si, au cours des Assises, l’émotion était la vedette incontestée, la déontologie n’était pas très loin, ces deux thèmes étant intimement liés. La déontologie serait-elle le remède miracle à toutes les dérives? «Non, car le journalisme est une activité humaine et il y aura des dérives qu’il faudra essayer de cadrer, sinon nous ne serions pas des êtres humains», répond spontanément Pierre Ganz.

    Les chartes de déontologie, estime-t-il, ne doivent pas stricto sensu introduire cette notion d’émotion car elle reste quelque chose de subjectif. Il faut rester sur des principes généraux de la bonne pratique professionnelle.

    Existe-t-il alors des règles qu’il faudra poser en matière d’émotion? «Il faut d’abord être conscient que nous sommes des êtres d’émotion et que nous véhiculons des émotions et tenter de les maîtriser. «En même temps, l’émotion ne doit pas interdire les doutes, les questionnements», ajoute Ganz.

    Tout cela doit aussi s’apprendre sur les bancs de l’université, telle que l’intelligence émotionnelle (voir article sur la formation des journalistes). Cela signifie apprendre à maîtriser ses émotions, apprendre à avoir de l’empathie pour comprendre les émotions des autres. C’est apprendre à apprendre à avoir une conscience de ces émotions.

    Toujours au rayon déontologie, les Assises ont aussi été l’occasion de présenter l’ouvrage de Pierre Ganz, «Les chronique de déontologies», publiées chaque mois dans l’infolettre de l’UPF et qui font partie du premier volume de la nouvelle collection de l’UPF, «Journalisme aujourd’hui» (Editions Riveneuve);

    «Je n’ai pas voulu faire un nouveau traité d’éthique ni un nouveau traité de réflexion politique sur le rôle du journalisme dans la société, mais des questions très concrètes qu’on se pose au quotidien dans notre métier», explique t-il.

    Dans cet opus de 212 pages,  il donne des pistes de réflexions sur des cas très concrèts. «Ce livre est un support de discussion au sein des rédactions. On est plus intelligent à plusieurs que tout seul et les questions de déontologie méritent toujours des débats». La déontologie est d’abord une pratique, une construction collective pour le respect des faits et des personnes, dans le seul intérêt du public à être informé.

                                                                                               

    Ces mouvements populaires qui cristallisent l’émotion

    48es-assises-de-la-presse-francophone-4-048.jpg

    D’Alger à Honk Kong, en passant par  la France et ses gilets jaunes... la planète est en ébullition et l’émotion envahit tous les espaces.

    Les différents intervenants à la table ronde sur «La couverture des grands mouvements populaires» ont mis l’accent sur l’importance d’être sur le terrain  pour «objectiver l’information» qui passe par le filet des médias principaux. «Il est intéressant de voir comment le journaliste peut gérer ce genre de situation avec ou sans émotion, avec ou sans objectivité.

    Il est clair que dès le début du mouvement en Algérie lorsqu’on voit autant de personnes manifester, on sent beaucoup d’émotion surtout le 1er jour. Et c’est là où notre rôle de journaliste indépendant est crucial», souligne Khaled Drareni, fondateur du magazine électronique Kasbah Tribune, correspondant en Algérie de TV5 Monde et de RSF.

    Depuis février, les Algériens sortent chaque vendredi dans la rue par millions dans plus de 45 villes du pays. Un pays où les réseaux sociaux sont devenus quasiment «le premier média» face à la défiance du public envers les journalistes.

    La culture numérique est désormais nécessaire à l’exercice du journalisme en vue d’assurer la présence indispensable des médias sur les réseaux sociaux,  soutiennent les intervenants. Sur ces canaux, «c’est l’instantanéité, pas la course à l’information. Mais pour le journaliste, cela appelle beaucoup plus de vigilance et de responsabilité puisque dans les réseaux sociaux il y a trop d’informations qui ne peuvent pas toujours être vérifiées».

    Meriem OUDGHIRI

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc