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    Médias

    Conseil national de la presse: Un anticorps pour renforcer l’éthique des journalistes

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5636 Le 19/11/2019 | Partager
    Une première: «La charte déontologique a force de loi»
    Dix plaintes déposées au Conseil national
    Le gouvernement tarde à valider le règlement intérieur
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    Le chef du gouvernement invité de l’Union de la presse francophone (UPF Maroc) en avril 2019 à Casablanca. Notre caricaturiste, Rik, en profite pour faire un clin d’œil à une règle déontologique fondamentale, à savoir la véracité de l’information: «Chers journalistes, ne croyez pas tout ce qu’écrivent les scribouillards» (Ph. Jarfi)

    Le Conseil national de la presse a présenté, mi-novembre 2019, à Casablanca, la charte de déontologie. La portée de l’événement est telle que l’un de ses membres, Noureddine Miftah, estime qu’il constitue «la vraie inauguration officielle» de cette instance ayant démarré pourtant il y a un an.

    «C’est pour la première fois que notre profession a une charte ayant force de loi», poursuit le directeur de publication d’Al Ayam et président de la Commission entreprise de presse et mise à niveau du secteur. Son préambule est clair: «le législateur a reconnu la légalité de cette charte en vue de consacrer les règles professionnelles...».

    La charte a été publiée au Bulletin officiel n°6799 du 29 juillet 2019. Elle est pour l’instant disponible uniquement en langue arabe. Le Secrétariat général du gouvernement (SGG) devrait a priori la traduire incessamment en français.     

    Le texte est réparti en 4 axes: «Responsabilité professionnelle», «Responsabilité sociétale», «Indépendance et probité», puis «Protection et droits» du reporter (voir les détails dans notre édition n°5571 du 7 août 2019). Ces principes seront «un référentiel pour les professionnels» des médias.

    «Une source d’immunité, de réparation de préjudice et d’équité», précise le président du Conseil national de la presse, Younes Moujahid. La référence à l’article 28 de la Constitution figure dès le début du préambule. Cette disposition «garantit la liberté de la presse».

    Un journaliste pourra se prévaloir notamment de la clause de conscience. Ce sera le cas lorsque son information a été censurée ou dénaturée par son employeur. Autrement dit, la charte déontologique entre en jeu même dans le cadre d’un contentieux du travail. Ce volet-là ne focalise pas l’attention pour le moment.

    Mais il va falloir tôt ou tard passer à la pratique. Le régulateur sectoriel a reçu dix plaintes depuis octobre 2018 à ce jour. Elles portent sur des délits de presse: diffamation, injure, atteinte à la vie privée, droit de réponse... 

    Le président, lui-même journaliste, rappelle à bon entendeur les compétences disciplinaires du Conseil. La légitimité légale et électorale de cette instance est indiscutable. L’enjeu de cette nouvelle phase est d’assainir le secteur des mauvaises pratiques. La charte évoque d’ailleurs «la justice des confrères».

    Justement, la Commission médiation et arbitrage est chapeautée par un magistrat. Hassan Jaber a contribué aux travaux de la charte au même titre que les 20 autres membres. Une décision disciplinaire visant un journaliste peut être publiée si le Conseil le décide. Son support d’information sera obligé de la diffuser.  

    Professeur et expert en media, Abdelouahhab Errami pronostique «des interactions entre les valeurs et principes» consacrés par ce nouveau texte. Il prend comme exemple le respect de la vie privée et le droit de savoir du public. Quant à la présidente de l’association Adala, Jamila Siyouri, elle note que «le droit à l’oubli est cité pour la première fois dans une charte». Elle se demande comment va se comporter le Conseil avec ce droit. Quelle sera la tendance de la jurisprudence dans tous ces cas-là? Une jurisprudence qui est très attendue. Car elle va fonder une pratique... marocaine de l’autorégulation.  

    Président de la Commission déontologie, Mohamed Selhami donne le ton. «Ce sera une guerre contre les amateurs de fausses nouvelles et du plagiat. L’urgence et le scoop ne devraient pas prendre le pas sur le professionnalisme, la probité et l’objectivité. Le principe est simple: défendre les droits (des citoyens) implique d’en assumer la responsabilité juridique et professionnelle», insiste l’ancien reporter de guerre.

    Ni privilèges, ni passe-droit. Encore faut-il que le règlement intérieur du Conseil voit le jour. Le gouvernement «a relativement tardé» à le viser, précise l’instance. Cette procédure intervient avant la publication du règlement intérieur au Bulletin officiel. Or, il ne peut y a avoir de sanctions sans ce document qui définit les règles du Conseil.

                                                            

    Ce que programme le régulateur pour 2020

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    Younes Moujahid, président du Conseil national de la presse, lors de l’inauguration du siège fin juillet 2019
    à Rabat (Ph. Jarfi)

    Le Conseil national de la presse annonce sa feuille de route. Son président, Younes Moujahid, insiste sur le respect de la déontologie: dix plaintes à ce jour (voir ci-contre). Un programme de sensibilisation à la nouvelle charte est en cours de préparation. Le régulateur compte aussi assainir la profession.

    L’octroi de la carte de presse sera «drastique pour couper court aux parasites». Les journalistes ont jusqu’à fin novembre 2019 pour déposer leur dossier. Remettre sa fiche anthropométrique est obligatoire. Des ateliers de formation sont programmés avec les instituts de journalisme et de communication.

    Certains sont déjà lancés à Fès et Tanger, d’autres formations sont prévus à Marrakech et Agadir. Une convention sur lasera prochainement signée avec des établissements d’enseignement. Des programmes et modules seront élaborés. Le Conseil national de la presse compte a priori les intégrer dans son cahier des charges. Les instituts qui seront habilités à former des journalistes devront s’y conformer. L’entreprise de presse est également au programme. Il est question d’un futur fonds pour développer la lecture des journaux.

    La déontologie dans le marché publicitaire figure aussi parmi les projets du Conseil. La nouvelle charte présentée vendredi dernier à Casablanca ne fait pas l’impasse sur ce point sensible. Elle instaure une stricte séparation entre les fonctions de journaliste et de commercial.  Le recensement des entreprises de presse structuré se fera également.

    Avec de plus la création d’une base de données sur le secteur, ses acteurs, ses professionnels... Les salaires feront l’objet d’un rapport. Leur seuil minimal est fixé par la convention collective. Le Conseil prévoit d’ailleurs de la réviser en coordination avec les éditeurs. Ces derniers sont également membres de l’instance qui siège à Rabat.  Un rapport d’activité devra finalement retracer les actions entreprises depuis un an. C’est-à-dire depuis la création effective du Conseil en octobre 2018.

    Faiçal FAQUIHI    

     

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