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    Grèves sauvages dans l’hôtellerie à Marrakech

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5632 Le 12/11/2019 | Partager
    Des piquets de grèves devant plusieurs établissements
    Conséquences: des annulations et des reports de séjour
    C'est l'image du tourisme qui en prend un coup
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    Les piquets de grève se font avec un grand tapage. Les grévistes utilisent des mégaphones et des neffars pour perturber l’activité et inquiéter les touristes (Ph. A.B.)

    Les annulations et reports sont désormais le lot quotidien de nombreux professionnels de l’hôtellerie à Marrakech. Alors que la ville ocre est en pleine haute saison et que les 8 premiers mois de 2019 indiquent une hausse de plus de deux points du taux d’occupation moyen par rapport à un an auparavant, l’année risque de mal se terminer.

    En effet, les piquets de grèves installés devant les établissements hôteliers rendent impossible la poursuite d'une activité normale. Depuis plus de trois mois, des mouvements sociaux sont menés par un syndicat, l’UGDTM (l’Union générale démocratique des travailleurs du Maroc) très connu par les entreprises marrakchies, notamment les industriels. C’est au tour des hôtels de trinquer.

    Depuis le début de l’année, l’on constate des piquets de grève au Four Seasons, Opéra Plaza, au Casino de la Mamounia, à Bab Hôtel, Es saadi, les Jardins de l’Agdal au Palm Plaza… Le même scénario se répète à chaque fois: à la suite d’une sanction d’un salarié, quelques uns se solidarisent et se mettent en arrêt de travail. Pour faire plus de bruit et tenter de mettre la pression sur l’établissement, ils installent un piquet de grève à l’entrée de l’hôtel pour gêner les touristes.

    C’est d’ailleurs à cause des nuisances sonores, (mégaphones et neffar) utilisés par les grévistes que les agences et les réceptifs annulent leur séjour dans les établissements hôteliers où certains employés sont en grève. «Nous sommes asphyxiés par ce genre d’attitude. Ce sont des grèves sauvages, déclenchées sans raison avec l’occupation des lieux du travail et qui mettent nos entreprises en otage et même les décisions judiciaires ne sont pas exécutées par les instances concernées. Pourquoi le touriste va payer les pots cassés d’un conflit social alors qu’il y a les tribunaux pour cela», déplore Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie touristique.

    greves-hotellerie-marrakech-032.jpg

    Le parking de l’établissement qu’il dirige a lui aussi été pris d’assaut par une quinzaine d’employés grévistes qui font tout pour nuire aux touristes. Contacté par L’Economiste, le syndicat en charge de cette affaire a un tout autre avis. Selon Abdelfatah Boucetta, Secrétaire national de l’UGDTM, les employeurs du secteur du tourisme combattent le travail syndical. D’où ces tensions. «Les patrons des établissements refusent de négocier et de se mettre à table avec les employés», indique-t-il.

    Parmi les revendications des adhérents de ce syndicat, l’augmentation des salaires de tout le personnel sans exception, le 13e mois, la titularisation des employés en CDD, l’augmentation du panier du ramadan, une prime pour Aid Adha, la généralisation de l’assurance complémentaire et «une pharmacie au sein de l’établissement comprenant particulièrement des médicaments pour les maladies chroniques».

    Les autorités ont tenté en vain des négociations entre employés et employeurs et syndicat, concernant ce dossier. «Les syndicalistes souhaitent des indemnités de départ de 150%», indique cet hôtelier. Si certains établissements ont accepté ce deal, d’autres refusent «ce chantage». Le conflit, qui risque de s’envenimer, n’est pas sans rappeler d’autres cas similaires.

    Plusieurs entreprises textiles ont été asphyxiées à cause de ce type de grèves sauvages mettant en danger la vie des entreprises. Et certaines ont tout simplement mis la clé sous le paillasson. On n’en est pas là pour le secteur. En revanche, les hôteliers ont déjà commencé à privilégier les intérimaires pour éviter d’être pris en otage par les syndicats, souligne Zelmat.

    Réforme du droit de grève

    La régulation des conflits collectifs du travail est vieille de plus de 25 ans et un projet de réforme est en cours. Adopté par le Conseil des ministres en 2016, le projet de loi sur la grève attend depuis 2017 au Parlement. Au dernier dialogue social, les syndicats, le patronat et le gouvernement se sont mis d'accord pour une reprise des discussions et l'amendement du texte sans qu'il ne soit retiré du Parlement. Le tout est d'ailleurs consigné dans l'accord signé le 25 avril 2019 sur le dialogue social. Depuis juillet, les partenaires sociaux hésitent.
    Le projet de loi organique sur la grève comprend 49 articles. Il accorde aux parties en conflit la possibilité de recourir à un médiateur. Il ne rend la grève possible qu'une fois le délai de 30 jours après la remise du cahier revendicatif à l’employeur expiré et après l'échec des tentatives de réconciliation. Les articles 18, 19 et 32 prévoient les modalités à suivre avant de passer à l’acte, notamment l’obligation de respecter un préavis afin d’en finir avec les grèves sauvages. La décision de grève serait votée par une assemblée générale, convoquée par le syndicat 15 jours avant la date de sa tenue (l’employeur doit être informé de manière officielle au moins 7 jours avant sa tenue). Un quorum des 3/4 des salariés de l’entreprise est indispensable. La décision de grève doit être prise selon le vote secret et à la majorité absolue des salariés présents. Le syndicat est tenu de préparer un PV comportant le nombre des salariés présents, leurs noms, numéros de CIN et leurs signatures.

    Badra BERRISSOULE

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