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    Oléagineux: Le lobbying des semenciers européens

    Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5627 Le 01/11/2019 | Partager
    Introduction de variétés de colza et tournesol
    Dépendance aux importations, performance, sécurité alimentaire… Les enjeux
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    La production d’oléagineux est très insuffisante pour répondre à une demande croissante en huiles alimentaires

    Les semenciers européens s’offrent des débouchés au Maroc. A travers le lancement du programme «Maghreb Oléagineux», l’UE et Terres Univia, l’interprofession française des huiles et protéines végétales, font la promotion de semences européennes au Maroc. Les deux parties cofinancent un programme de promotion, qui va durer trois années. En tout, 7 nouvelles variétés hybrides de colza et 5 de tournesol «adaptées aux conditions marocaines seront introduites».

    Le programme oléagineux cible deux pays du sud de la Méditerranée: la Tunisie et le Maroc. Le principal argument des promoteurs repose sur l’amélioration des performances à travers la diffusion de connaissances et la sensibilisation du monde agricole. «Nous avons co-construit ce programme avec l’interprofession de chaque pays pour apporter une contribution à la problématique de la performance», explique Guénaël Le Guilloux, responsable de développement international chez Terres Univia.

    Après la libéralisation du secteur dans les années 1990, la production d’oléagineux s’est progressivement effondrée, principalement pour le tournesol. Selon un rapport de janvier 2019 du projet d’appui à l’Initiative Enpard Méditerranée: «après avoir atteint 59.344 tonnes en 2009-2010, la production de tournesol oscille ces dernières années autour de 30.000 tonnes/an». Du coup, la production d’oléagineux est très insuffisante pour répondre à une demande croissante en huiles alimentaires. Résultat, les importations progressent constamment et ont dépassé les 700.000 tonnes d’huiles brutes en 2017.

    Le taux de dépendance aux importations d’huiles alimentaires, déjà très élevé, progresse, passant de 66% en moyenne en 1986-1987, à 90% en 2000-2001, pour atteindre 98,5% en 2009-2010. Pour réduire cette dépendance, le Plan Maroc Vert ambitionne de porter les surfaces réservées au tournesol et au colza à 127.000 hectares à l’horizon 2020. Ce qui correspond à une production d’huile alimentaire de 93.000 tonnes.

    L’objectif étant d’atteindre un taux d’autosuffisance en huiles alimentaires de 20%. Sur ce point précis, les avis divergent. Selon un analyste, «le Maroc ne peut pas se permettre le luxe de produire cette culture parce qu’elle est très exigeante en eau. Le colza et le tournesol sont des cultures de printemps, qui ont besoin de pluies en juin. Ce qui est impossible au Maroc. Les pluies qui tombent lors de cette période sont soit accidentelles, soit des orages qui font beaucoup de dégâts».

    Le Maroc étant un pays confronté au stress hydrique, le Plan Maroc Vert devrait opter pour des cultures qui valorisent la ressource hydrique. Pour sa part, Gérard Tubery, agriculteur et président d’Agropol, une structure issue de l’interprofession oléagineuse française, parle de productions stratégiques et d’enjeu pour l’alimentation humaine et animale: «Ces plantes peuvent contribuer à améliorer l’autonomie du pays face aux enjeux en protéines pour l’alimentation humaine et animale».

    Ce n’est pas le soja qui va y répondre, autour de la Méditerranée, à l’instar des pays d’Amérique du Nord et du Sud, qui ont le monopole sur la production de soja. Et d’ajouter: «En France, nous avons subi un embargo il y a quelques années. Depuis, nous avons initié une politique forte de développement des oléagineux».

    Agriculteurs, techniciens et conseillers agricoles

    Les enjeux sont multiples. A commencer par la sécurité alimentaire. Selon les promoteurs, les variétés sélectionnées sont les plus adaptées aux conditions agro-climatiques locales. Les effets positifs du colza sur la performance globale des exploitations céréalières dans la rotation des cultures ont été exposés. Selon Mohamed El Baraka, secrétaire général de l’interprofession marocaine des oléagineux (FOLEA), les débouchés sont garantis, notamment vers des industriels comme Lesieur Cristal, qui transforment les récoltes en huiles de tables végétales. Une autre partie des récoltes sera transformée en tourteaux pour l’alimentation animale, principalement les volailles.
    Il faudra surtout intéresser les agriculteurs. Le hic est que les semences hybrides doivent être achetées tous les ans. Dans un premier temps, près de 8.000 agriculteurs bénéficieront des journées de visite au champ et de parcelles de démonstration. Un plan de formation adressant les techniciens et conseillers agricoles (15 bénéficiaires par an) sera déployé pour les trois ans que dure le programme. Il cible également les prestataires et entrepreneurs agricoles (12 bénéficiaires par an) dans une logique de renforcement des compétences.

    M.Ko.

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