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    Culture

    Festival de Fès de la culture soufie: «La vie est une préparation au grand voyage»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5621 Le 24/10/2019 | Partager
    Un échange fécond sur l’éternité, l’âme et la sagesse
    Mandela, Mohammed V et l’émir Abdelkader… ressuscités
    Redonner à la politique ses lettres de noblesse
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    De l’avis des panelistes du FFCS, Fès est forcément le contre-projet du transhumanisme. La ville des 1.000 saints et sanctuaires a préservé son cachet authentique et son âme spirituelle. «Il faut prolonger l’esprit de Fès sur le quotidien partout dans la médina, les médersas et les zaouïas», souhaite Faouzi Skali (Ph. YSA)

    Créer des liens et être dans la capacité d’écoute et de stimulation. C’est ce qu’on appelle un échange fécond. Et c’est aussi l’un des principaux objectifs du Festival de Fès de la culture soufie (FFCS). L’événement, dont la 12e édition se poursuit jusqu’au 26 octobre, ambitionne de faire revivre un mouvement de pensée dont le but est de s’émanciper des ordres transcendants de la religion et du sacré.

    «Nous voulons prolonger l’esprit de Fès sur le quotidien partout dans la médina, les médersas et les zaouïas», dit Faouzi Skali, initiateur du festival. Selon lui, «les réponses philosophiques qui émergent à une époque ou une autre d’un tel débat ne sont jamais innocentes. Elles sont porteuses d’une promesse de civilisation, d’un choix de société». C’est ainsi que les principes de rationalité, de démocratie, des droits humains, voire pour certains de libéralisme, ont conquis le monde.

    Résultat: Des «enjeux sociétaux se dessinent face au transhumanisme» et incitent à la réflexion. En ce sens, Théophile de Wallensbourg, ancien moine et théologien orthodoxe, et Khaled Roumo, poète et chercheur de formation littéraire, se sont penchés sur la question lors d’une des tables rondes du FFCS. Interpellés sur «le type de civilisation à vivre et ce qui reste en dépit de tout», chacun d’entre eux a livré sa pensée à sa manière.

    Selon Khaled Roumo, «dans l’histoire de l’humanité, les messagers et mystiques ont essayé de redresser l’humanité». Pour avoir travaillé sur le texte sacré, l’auteur du livre «Le Coran déchiffré selon l’amour» a été «visité» un jour. Et depuis, «son cœur bondit de joie en lisant le Coran».

    Un témoignage qu’il fait pour montrer que «ce rapport à Dieu est dynamique. Il est fait de joie et d’extase et vient de la main, l’angoisse et la sollicitude». Dans cette osmose, les mystiques se rapprochaient de Dieu, puis allaient vers les autres pour mettre tout en partage. Sur les traces des anciens, l’écrivain français d’origine syrienne a recommandé «le maintien en humanité par la création collective, ainsi que par la foi». Car, selon lui, «l’être humain qui ne discute pas avec Dieu a la foi faible».

    De son côté, Théophile de Wallensbourg a choisi une autre forme d’émancipation.  «Musulman depuis 13 ans», ce dernier a convié le public à un voyage de Fès, «ce lieu de sainteté qui est forcément le contre-projet du transhumanisme», à la Silicon Valley, «la cité de la recherche et de la technologie qui ne se donne aucune limite». «Ici, on construit une humanité hors-sol, qui cherche la royauté sans fin, le pouvoir et l’immortalité».

    Or, cette destinée est inquiétante, intrigante, voire même fatale. Pour y résister, il faudra du compagnonnage, de la solidarité et de la foi. En ayant ces principes, «toute la vie devient simplement une préparation au voyage en se nourrissant de ce viatique spirituel», estime Skali. Et d’ajouter: «Nous sommes dans la fragilité et nous nous préparons à cette transformation». Car, nous ne sommes pas seulement une physiologie, mais nous avons aussi une âme qui va pouvoir survivre.

    En attendant, elle doit se nourrir des cultures, dont le soufisme. Cette culture saura peut-être nous faire appréhender le choix d’une politique comme un art de vivre, l’ouverture à des richesses intangibles et immatérielles de notre humanité, le respect évident de la diversité des religions et cultures, l’association fructueuse entre le savoir et la spiritualité, l’exaltation poétique de notre environnement et de notre humanité, fragiles certes, et qu’il nous faut d’autant plus préserver.

    «Une spiritualité qui ne viendra pas s’opposer aux acquis de l’humanisme mais plutôt insuffler une âme en celui-ci en lui redonnant sens et profondeur», insiste le président du FFCS. Et de conclure: «La culture soufie peut ainsi apporter sa contribution, parmi d’autres spiritualités et sagesses du monde, à une autre civilisation possible».

    La non-violence

    Malgré un agenda chargé, les festivaliers maintiennent le cap. Le mardi 22 octobre, le panel matinal discutait de «la pratique de la non-violence au quotidien». Dans une période où l’on assiste à une montée de l’incompréhension et des malentendus conduisant parfois à des finitudes, les anthropologues optent pour le dialogue interculturel pour «stopper l’exacerbation identitaire». Ils déplorent, toutefois, «cette tragi-comédie dans les médias où personne n’entend personne, l’émergence des technologies qui a rendu la communication de plus en plus difficile, ou encore les discours politiques haineux favorisant les extrêmes». Pour y remédier, ils appellent à la sagesse, à l’élégance politique de Mandela (lui-même inspiré de Ghandi), la noblesse de l’âme de l’émir Abdelkader, ou encore le pacifisme de Mohammed V qui ne faisait pas dans la réaction (y compris dans les moments difficiles, notamment celui de l’exil). Grâce à l’expérience de ces derniers, l’on pourrait «redonner à la politique ses lettres de noblesse». Pour apaiser notre pratique au quotidien, il faut «agir tout en se détachant des fruits de l’action». La non-violence en soi est une expérience spirituelle du soufisme, de la noblesse de l’âme et de la sagesse. «Il faut se libérer du cercle action-réaction, et essayer d’agir juste tout en exigeant des autres de faire autant», souligne Skali. 

    Ne pas instrumentaliser le spirituel

    De l’avis d’Ibrahim Salama, directeur de la Division des traités relatifs aux droits de l’Homme au Bureau des Nations unies du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, «les droits de l’Homme ne suffisent pas à instaurer la non-violence». «A la sagesse du soufisme, il faut ajouter des outils, du sens et une interdisciplinarité… afin de produire des discours sans haine, contenir les masses et utiliser les technologies de manière créative», dit-il. Et d’ajouter: «La sécularité ne doit pas devenir sécularisme». Faisant référence à la réflexion occidentale concernant les problèmes d’immigration, Salama a alerté quant à «la désécularisation que vit l’Europe». «Il faut faire de la politique citoyenne, spiritualiser le politique et non pas politiser le spirituel», rétorque un autre intervenant. En d’autres termes, éviter d’instrumentaliser le spirituel pour ne pas le déprocéder de la sagesse. Enfin, il faut toujours appliquer à soi-même ce qu’on veut appliquer aux autres.

                                                                  

    Tariqa Rissounya

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    Le défilé des tariqas continue de servir des «disciples» assoiffés de chants spirituels. C’est ainsi que la Tariqa Rissounya a animé la soirée du 22 octobre, à la grande salle de la mairie. Notons que la zaouïa Rissounya a été fondée par Sidi Mhammed Ben Ali Ben Rissoun, de descendance chérifienne, en 1609, sous l’instigation de son maître Sidi Abd Allah ben al Hussayn al Mghari dont le sanctuaire se trouve dans la petite ville de Tamesloht, près de Marrakech. Son maître actuel est Sidi Ali Rissouni qui est un érudit et un maître du soufisme. Il organise chaque année un grand moussem (rencontre) de la zaouïa au mois de juillet.

    Youness SAAD ALAMI
     

     

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