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    Culture

    Festival de Fès de la culture soufie «Réinventer l’art de vivre ensemble»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5621 Le 24/10/2019 | Partager
    Lutter contre la religion unique et l’assignation à résidence
    Un nouveau projet de société et de solidarité s’impose…
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    «Nous remercions vivement L’Economiste qui nous livre, au quotidien, un compte-rendu du festival… L’état d’esprit de notre événement y est restitué avec brio et talent», indique Faouzi Skali, président du Festival qui se félicite de son partenariat avec le groupe Eco-Médias (Ph. YSA)

    Esquisser «le soufisme comme art de vivre». Un exercice auquel se sont donnés d’éminents penseurs lors d’une des tables rondes du festival de Fès de la culture soufie (FFCS). Dans leur exploration, ils étaient unanimes à dire que «toutes les religions se vivent et se déclinent sur un plan culturel et sociétal». Le soufisme s’est exprimé dans ce sens notamment à Fès, où la nostalgie du savoir-vivre revient assez souvent.

    En effet, la ville de Moulay Idriss abrite toutes les ethnies. «Son passé renvoie à un vivre-ensemble pétri d’une sorte de sagesse populaire qui a accompagné l’histoire de la médina de manière juste et utile», exprime Faouzi Skali, président du FFCS. Selon lui, «cette sorte d’acculturation liée à la spiritualité, l’éducation et le comportement des gens, offrait un enseignement et une compréhension». La tolérance dont témoignaient les érudits et leur ouverture à la culture populaire vont dans ce sens. Connues sous le nom des «Majdoub», des personnes extatiques (loin de la connotation caricaturale), appelées aussi les «ravies», faisaient le lien entre le monde que nous vivons au quotidien.

    «Les comprendre, c’est comprendre cette dynamique en cours qui a produit ce type de culture», renchérit l’anthropologue. Au FFCS, des experts ont aussi l’occasion de ressusciter «la nostalgie d’un paradis perdu». Ils  évoquent le cheminement de Fès à l’Andalousie et conversent à travers une circulation d’idées. «Ce qui est utile dans cette exploration, c’est la conception de sociétés différentes dans l’acceptation de l’autre, dans l’ouverture et dans le vivre-ensemble», insistent les érudits.

    Sur la même longueur d’onde, Skali, héritier de ce patrimoine, rappelle que «le soufisme a irrigué plusieurs cultures… ce qui fait que l’Islam n’est pas totalitariste et pas partout pareil». L’aspect vivant du soufisme fait que celui-ci épouse les lieux et les temps. Ce n’est pas fortuit si l’artiste Sami Ali, présent au FFCS, s’est inspiré de cette culture pour lui donner son propre vécu à travers la peinture. Un art à découvrir, toucher et admirer au Palais Sheherazad.

    «Celui qui goûte sait de quoi il s’agit», disait Rabiaâ Al Adaouiyya. Cette dernière savait que «la culture du soufisme peut évoluer». Le retour à cette incarnation invite les festivaliers à un voyage dans le temps pour retrouver l’Andalousie médiévale. Dans une époque où l’être humain est dépassé par l’innovation qu’il subit, la recherche d’un art de vie s’impose. Ceci, en guise surtout d’exister, partager, et prendre le temps avec les siens.

    Pour y parvenir, il faut réinventer l’art de vivre ensemble dans nos diversités et dans nos appartenances. Le but étant de «lutter contre l’assignation à résidence et le rappel à la religion unique». Les experts du FFCS continuent d’étudier les différents modèles, valeurs, histoires et moralités en vue d’un ressourcement bénéfique pour notre époque. Certes, parler de tout cela n’est pas assez audible dans le monde d’aujourd’hui.

    Mais, une telle réflexion permet d’élever les débats, aller au cœur des choses, et alimenter les terreaux culturels. Cette pensée collective incite à comprendre, témoigner et restituer une vision et lui donner sens. «Un sens que portait il y a plus de 11 siècles Fatéma Al Fihriya en édifiant la Quaraouiyine et en la dotant de 17 portes ouvertes sur les différents marchés et corporations de métiers de la médina de Fès», se remémore à juste titre la journaliste Ikram Bennani, une habituée du festival.

    C’est dans cette ambiance que se poursuivent les journées «très chargées» du FFCS. En revanche, malgré un calendrier assez dense, les festivaliers sont remués par la puissance spirituelle. L’événement leur fait «revivre l’esprit de Fès par la culture soufie».

     

    Au premier «lycée mixte» du Maroc

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    Invité au FFCS, Georges Michel est un ancien du «lycée mixte» de Fès. Un lycée qui portait très bien son nom. D’ailleurs, il était le premier du genre au Maroc. On y trouvait une mixité sociale et culturelle, et surtout une perception du Royaume dans tous ses aspects. Né à Fès en 1947, Michel quitte le Maroc en 1965, habite Brest. Aujourd’hui, ce psychiatre hospitalier à la retraite revient sur son vécu à Fès, à travers les ouvrages «Les Conférences des Amis de Fès». Dans ses livres, l’auteur nous plonge dans une nostalgie incompréhensible et indéfinissable. Celle d’une cité qui n’appartient pas seulement aux Fassis. Car, elle a un sens universel qu’il faudrait toucher, restituer et adopter… «dans la compassion, l’amitié et le partage», souligne Laeila Noon, une soufie du Pakistan. Pour elle, «Fès est emprunte du sacré. Elle a des similitudes avec Médine, la ville du Prophète, et nous ramène à Dieu, au monde et à l’humanisme spirituel». En tout cas, cet amour de Fès serait héréditaire. Il est aussi une culture vivante et un état d’esprit.

    Première sortie pour le Cardinal de Rabat

    Le FFCS reçoit, vendredi,  Cristobal Lopez, le Cardinal de Rabat, pour une table ronde autour de la thématique: «Prier au quotidien selon les trois traditions Abrahamiques: Prier pourquoi faire?». C’est la première sortie de l’ancien archevêque de Rabat qui vient d’être élevé Cardinal par Sa sainteté le Pape. Il participera à la réflexion de Fès aux côtés des frères de Notre Dame de l’Atlas (Midelt). Ces moines viennent chaque année pour partager leurs histoires, amitiés et itinéraires de voyages. Portés par le sens de transmission et du savoir, ils soulignent que «la société la plus développée est celle qui élève notre humanité dès notre naissance». Pour cette édition 2019, ils devront exprimer le sens de l’humanité et de la solidarité par la religion, l’éducation et le sens de l’humain. Mais, pas de crainte. «Car, les valeurs et les personnes rencontrées à Fès nous ramènent à nous dévoiler, retrouver les attaches et faire résonner les souvenirs…comme dans un cheminement de libération», conclut l’artiste Amal Ayouche.  o

                                                                              

    Les tariqas animent les nuits de Fès

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    Parallèlement au marathon de la réflexion, les chants soufis des tariqas continuent d’animer les soirées de Fès, à la grande salle de la Commune de Fès. Celle du lundi 21 octobre était l’œuvre de la Tariqa Sharqawiya. Elle a invité le public à des moments spirituels, d’écoute de soi et de stimulation. D’autres artistes défileront tout au long de ce festival. Y figurent notamment Fatima Zohra Qortobi, Farzaneh Joorabchi, Ferhat Oguz Korc, le poète Khaled Roumo, Leili Anvar, Théophile de Wallensbourg, la confrérie turque Halveti ussaki et ses derviches tourneurs, le chef d’orchestre fassi Mostafa Amri, sans oublier la Hadra fassia de femmes. Tous s’inscrivent dans le dialogue et répondent à une même quête de sens: découvrir comment le monde est un dans la diversité.

    Youness SAAD ALAMI

     

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