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    Tribune

    Le nouveau modèle, c’est pour les femmes aussi!

    Par Fawzia Talout Meknassi | Edition N°:5593 Le 16/09/2019 | Partager

    Militante pour les droits économiques des femmes, Fawzia Talout Meknassi est actuellement directrice associée de l’agence Presma Com et directrice de publication de la revue digitale magfarah.com. Elle préside le Réseau des femmes artisanes du Maroc. Elle s’est entre autres occupée des relations publiques de la visite officielle de Hillary Clinton. Elle a co-écrit, avec le Pr. Abdelhak El Merini, un livre d’histoire, «Les femmes marocaines, de l’indépendance à nos jours», ouvrage qu’elle a présenté à feu Hassan II. On sait peu qu’elle a été nominée pour un prix Nobel de la paix dans le cadre d’un mouvement «1.000 femmes pour la paix». La revue Marie Claire l’a choisie pour figurer avec les «100 femmes qui font avancer le monde-1995» (Ph. FTM)

    Pour des raisons professionnelles, j’ai eu à préparer des courriers destinés à des dirigeants d’entreprises marocaines. Au moment de les signer, j’ai réalisé que sur la trentaine de présidents de banques, de compagnies d’assurances, des entreprises industrielles, etc. aucune lettre n’était adressée à une femme. Ce fait m’avait apparu subitement impensable!

    Pourtant, sur n’importe quel boulevard d’une ville du Maroc, aussi bien au sud, qu’au nord, à l’est qu’à l’ouest, nous rencontrons les femmes marocaines, toutes couches sociales confondues. Elles sont là, omniprésentes.

    Un siècle d’amélioration

    Au regard de l’évolution actuelle, le XXe siècle a été pour les femmes de mon pays un siècle où elles ont pu améliorer leurs conditions sociales et faire aboutir leurs revendications économiques, politiques et juridiques. Pour la plupart, elles ont eu à se battre, sans être réellement en opposition, avec des traditions paralysantes et une culture masculine machiste, brimant tout effort d’émancipation.

    Personne ne nie les progrès dans le domaine de l’émancipation ou l’autonomisation des femmes. La réforme de la Moudawana en février 2004 puis la Constitution de 2011 sont un tournant historique pour l’égalité femmes/hommes et l’engagement de le respecter.

    La loi fondamentale du Maroc précise, dès son préambule, que «le Royaume du Maroc s’engage à bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque en raison de sexe». L’émancipation de la femme est au plus haut niveau de la hiérarchie des normes du droit.

    Et pourtant, les résultats pour l’année 2018 (HCP) sont mitigés. La société marocaine reconnaît-elle réellement les capacités et les compétences des femmes aussi bien dans la sphère privée qu’au niveau des institutions?

    Le taux d’activité des femmes est de 22,4%, contre 71,6% pour les hommes.   Un quart des filles de 15 à 17 ans ne travaillent pas, n’étudient pas et ne suivent aucune formation. Ce taux n’est que de 5,1% pour les garçons. Par ailleurs, le mémorandum économique 2017 de la Banque mondiale a signalé les écarts importants de salaire entre hommes et femmes. Ces derniers peuvent atteindre les 77%.

    Les taux de chômage (personnes voulant travailler sans trouver d’emploi, par rapport à la population en âge de travailler) montrent aussi des différences importantes. Il est de 14,7% chez les femmes contre 8,8% chez les hommes, toujours selon le HCP. 

    Un tiers de la population est analphabète. Une charrette bancale à trois roues qui touche plus les femmes avec un taux de 41,9% contre 22,1% pour la population masculine et le taux inadmissible de 83% des femmes rurales toujours analphabètes. Ce ratio est inquiétant.

    Sur le plan politique, leur représentation demeure faible avec accès limité aux fonctions électives aussi bien territoriales que nationales. La participation des femmes aux postes de leadership et de décideurs au niveau des partis politiques et les institutions représentatives est insignifiante. 

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    Les brodeuses et couturières ayant réalisé des caftans de haute couture pour le défilé Dar Mâalma. Au centre avec un bouquet de fleurs, Fawzia Talout Meknassi, fondatrice de l’association pour développer l’autonomie des femmes, par leur autonomie économique (Ph. L’Economiste)

    Mais le plus grave à notre sens, est que cette discrimination à l’égard des femmes tend à reproduire et perpétuer les inégalités sociales à travers les générations. Les spécificités culturelles marocaines et les traditions différencient entre le masculin et le féminin et donnent la priorité au garçon au détriment de la fille. Et ces différentes formes d’exclusion que connaissent les femmes: sociale, culturelle, économique, politique, professionnelle, ont une forte probabilité pour qu’elles soient  transmises à leurs enfants,  perpétuant le cycle de la discrimination.

    Dans l’axe du nouveau modèle, nous, les femmes marocaines, voulons voir nos députées, pour la plupart élues à la faveur d’un quota laissé à la libre appréciation des hommes des partis politiques, prendre des initiatives. Ne serait-ce que de demander une séance de débat au Parlement pour analyser et commenter ces résultats. Rassurez-vous mesdames, le  8 mars organisera ses manifestations, hommages, conférences ou discours en langue de bois. D’ici là, gérons le quotidien sans vision, ni stratégie.

    Soulignons que la discrimination ne frappe pas que les femmes dans une situation précaire. Les femmes ont un accès trop limité aux fonctions de responsabilité dans les entreprises privées, au niveau de la fonction publique. L’égalité homme/femme est encore loin d’être un construit social.

    Bousculade de «mules» à Bab Sebta

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    (Ph. L’Economiste)

    Les femmes marocaines n’ont pu accéder à l’enseignement qu’au début des années 1930, avec l’émergence des mouvements de libération nationaliste (Haraka al-wataniya), que l’on commence à penser à la création d’écoles pour jeunes filles. Les premières écoles créées par les nationalistes étaient des écoles clandestines. Par la suite, le protectorat français installa deux écoles pour jeunes filles «musulmanes», une à Fès et une à Rabat.

    Egalité constitutionnelle…

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    Association pour le Progrès des Dirigeants (et des dirigeantes):  de droite à gauche Amal Darid, urgentiste et directrice du CRTS, Neila Tazi présidente de la Fédération des industries culturelles de la CGEM, Narjiss Loudiyi, entrepreneure, Farida Jirari secrétaire Générale de l’APD, Yasmina Sbihi, architecte et écrivaine, Laila Slassi, avocate d’affaires et Asmaa Belfassi, animatrice et productrice télévision. Il y a longtemps que les femmes ont quitté la sphère privée pour investir massivement l’espace public (Ph. L’Economiste)

    Art.19 de la Constitution 2011: «L’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental, énoncés dans le présent titre et dans les autres dispositions de la Constitution, ainsi que dans les conventions et pactes internationaux dûment ratifiés par le Royaume et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume. L’Etat marocain œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes. Il est créé, à cet effet, une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination».

                                                                                      

    «Partage» des tâches

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    (Ph. L’Economiste)

    Aussi malgré les réformes remarquables réalisées, nous constatons l’exclusion des femmes du processus de développement social. L’un des défis les plus importants demeure celui de la situation des femmes en milieu rural, en raison d’une double problématique, celle du développement économique et social et celle du respect des droits fondamentaux de la personne humaine.
    Certes l’Etat a mis en œuvre des programmes, visant à atténuer les impacts de la pauvreté sur les femmes, le plus important demeure l’INDH. Mais ces mesures ont tendance à bénéficier plus aux hommes qu’aux femmes, et aux femmes urbaines plus qu’aux femmes rurales. Ces programmes et leur déploiement ont besoin d’être évalués, à la lumière d’indicateurs transparents de résultats, d’impacts et des statistiques du HCP et de la Banque mondiale.

     

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