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    Tribune

    Réforme des partis politiques, un chantier qui urge

    Par Salah GRINE | Edition N°:5588 Le 09/09/2019 | Partager

    Actuellement conseiller fiscal d’un groupe parlementaire,  Salah Grine est expert-comptable DPLE. Il a été vice-président du Conseil régional de Rabat et nord de l’Ordre des experts-comptables.   Gérant associé d’un cabinet d’expertise comptable, enseignant universitaire et formateur en analyse financière et montage de dossiers de crédits dans le secteur bancaire, il a publié plusieurs livres destinés aux étudiants et aux professionnels,  dont «Le Tableau de financement analytique, de l’analyse financière à l’analyse stratégique» et «Financement bancaire des entreprises, de l’usage de l’analyse financière au montage du dossier de crédit» (Ph. S.G.)

    A l’accession de SM Mohammed VI au trône et avec toutes les perspectives qu’elle ouvrait, l’auteur  de ces lignes avait, dans un article publié en 1999(1), émis le vœu de voir le Maroc doté d’une loi sur les partis politiques pour en augmenter l’efficience,  les mettre sérieusement au service du pays et surtout enrayer leur descente aux enfers qui, soit dit en passant, avait commencé bien avant.

    En 2006, ce vœu fut exaucé et la loi 36-04 sur les partis politiques fut votée et ce fut une première, même la France, dont s’inspire souvent le Maroc, n’en avait pas une pareille. Plus d’une décennie s’est écoulée depuis, et à voir l’état de déliquescence de nombre de nos partis politiques, force est de constater que la loi en question a lamentablement manqué son objectif. C

    omme en attestent le taux de participation aux élections, de plus en plus faible, et tout dernièrement la crise d’Al Hoceïma où nos partis politiques ont surtout brillé par leur inefficacité, si ce n’est par leur absence.

    Nos partis politiques n’ont majoritairement, pour ne pas dire tous, que très peu d’emprise sur nos compatriotes et n’assument et n’assurent que très faiblement la mission qui leur est dévolue par la Constitution, à savoir l’encadrement de nos concitoyens pour en être le légitime porte-voix et servir de corps intermédiaires.

    Une mission qui les appelle à ne jamais faillir aux devoirs de traiter des questions délicates, d’être source de proposition et surtout de se mettre au service de ceux qui subissent l’histoire plutôt que de ceux qui «font» ou voudraient la faire.

    A l’heure où le pays est en train de mettre les bouchées doubles pour  tracer les contours d’un nouveau modèle de développement,  l’on ne semble pas trop se préoccuper des femmes et des hommes qui auront à le mettre en œuvre, l’ajuster, si nécessaire, et y faire adhérer le plus grand nombre de nos compatriotes.

    Des femmes et des hommes qui, démocratie oblige, doivent être l’émanation de nos partis politiques qui, hélas, sont, dans leur majorité, loin de faire montre de leur capacité à en «produire».  Et ce, pour moult raisons, la principale étant le manque criant de culture et de pratique démocratiques au sein de nos partis politiques qui sont devenus, dans leur majorité, de véritables repoussoirs pour beaucoup de ceux qui voudraient et pourraient, réellement et efficacement, servir le pays.

    Rien d’étonnant lorsque la préoccupation principale des dirigeants est de se maintenir à la tête du parti plutôt que d’en faire un outil au service du pays. Rien d’étonnant lorsque la «denrée» qui se fait de plus en plus rare dans nos partis politiques est «la vertu politique» que le philosophe des Lumières, Montesquieu, considérait comme l’un des trois fondements de la démocratie(2).

    Cette vertu politique qui consiste en «l’amour des lois et de la Patrie» et qui exige «une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre», c’est-à-dire «le rejet de la cupidité et de l’ambition personnelle débridée». Ce déficit de «vertu politique» a fait dévier de leur trajectoire naturelle la majorité de nos partis politiques où la course aveuglante aux positions et autres  avantages est devenue la préoccupation, voire l’occupation principale, et ce à tous les niveaux. Pour le débat démocratique et public sur les programmes et les visions, pour les idées et les projets… circulez, il n’y a rien à voir!

    Des partis politiques forts pour immuniser le pays

    Dans un pays qui a encore beaucoup de déficits à combler, où les frustrations ne manquent pas, où le sentiment de «hogra» reste relativement bien répandu et où le «Maroc bashing» est de plus en plus le sport favori même des élites les plus averties, l’absence de partis politiques forts, capables d’amortir et de canaliser les colères et les revendications, fait prendre au Maroc un risque, très élevé, d’une déstabilisation par les réseaux sociaux; ce «cinquième pouvoir» qui, à l’ère de «tout et tout de suite», peut mobiliser en grand nombre et en un temps record pour des causes qui ne sont pas toujours des plus justes, ni des plus louables. Un pouvoir dont il nous est donné, chaque jour, à voir tous les dégâts qu’il est capable de produire.
    Dans un monde de compétition exacerbée et en perte de valeurs et où tout s’accélère, le Maroc ne peut plus se payer le luxe de laisser en déshérence  ses partis politiques qui doivent urgemment être non seulement mis à niveau, mais complètement  réinventés.  Et ce, pour qu’ils puissent s’acquitter convenablement de la cruciale mission qui leur incombe dans la protection et le développement du pays en l’alimentant par des idées et des projets et en favorisant l’émergence de femmes et d’hommes capables de les porter. Et, également,  pour qu’ils soient ce qu’ils devaient toujours être: de véritables écoles de la démocratie, des espaces d’expression du génie national, un vivier et un réservoir de compétences pour le pays. 

                                                                                       

    Les contours de la réforme

    Dans le royaume des démocrates non pratiquants qu’est «le plus beau pays du monde», où beaucoup d’acteurs politiques  sont pour la démocratie si et seulement si elle assure leur élection ou réélection, la mise à niveau des partis politiques requiert, à notre humble avis, la mise à plat de la loi 36-04 pour qu’elle puisse enfin atteindre les nobles et ambitieux objectifs qu’énonce son préambule et ce, en en comblant, rapidement et efficacement, les nombreuses et béantes brèches qui ont donné lieu à toutes sortes d’abus, notamment en matière de désignation, de composition et de fonctionnement des instances dirigeantes, sources de tous les maux.

    «Les élections organisées en amont, pendant ou en aval des congrès de nos partis sont, souvent, à mille lieues de respecter les conditions minimales à même d’assurer l’égalité des chances et une compétition loyale entre les différents candidats. Si bien que, paradoxalement, les conditions d’accès à un mandat électif dans une toute petite commune sont devenues autrement plus rigoureuses que dans un parti politique».

    Outre la mise en place d’un dispositif  suffisamment élaboré permettant d’améliorer la gouvernance de nos partis politiques, d’y faire respecter la démocratie et  d’y assurer le débat démocratique ainsi que le nécessaire renouvellement des dirigeants,  la loi 36-04 gagnerait à être complétée par:

    L’institution de l’obligation de formation des adhérents du parti au corpus des droits de l’homme, aux règles et valeurs de la démocratie, au fonctionnement des institutions nationales et internationales, aux bases de l’économie et du droit, à la géopolitique… Une formation certifiante, à financer sur les deniers publics et à exiger de tout candidat sinon à toutes les élections du moins aux législatives. Parce qu’un  parlementaire qui n’y connaîtrait rien aux domaines susvisés aurait une valeur ajoutée nulle, voire négative car facilement manipulable.

    Le renforcement de la transparence par la publication au Bulletin officiel du projet et de la version définitive des statuts, des thèses et du programme économique, de la liste des adhérents élus aux différentes instances  du parti…

    La mise en place d’un Observatoire de ce patrimoine immatériel commun, si vital pour le jeu démocratique, le renforcement des institutions et la stabilité du pays, que sont les partis politiques. Un Observatoire qui aurait, entre autres missions, d’évaluer la gouvernance de nos partis politiques, de superviser l’élection de leurs dirigeants, d’assurer le contrôle de la formation de leurs adhérents et le respect de leurs obligations en matière de transparence, de mesurer leur contribution effective dans l’encadrement des citoyens (prises de positions, organisation de conférences, meetings, pétitions, coordinations…). Une contribution qui pourrait, par ailleurs, servir de base pour le calcul du montant des subventions dont ils bénéficient actuellement sur la base des voix récoltées, qui sont, souvent, «semées» plus par les  candidats que par leurs partis.

    Et parce qu’elle est aussi importante que la mise en place d’un nouveau  modèle de développement, la réforme de nos partis politiques devrait s’appuyer sur la contribution de toutes les forces vives du pays dans le cadre d’une consultation citoyenne suivie d’assises nationales; «car il s’agit là d’une question qui conditionne l’avenir du pays et qui en fait, par conséquent, une affaire de la Nation, toute la Nation, et pas uniquement des partis politiques comme l’on a tendance à le faire croire».

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    (1) Intitulé «La loi, pour démocratiser les partis politiques», publié dans «Le Journal», hebdomadaire, aujourd’hui disparu.
    (2) Les deux autres étant la justice et la liberté.

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