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    Dossier Spécial

    Quatre parcours, quatre frustrations

    Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5575 Le 16/08/2019 | Partager
    Difficultés à trouver de l’emploi à hauteur des potentiels
    Rêve d’Europe et de la fonction publique
    Portraits dressés par la Banque mondiale
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    «Les chances d’un fils d’ouvrier de devenir employé non agricole sont seulement de 1,9%», souligne la Banque mondiale dans son mémorandum sur le Maroc (Ph. L’Economiste)

    A quoi aspirent les jeunes, quels sont les obstacles auxquels ils se heurtent? Les chiffres sur le chômage constituent un indicateur important. Le taux est de 26% parmi les 15- 24 ans et 43,2% parmi les citadins de cette même tranche d’âge. Les diplômés tout autant que ceux qui ont un faible niveau de qualification ont du mal à intégrer la vie active. D’autres sont sous employés, ne trouvent pas de postes correspondant à leur niveau d’études. 

    Comprendre la source des difficultés des jeunes, leurs ambitions et leurs frustrations… constitue un premier pas vers la formulation d’éventuelles solutions à leurs problèmes. Dans son mémorandum sur le Maroc, la Banque mondiale a dressé le parcours de quatre jeunes qui illustrent bien le vécu des jeunes.

    Elle s’est arrêtée sur les contraintes  auxquelles font face quatre groupes de jeunes pour réaliser leur potentiel et ainsi contribuer de manière significative à l’augmentation de la productivité du pays. Regroupés en fonction de leur qualification, ces jeunes ont des trajectoires représentatives de celles de nombreuses personnes  et illustrent les disparités sociales. 

    Ils sont surtout confrontés à une même réalité: «la difficulté de trouver un emploi à la hauteur de leur potentiel et de leurs ambitions et plus généralement de se hisser dans la société sur la base de leurs efforts et de leur mérite», note la Banque mondiale.

    Les difficultés d’insertion auxquelles font face les jeunes sont le miroir des obstacles majeurs à un développement économique plus rapide: l’étroitesse du tissu industriel, la faible qualité de l’enseignement, un déficit de demande de compétences de la part des entreprises et un système incitatif qui détourne de nombreux talents de la recherche, de la transmission du savoir et de l’entrepreneuriat, entravant la montée en gamme de l’économie marocaine.

    • Amine, non qualifié,  rêve de traverser la Méditerranée
    Né à Bouarfa, Amine est le sixième enfant d’une famille de petits agriculteurs. Elevé dans la maison de ses grands-parents, sans accès à l’eau courante et sans latrines, Amine a  pris le chemin de l’école publique grâce au programme Tayssir sans parvenir à acquérir les bases de l’arabe ou du français écrit. Ses parents étant analphabètes, il n’est pas non plus parvenu à  compenser les défaillances de l’école publique par un soutien à la maison. De plus, personne dans son entourage  ne s’intéressait réellement à son éducation. Une fois le cycle primaire terminé, il a fréquenté le collège du village voisin avant de renoncer, découragé par la durée des trajets et le  sentiment d’échec. Amine a fini par  rejoindre les 250.000 jeunes qui décrochent chaque année du système scolaire avant l’obtention du baccalauréat. Son  parcours «professionnel» commence par le métier d’agriculteur saisonnier et de porteur sur les marchés. La rareté et la faible rémunération des emplois agricoles autour de Bouarfa l’ont conduit à chercher du travail  à Oujda où il espérait trouver un emploi formel dans une usine.  Mais il a rapidement désenchanté: les entreprises industrielles étaient rares et recrutaient peu et principalement des ouvriers qualifiés, détenteurs du baccalauréat. «Ce qu’Amine ne savait pas, c’est que l’emploi industriel, qui n’a jamais été très élevé au Maroc, décline depuis plusieurs décennies et que les chances d’un fils d’ouvrier de devenir employé non agricole sont seulement de 1,9%», soulignent les auteurs du rapport de la Banque mondiale. Ce jeune s’est donc rabattu sur divers petits métiers de service avant de rejoindre un chantier de construction. «Avec les autres travailleurs, il vit sur place et arrive à économiser de l’argent pour lui. Le rêve d’une vie meilleure de l’autre côté de la Méditerranée s’est installé en lui et il songe à rejoindre l’Europe».

    • Nisrine ne jure que par la fonction publique
    Nisrine habite avec ses quatre frères et sœurs dans un quartier populaire à Beni Mellal où ses parents sont employés de bureau. Comme elle est l’aînée, ses parents ont placé beaucoup d’espoir en elle et rêvent qu’elle puisse être la première de la famille à faire des études supérieures pour ensuite intégrer la fonction publique. Faute de moyens, ils n’ont pas pu la placer dans une école privée réputée de meilleure qualité, mais ils lui ont payé des cours particuliers. «Ils sont représentatifs d’une grande partie des parents marocains qui ont perdu confiance dans l’école publique», indique le rapport de la Banque mondiale. Nisrine n’avait aucune activité extra-scolaire, et aucune personnalité marocaine de premier plan n’a peuplé ses rêves de jeune fille. Après avoir décroché son bac, elle a rejoint les bancs de l’université en sciences juridiques. Le choix s’est fait par défaut, puisqu’elle n’a jamais (comme c’est le cas pour 60% des lycéens) rencontré de conseiller d’orientation pour l’aider à développer son projet d’études. Elle a tout de même terminé son parcours universitaire. Sauf qu’elle a acquis peu de compétences: sa maîtrise de l’arabe et du français est fragile. Ses lacunes linguistiques constituent un handicap majeur pour son insertion professionnelle. Après 3 ans de chômage et de recherche d’emploi, Nisrine a décidé de se payer une formation complémentaire en bureautique. Ce qui l’a aidée à décrocher un travail informel dans une papeterie. Pour autant, elle n’a pas renoncé à son objectif de rejoindre la fonction publique qui offre un emploi à vie, une progression professionnelle automatique, une assurance maladie, une retraite et l’accès au crédit pour le logement. Pour elle, le secteur privé est synonyme d’instabilité, d’insécurité et de précarité sociale.

    • Kawtar: Qualifiée mais manque d’opportunités
    Née à Rabat, dans une famille de la classe moyenne supérieure, Kawtar est fille de deux cadres fonctionnaires. Elle est la cadette de trois enfants. La priorité de ses parents diplômés, bilingues, a toujours été d’offrir à leurs enfants le meilleur avenir possible. Ils ont consenti des sacrifices financiers pour que leurs enfants puissent poursuivre un cursus scolaire de qualité.  «Ils font partie de cette classe moyenne marocaine qui a tant de difficultés à émerger et qui s’endette en partie en raison des insuffisances des services publics», souligne le rapport. Kawtar a eu son bac avec mention. Elle était capable de s’exprimer couramment en français et en arabe. Au terme d’un parcours scolaire exemplaire, Kawtar a obtenu un master en marketing stratégique. Elle fait partie des 10% de jeunes de sa classe d’âge qui peuvent envisager l’avenir sereinement au moment où le taux d’emploi des diplômés d’instituts supérieurs est de l’ordre de 80%.  Sauf que les nombreux entretiens d’embauche n’aboutissent pas: parfois on l’estime surqualifiée et parfois manquant d’expérience. En attendant mieux, elle décide de commencer sa carrière en tant que conseillère clientèle dans un centre d’appel. Après une année, elle a enfin l’opportunité de rejoindre comme enseignante une école de management privée moyennement réputée.

    • Réda: La bureaucratie brise le projet d’entreprise
    D’une famille aisée, d’un père homme d’affaires et d’une mère médecin, Réda a grandi  à Casablanca avec sa petite sœur dans une atmosphère familiale confortable et rassurante. Scolarisé dans un système scolaire étranger, Réda maîtrisait parfaitement le français, l’anglais et l’arabe et avait acquis un socle de compétences solides, tant du point de vue académique que comportementale. En parallèle à ses études, il pratiquait de nombreuses activités sportives. Il a poursuivi ses études supérieures en dehors du Maroc dans une grande école d’ingénieur.  Après l’obtention de son diplôme, ce jeune a été immédiatement embauché par une multinationale française du secteur de la chimie comme chercheur dans le département R&D. Fort de ses 5 années d’expérience professionnelle à l’international, Réda a décidé de rentrer au Maroc et d’être utile à l’université ou dans le département R&D d’un grand groupe marocain. Malheureusement, les programmes et les structures de recherches sont peu attractifs à l’université et les fonctions de R&D et d’innovation sont peu développées dans les grands groupes marocains.
    Réda a alors décidé de lancer son propre projet avec un partenaire étranger, mais il a été confronté à la bureaucratie et à un environnement des affaires difficile. Après avoir renoncé à l’entrepreneuriat, Réda a rejoint d’anciens camarades de promotion dans un grand groupe public marocain. Il y bénéficie d’un salaire élevé, d’un emploi à vie et d’autres avantages destinés aux serviteurs et commis de l’Etat.

    Khadija MASMOUDI

     

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