×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Dossier Spécial

    Villes: L’urgence de revoir les modes d’intervention

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5565 Le 26/07/2019 | Partager
    La politique de la ville n’a pas abouti aux résultats escomptés
    Désorganisation, perte d’identité, ruralisation… les dysfonctionnements persistent
    Appel à une nouvelle approche axée sur un
    ville_marocaine_065.jpg

    La résorption des inégalités en matière d’accès aux services de base devra passer par une refonte de la conception de la gouvernance au niveau local. Dans cette nouvelle logique, l’action des autorités publiques devra être combinée aux initiatives privées, dans une approche globale de production de biens et de services communs

    Désorganisation, perte d’iden­tité, urbanisation en tâche d’huile, ruralisa­tion des centres urbains… les villes maro­caines continuent de souffrir d’une série de maux, dus à l’absence de «projets de territoires» bien articulés, basés sur une planification prospective. Cette situation est due également à la forte pression liée à l’exode rural. Le taux d’urbanisation a dé­passé les 60% et devra atteindre 70% dans quelques années. Ces évolutions ont conduit à une incohérence des territoires.

    Le gou­vernement en est conscient. Le ministère de tutelle a réalisé des études sur ce sujet, mettant l’accent sur «une métropolisation à plusieurs vitesses des villes moyennes, qui ont du mal à jouer un rôle d’équilibre et à polariser leurs espaces, et des petites villes qui restent cantonnées dans un rôle d’encadrement». Aujourd’hui, la refonte de la stratégie de planification territoriale des villes est une urgence.

    D’autant que les villes «ne sont plus des subdivisions admi­nistratives de l’espace national, mais plutôt des multiplicateurs autonomes de déve­loppement», selon une récente étude du ministère de l’Aménagement du territoire. L’idée est d’éviter les inégalités territoriales et en finir avec la logique des Maroc utile et inutile.

    Les manifestations ayant touché des villes comme Al Hoceïma, Jerada ou encore Zagoura cristallisent les défaillances ayant marqué le processus de développement, avec de grands déficits dans les domaines économique et social. «Richesse et inclu­sion sociale ne coïncident pas forcément. Une croissance économique peut s’accom­pagner de performances médiocres en ma­tière de développement humain et social», selon le rapport du département d’Aména­gement du territoire sur «Les dynamiques et disparités territoriales».

    Pendant des années, l’objectif était de résorber l’énorme déficit en logements. Pour l’Etat, cette approche quantitative était nécessaire pour répondre aux besoins accumulés depuis de longues années, paral­lèlement à l’objectif d’éradiquer les villes sans bidonvilles. Néanmoins, la stratégie des villes nouvelles n’a pas connu un grand succès. En témoignent les problèmes ayant

     marqué certaines d’entre elles, comme Tamesna. Au point de pousser le minis­tère de tutelle à mettre en place des plans de relance, afin de redonner vie à ces ter­ritoires. Dans ce panorama, l’éco-cité de Zenata semble émerger du lot, notamment en misant sur les aspects de durabilité et d’inclusion socio-économique.

    ville-de-rabat-065.jpg

    Pauvreté, marginalisation, déficit en services publics… les villes continuent de concentrer de gros problèmes économiques, sociaux et environnementaux. Aujourd’hui, l’objectif est de changer de mode opératoire, en vue de faire des villes des territoires fertils pour l’innovation sociale, la durabilité et la créativité (Ph Bziouat)

    Si le diagnostic est largement partagé, l’objectif aujourd’hui est d’accélérer la mise en place de réponses cohérentes pour assu­rer «la fluidité des transformations territo­riales». Un concept défendu par l’actuel mi­nistre de l’Habitat, qui a appelé, à plusieurs reprises, à «se concentrer sur les solutions», notamment en misant sur un modèle d’ur­banisme renouvelé et proactif.

    La politique de la ville, introduite il y a quelques années comme un secteur gouvernemental à part entière, n’a pas été un succès. Ceci est dû à la multiplication des intervenants en matière de développement urbain, à la faiblesse de la coordination. Actuellement, l’un des principaux chantiers déterminant la mise à niveau des villes marocaines porte sur l’ac­tualisation des documents d’urbanisme.

    Là aussi, le diagnostic est largement partagé. Le ministre de tutelle, qui a promis une nou­velle génération de documents, avait recon­nu que «les plans d’aménagement pèchent par excès de détails, les rendant difficiles à appliquer». D’où l’importance de la refonte du modèle actuel, afin de favoriser une approche permettant d’anticiper les trans­formations.

    Pour l’instant, les politiques de résorption du déficit en habitat et la lutte contre l’insalubrité urbaine sont loin de répondre à une vision cohérente de mise à niveau urbaine. Il s’agit plus d’une approche réparatrice qu’anticipative. D’où l’impor­tance de la planification stratégique, dans le cadre d’une vision globale de la politique de la ville.

    La dimension environnementale doit également être prise en compte. L’idée est d’agir, en amont, au niveau de certains territoires, notamment dans le monde rural, pour assurer l’ancrage des populations et atténuer le phénomène d’exode et la pres­sion sur les villes.

                                                                       

     Quel impact de la déconcentration

    La nouvelle approche mise en avant en matière de planification urbaine veut favoriser une plus grande implication des acteurs locaux. L’idée est d’apporter une meilleure réponse aux déficits et une plus grande fluidité des interventions. Dans cette nouvelle configuration, le processus de déconcentration devra jouer un rôle décisif.

    Après l’adoption de la Charte de déconcentration, les différents ministères, administrations et établissements publics se penchent actuellement sur l’élabora­tion des schémas directeurs pour le trans­fert des attributions vers les démembre­ments déconcentrés. L’implémentation de ce nouveau modèle se fera de façon progressive, afin d’éviter les défaillances des expériences précédentes, comme l’a expliqué le chef du gouvernement.

    Au­jourd’hui, il s’agit, selon lui, «d’instaurer une véritable déconcentration, garantis­sant une répartition équilibrée des attribu­tions et des moyens entre le centre et les services déconcentrés».

                                                                                  

    Eco-cité Zenata, un modèle à dupliquer?

    eco-cite_zenata_065.jpg

    Contrairement à d’autres expériences, l’éco-cité Zenata est considérée comme un véritable modèle à suivre. Pour ses promoteurs, mais également pour les autres Agences de développement impliquées dans ce projet, les éléments de réussite ont été pensés selon une approche cohérente.

    D’une superficie de 1.830 hectares, l’éco-cité est conçue selon une philosophie ambitieuse: faire des contraintes de son territoire des opportunités. Elle intègre d’une manière durable trois piliers fondamentaux: l’environnemental, le social et l’économique.

    A travers une mixité sociale et spatiale, le projet a pour ambition de créer une nouvelle centralité urbaine en mesure de répondre aux enjeux liés à l’émergence de la classe moyenne, notamment via le développement de services à forte valeur ajoutée.
    Cela est accompagné de l’introduction d’autres dimensions, notamment en misant sur le sport, en tant que vecteur de transmission de valeurs d’intégrité, d’abnégation et d’inclusion. C’est décisif pour favoriser une meilleure implication des jeunes dans le processus de développement économique et social de leur cité. Sur le plan environnemental, Zenata sera la seule ville marocaine qui dépassera le ratio d’espaces verts par habitant préconisé par l’OMS (soit 10 m2/habitant).

    En effet, avec ses 470 hectares d’espaces verts (près du tiers de la superficie globale), ce ratio pourrait dépasser les 15 m2/habitant. Un corridor écologique (ou axe métropolitain) formera une sorte de «colonne vertébrale» de la ville, autour de laquelle se structure la 1re zone de développement (40 hectares).

    Cet axe sera animé par des équipements culturels, sportifs, de loisirs, un parc (150 hectares) qui débouchera sur le littoral, avec une promenade de 5 km (hôtels, restaurants…). De même, le sens des vents est étudié pour permettre la ventilation naturelle de la ville. Ce qui permettra une réduction de la température de 2 à 3 degrés en été et une régulation de l’humidité en hiver. Les eaux de pluies, collectées et acheminées vers des bassins de rétention, serviront  pour l’irrigation des espaces verts.

    M.A.M

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc