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    Analyse

    Enquête L’Economiste-Sunergia: Entreprises sociales, écoresponsables... Grosses surprises au Maroc!

    Par Nadia SALAH | Edition N°:5563 Le 24/07/2019 | Partager
    Le secteur est plus présent qu’on ne l’imaginait
    Chez les consommateurs, bien peu de différences, d’un profil à l’autre
    Les producteurs ratent de belles occasions
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    C’est une grande surprise: les Marocains connaissent beaucoup mieux qu’on ne le pense les produits de l’économie sociale ou écoresponsable. Moins de 1/10 dit ne pas savoir ce que c’est ou ne pas y attacher d’importance.

    L’affaire est entendue: il ne faut plus imaginer que les pays et  les populations passent par des stades identiques, les uns après les autres. Pas du tout. Qui aurait cru que les gens répondent à une question a priori abstraite: «Consommez-vous des produits issus des entreprises écoresponsables ou sociales?» Suggéré par la start-up Idyrdesign, le sujet a cartonné dans des proportions difficilement prévisibles.

    D’abord il faut souligner qu’il y a au Maroc des comportements très différents de ce que l’on sait des marchés européens. Ce secteur est loin d’être marginal ou réservé aux «happy-few», aux «bobos» (les bourgeois bohèmes, souhaitant inventer un autre monde).

    Un monde diversifié

    Au Maroc,  le social est bien installé, il fait partie de la vie de tous les jours. Venu du passé, il s’est remarquablement implanté dans le présent. Aux vues de ces résultats, peut-on dire que toutes les couche sociales, tous les ménages partout au Maroc, quel que soit le genre (voir encadré ci-contre)… consomment ces produits assez spécifiques, selon les mêmes approvisionnements et les mêmes discours? Non évidemment.

    Sur la convergence entre les urbains et les ruraux, le bureau d’études Sunergia explique que chez les urbains, l’achat est un acte volontaire. Par contre, à la campagne c’est un geste naturel. Cette explication du bureau d’études s’appuie sur les contacts entre ses enquêteurs et les personnes interrogées. 

    Quoi qu’il en soit, le Maroc n’est pas dans le système européen des réseaux spécialisés et chers, tant pour la production que pour la distribution. Cela vaut pour les produits bio («terroirs» ou pas) mais aussi pour les cercles d’entraide et les divers services ou coopératives. Dans un tout autre ordre d’idées, il existe aussi le label RSE qui entre dans les possibilités de choix des acheteurs. Cela vaut pour les acheteurs finals comme pour les inputs.

    Néanmoins, pour le consommateur, il est difficile d’identifier les entreprises titulaires du Label RSE de la CGEM. En effet, elles ne communiquent que très peu et ne font pas de publicité ni pour la promotion de leurs produits ni pour la réputation de l’institution.

    Occasions manquées

    On dirait que les entreprises labélisées vivent ce processus comme une obligation «hors-sol», sans lien avec leur politique commerciale. Si l’on observe les chiffres de cette enquête, il est certain que les sociétés se privent d’opportunités évidentes.

    L’immense majorité des Marocains sait de quoi l’on parle: moins de 10% c’est-à-dire une part à peine significative, soit n’y fait pas attention, soit ne sait pas ce que c’est. Au sein de l’immense majorité qui connaît le secteur et s’y sert, une petite majorité achète. Ce qui est vraiment  beaucoup par rapport aux taux enregistrés en Europe par exemple.

    Personne ne s’attendait à de tels résultats massifs, si bien que l’investigation n’a pas été poussée plus loin. Entre autres, l’enquête ne dit pas comment les choses se passent sur le terrain.

    Il est hautement probable que les liens des familles urbaines avec la campagne restent vivants. L’urbanisation de la majorité des Marocains est récente. On peut penser que ces liens favorisent l’acquisition de biens et services qui échappent à la production et à la commercialisation moderne. Et que c’est cela que les personnes interrogées considèrent comme faisant partie de l’économie sociale et solidaire.

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    Les jeunes intéressés par les produits et services écoresponsables (voir ci-après ce que sont ces produits) sont un peu au-dessus de la moyenne, mais pas beaucoup, juste pour deux points. En revanche la tranche d’âge juste au-dessus, les 24-34 ans, dont la majorité est déjà en ménage avec un ou deux enfants, sont plus attirés.  Plus de la moitié d’entre eux, 57% sont consommateurs fréquents occasionnels

    Le paradoxe du Maroc

    Pour l’instant on ne sait pas, par exemple, quelle part des 330.000 tonnes d’huile de table consommées chaque année au Maroc, vient de l’économie sociale, écoresponsable ou bio.  L’Enquête révèle qu’il y a proportionnellement, autant de ruraux que d’urbains qui consomment les biens et services  écoresponsables: 33%. Mais on voit aussi que sur les 328 personnes qui choisissent ce secteur d’approvisionnement, il y a 79% d’habitants des villes contre «seulement» 21% de résidents à la campagne (pour un échantillon comptant 60% d’urbains et 40% de ruraux).

    Au Maroc, il y a un paradoxe: ce nouveau secteur économique est en même temps un très vieux secteur, venu d’avant la modernisation productive.  Les deux secteurs se côtoient, collaborent ou s’ignorent superbement. 

    Dans le nouveau modèle qu’il faut construire, ce secteur est peu productif au regard des performances de l’agro-industrie ou de l’industrie tout court. Faut-il le pousser à se transformer du point de vue de la productivité? Peut-on réussir ce genre de challenge?

    Faut-il le garder tel qu’il vient du passé ou l’amener à user d’outils contemporains comme le marketing, l’emballage, la labélisation, la certification sanitaire ou technique… Ces outils risquent-ils de transformer l’essence de ce domaine qui plaît beaucoup à ses clients, tel qu’il est?.

                                                                                       

    Un choix de riches? Non, pas du tout!

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    Il faudra enterrer l’idée selon laquelle les produits alternatifs, écoresponsables, issus d’entreprises sociales… sont réservés aux riches. Les plus favorisés se comportent comme le reste de la population face à cette offre, qui au Maroc est loin d’être nouvelle.

    Une fois ce nouvel axiome bien posé par les chiffres de l’enquête, il faudra rechercher par quels canaux circulent ces produits? De quels discours sont-ils accompagnés? Faut-il, au pas, changer quelque chose dans ce modèle qui a déjà de fervents supports au ministère de l’Agriculture, mais qui a vu s’amenuiser les soutiens à l’économie coopérative ou mutualiste?

    Quoi qu’il en soit, on peut penser que les canaux  d’accès comme les vecteurs d’informations sont très traditionnels: on va dans sa famille restée sur les terres ancestrales,  pour acheter du «vrai miel», «zit zitoun»… sans toujours bien savoir si on est dans le respect des textes (voir en dernière page de ce dossier). Ou même dans le respect des conditions sanitaires. La puissance de l’abattage clandestin, que beaucoup croient meilleur, montre parfaitement où va la préférence des consommateurs, en dépit des risques.

    N.S.

    Fiche technique

    Comme d’habitude la Bureau d’études de marché, Sunergia, a interrogé valablement un échantillon de 1.000 personnes, représentatives de la population marocaine. La constitution de cet échantillon est baséesur la structure sociale  telle que relevée par lerecensementgénéral de 2014. Voir tableau ci-dessous.

    De même les régions, ville et campagne, sont représentées dans leur strictepart démographique. Les niveaux de vie, par le revenu (ce qui ne veut pas dire le style de vie) donne la répartition suivante :

    - 38% de D-E c'est-à-dire la part la plus pauvre,  regroupées pour atteindre une taille significative : la part des pauvres (ce qui ne veut pas dire le nombre de pauvres) a été divisée par deux en vingt ans au Maroc;

    - 54% de C, la couche moyenne dont on voit clairement son extension d’année en année, elles dominent maintenant le paysage social marocain;

    - 8% de A-B, elles aussi regroupéespour des raisons de signification : ils sont trop peu nombreux.

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