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    Economie

    Les recettes du «miracle» rwandais-DNES à Kigali, Franck FAGNON

    Par Franck FAGNON | Edition N°:5554 Le 11/07/2019 | Partager
    Plus de 7% de croissance en moyenne par an depuis 20 ans
    Le pays veut jouer un rôle moteur sur le continent grâce au numérique
    Africa50 investira dans la cité d’innovation de Kigali
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    Situé dans la région des Grands Lacs, ce petit pays enclavé de 26.000 km2 de 12 millions d’habitants s’est relevé de son triste passé et connaît un dynamisme économique exceptionnel. Il représente aujourd’hui un modèle pour de nombreux pays africains, a insisté Akinwumi Adesina, président de la BAD, en marge de l’assemblée générale des actionnaires de Africa50 à Kigali

    La réputation de ville propre de Kigali n’est pas usurpée. Pas un papier ni sac plastique ne traîne dans les rues. Le «zéro mika» est appliqué ici sans concession. Mais, si le Rwanda, petit pays de 26.000 km2 de plus de 12 millions d’habitants, fait autant parler de lui, ce n’est pas seulement à cause de la propreté de ses rues. Situé dans la région des Grands Lacs, son économie connaît un dynamisme exceptionnel. Elle affiche l’un des taux de croissance les plus élevés du continent et dans le monde: 7,5% en moyenne depuis 2000. Ce rebond est presque un miracle après le génocide des tutsis qui a fait des centaines de milliers de morts en 1994. 
    La croissance du pays s'est beaucoup reposée sur les investissements publics. Il faudra maintenant que le privé assure le relais. En dix ans, le Rwanda a gagné plus de 100 places (il était classé 150e en 2008) dans le classement Doing Business pour se retrouver actuellement au 29e rang, 2e en Afrique. Peu de bureaucratie, une lutte bien réelle contre la corruption, liberté de circulation des personnes (tous les Africains y rentrent sans visa) et des capitaux...
    Pour ce petit pays enclavé, l'attractivité de l'environnement des affaires est un vrai challenge plus qu'ailleurs pour attirer les investisseurs étrangers. En effet, les coûts logistiques, entre autres, peuvent refroidir bien des ambitions. Raison pour laquelle le gouvernement essaie de repousser loin ses frontières en multipliant les partenariats et en promouvant une plus forte intégration des économies africaines. C’est l’un des principaux initiateurs de la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) qui vient de voir le jour. «Ce petit pays a montré qu’avec une vision, tout est possible», a indiqué Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, devant Edouard Ngirente, Premier ministre du Rwanda, et plusieurs autres ministres africains en marge de la cinquième assemblée générale des actionnaires de Africa50, le fonds d’investissement dédié aux infrastructures. 
    Depuis son opérationnalisation, le fonds a surtout financé les projets dans l’énergie, un secteur dans lequel le déficit en infrastructures est immense. Le renforcement des investissements dans les infrastructures numériques apparaissent comme une nécessité pour capter les opportunités de la révolution numérique. «Les TIC peuvent aider les pays africains à effectuer des pas de géant dans la 4e révolution industrielle», souligne Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50. Le Rwanda est en avance sur de nombreux pays du continent sur ce sujet. Africa50 va d’ailleurs y investir dans le projet Kigali Innovation City, un hub technologique, par une prise de participation de 20 à 30%. Le Rwanda aspire à jouer un rôle moteur sur le continent grâce au numérique. «La volonté est de faire de Kigali un pôle d’innovation et d’y connecter tous les pays», relève Paula Ingabire, ministre rwandais des TIC et de l’Innovation. Le pays va servir de laboratoire aux premières innovations qui seront primées par le fonds Africa50. Ce dernier a lancé en mai dernier un challenge d’innovation pour renforcer l’accès à Internet en Afrique.


    Financement infrastructures: Africa50 accélère la cadence

    Basé à Casablanca, le fonds Africa50, dont le Trésor marocain et Bank Al-Maghrib sont actionnaires, a déjà à son actif plusieurs réalisations importantes, surtout dans le secteur de l’énergie en Egypte ou encore au Sénégal. «En trois années d’activité, Africa50 est reconnu comme un acteur majeur dans les infrastructures», se réjouit Alain Ebobissé, directeur général du fonds. Au-delà de la cité d’innovation à Kigali, plusieurs autres projets sont dans le pipe, notamment la construction d’un pont reliant Kinshasa en République démocratique du Congo à Brazzaville au Congo. Africa50 va investir 50 millions de dollars dans ce projet.
    D’une taille de 871 millions de dollars, le fonds veut continuer à mobiliser des ressources auprès des Etats africains et d’autres investisseurs pour accompagner le financement des infrastructures. Il veut attirer au moins deux nouveaux actionnaires par an. A terme, Africa50 vise une taille de 3 milliards de dollars. 


    «Nous venons de très loin»

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    Uzziel Ndagijimana, ministre des Finances et 
    de la Planification économique du Rwanda (Ph. FFa)

    - L’Economiste: Votre PIB progresse à plus de 7% en moyenne l’an depuis 20 ans. Sur quoi repose ce dynamisme?
    - Uzziel Ndagijimana:
    En premier, il y a une vision à long terme qui est minutieusement suivie et évaluée chaque trimestre. La sélection des secteurs, des activités, des investissements publics et la promotion de l'investissement privé contribuent à dynamiser l’activité, tout comme la bonne gestion des finances publiques. Les projets sont généralement exécutés dans les délais. Nous avons zéro tolérance pour la corruption. Tous ces facteurs combinés ont permis de réaliser des taux de croissance supérieur à 7% durant deux décennies.

    - La croissance s'est beaucoup reposée sur les investissements publics. Quid de la place du secteur privé?
    - Le rôle de l'Etat dans l'économie varie selon les étapes de développement. Dans les phases préliminaires, il est très sollicité pour mettre en place des infrastructures et des politiques publiques stables. Tout ceci va favoriser dans une seconde étape une croissance plus rapide. Notre stratégie à moyen terme est de renforcer le poids du secteur privé dans le financement de l'économie en portant sa part de 25% en 2017 à 41% à l'horizon 2024. Pour y arriver, nous avons déployé  plusieurs mécanismes pour soutenir par exemple l'exportation, l'innovation, la formation des ressources humaines. Nous avons un code d'investissement favorable et nous sommes de plus en plus connectés au reste du monde.

    - Comme dans d’autres pays africains, le dynamisme de la croissance ne se retrouve pas forcément dans les indicateurs de développement humain. N’est-ce pas un facteur de risque?
    - Notre croissance est inclusive. Il faut regarder le point de départ. Nous partons d'une situation tragique où nous avons pratiquement perdu tout notre capital humain. Reconstruire tout cela en vingt-cinq ans demande des efforts. Mais nous avons effectué des progrès notamment sur l’accès à l’éducation. L’accès à l’enseignement de base est quasi universel. Pendant ces vingt-cinq ans, nous avons formé nos cadres dans tous les domaines, mais le chemin est encore long. Après avoir résolu le problème d'accès à l’éducation, nos efforts sont concentrés sur la qualité de l'enseignement. Nous voulons nous assurer que les jeunes disposent des qualifications requises pour s'insérer facilement sur le marché de travail.

     

     

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