×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    7.7 milliards

    En Belgique, la langue des signes s’invite dans le secteur touristique

    Par L'Economiste | Edition N°:5543 Le 26/06/2019 | Partager
    belgique_5543.jpg
    L’ensemble du personnel de l’auberge de jeunesse de Bouillon a suivi des cours de langue des signes. Le cours consiste aussi à apprendre d’autres spécificités de la communication avec des personnes sourdes et malentendantes (Source: Dominique Duschesnes)

    Apprendre la langue des signes: une idée saugrenue? Pas pour le personnel de l’auberge de jeunesse de Bouillon, dans le sud de la Belgique, qui a décidé en janvier dernier de se former à cette langue peu connue dans le secteur touristique. L’idée a germé dans la tête de Dominique Duchatel, la directrice de la chaîne Les Auberges de Jeunesse, qui compte une dizaine d’établissements à travers le pays: «Je suis moi-même des cours du soir en langue des signes depuis trois ans. Cela commence à se savoir dans le milieu de la surdité, si bien que nous avons récemment accueilli plusieurs groupes de sourds. Je me suis donc dit que ce serait une bonne idée de former aussi l’ensemble du personnel» Objectif: pouvoir maîtriser les bases de la communication en langue des signes, bien sûr, mais aussi veiller à l’accueil de ce public un peu particulier.
    Pour y parvenir, les treize membres du personnel de l’auberge de jeunesse de Bouillon peuvent compter sur Annie Devos, interprète en langue des signes. Mais dans le réfectoire, où se déroule la formation, on ne peut pas dire que le silence règne. «J’ai beau les initier à la langue des signes, j’utilise tout de même la parole. C’est important pour les sensibiliser à certaines choses, notamment au niveau du contexte et de la culture de la communauté sourde», explique l’interprète. Une sensibilisation aux spécificités de cette communauté qui permet surtout de déconstruire les idées reçues. «La première chose qu’une personne entendante doit comprendre, c’est qu’un sourd n’est pas muet. Il s’exprime simplement avec des modalités différentes. Il faut donc bannir l’expression sourd et muet de notre vocabulaire», insiste Annie Devos. La familiarisation continue avec d’autres spécificités de la communication avec des personnes sourdes et malentendantes. «Certains entendants ont le réflexe d’appeler oralement un sourd, alors que ça ne sert à rien. Pour attirer son attention, il faut plutôt frapper sur la table pour provoquer des petites vibrations, faire de grands gestes dans son champ de vision ou encore éteindre et allumer la lumière à plusieurs reprises», développe l’interprète.
    Autant d’éléments qui permettront au personnel de faciliter la rencontre entre leurs pensionnaires entendants et le public sourd. Une fois passée la phase importante de sensibilisation, les apprentis peuvent entamer la formation langagière à proprement parler, avec un premier défi de taille pour les entendants: celui de penser en images. «Les entendants ont tendance à se braquer sur les mots qu’ils veulent expliquer et essayent de traduire mot à mot. Mais une personne sourde ne fonctionne pas comme ça, elle pense en images. Il faut donc forcer son cerveau à réfléchir de cette façon», explique Annie Devos.
    Et quoi de mieux que le jeu des mimes pour y parvenir. Viennent ensuite les premières notions de base de la langue des signes. «On apprend d’abord tout le vocabulaire d’accueil de base: bonjour, merci, au revoir. Mais j’essaye de ne pas venir avec trop de vocabulaire non plus, ils ne le retiendront pas. Le but n’est pas qu’ils soient bilingues à la fin de la formation mais qu’ils puissent se débrouiller», détaille l’interprète en langue des signes. Pour les y aider, Annie Devos a pensé à tous les métiers représentés au sein de l’auberge. De la cuisinière en passant par le guide touristique ou le personnel de maintenance, personne n’est oublié. Chacun peut, ainsi, assimiler la base du vocabulaire propre à ses attributions.
    Des signes qu’il faut, évidemment, s’exercer à reproduire. Et si certains sont, dans un premier temps, gênés d’essayer, les doigts et les mains finissent très rapidement par se délier. «C’est vraiment sympa, ludique et très enrichissant», confie Jérôme, le directeur adjoint de l’auberge. «Au début, on a un peu peur de ne pas y arriver, mais en fait c’est à la portée de tout le monde». 
    Cette formation en langue des signes, testée au sein de l’établissement de Bouillon durant neuf jours, sert de projet pilote. Un projet qui pourrait, dans un futur proche, s’étendre à l’ensemble du réseau des Auberges de Jeunesse de Belgique. Une initiative qui ravira certainement tous les Belges concernés par la surdité. Selon des chiffres de la Fédération francophone des sourds de Belgique, ils étaient 972.103 en 2017. Soit 8,6% de la population.

    Par Pauline Martial

    le_soir_ijd.jpg
     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc