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    Crise des étudiants en médecine: «Le concours de résidanat restera ouvert à tous!»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5537 Le 18/06/2019 | Partager
    Après les négociations, place à la fermeté
    Il est toujours temps de sauver l’année universitaire!
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    L’effectif des étudiants dans les facultés publiques de médecine et pharmacie et médecine dentaire évolue lentement d’une année à l’autre. Sur 4 ans, il a augmenté de moins de 15%. En 2018-2019, le nombre d’inscrits est passé à 17.914, marquant une légère baisse. Les filles dominent, elles représentent plus de 61,3% des inscrits. Pour leur part, les étudiants des établissements privés sont près de 3.640 cette année, soit un sixième du total des étudiants

    Plus aucune concession pour les revendications des étudiants en médecine et pharmacie, et plus aucune négociation. «Nous pouvons continuer à dialoguer uniquement par rapport aux rattrapages, examens et garanties relatives à certains engagements», déclare le ministre de la Santé, Anas Doukkali.

    En répondant favorablement à 14 réclamations sur les 16 soumises à la table des négociations, le gouvernement estime avoir apporté toutes les concessions possibles. L’heure est désormais à la fermeté. Le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, l’affirme clairement: Si les étudiants continuent de boycotter les examens qui ont démarré le 10 juin, ils vont tout simplement redoubler. Ceux qui ont déjà échoué auparavant risquent d’être révoqués.

    «L’examen continuera jusqu’au 25 juin. Pour le moment, ce sont les étudiants militaires, étrangers et quelques redoublants qui s’y soumettent. Les autres peuvent venir passer des modules. La session de rattrapage, nous pouvons éventuellement la laisser pour septembre», relève Amzazi.

    Il est donc toujours temps de sauver l’année universitaire. Le ministre s’est déjà réuni avec les parents des étudiants pour leur expliquer la situation. Ils adhèrent en majorité au point de vue du ministère. Les enfants, eux, restent solidaires entre eux. «Beaucoup veulent passer l’examen, mais sont menacés, terrorisés par certains de leurs camarades», regrette Amzazi.

    Les représentants des étudiants, eux, campent sur leur position. Ils préparent une nouvelle marche nationale à Rabat, dont la date n’a pas encore été précisée, et prévoient même de boycotter la session de rattrapage. Ce mardi 18 juin, ils organisent une assemblée pour en discuter.

    Avec la suspension par le ministère de trois professeurs des facultés de médecine à Casablanca, Marrakech et Agadir, la situation se complique. Les trois concernés, dont deux sont secrétaires locaux du Snesup (syndicat national de l’enseignement supérieur), sont accusés d’inciter enseignants et étudiants à boycotter les examens. 

    «Les futurs médecins s’accrochent à deux dernières revendications relatives à la 6e année de médecine dentaire, instituée par le cahier de normes pédagogiques, et au concours de résidanat», précise le ministre de la Santé. «Concernant le premier point, ils souhaitaient des garanties par rapport aux terrains de stage. Nous nous sommes engagés à leur assurer des opportunités, dans le public et le privé, à travers un conventionnement avec l’ordre national des médecins dentistes», assure Doukkali.

    Ceci ne devrait donc, en principe, plus poser problème. Pour le concours de résidanat, que les diplômés en médecine générale appréhendent en vue de préparer leur spécialité, le gouvernement ne cèdera pas. «Tout candidat détenteur d’un diplôme reconnu par l’Etat, obtenu d’une faculté publique, privée à but non lucratif ou privée, ou de l’étranger, est éligible au concours de résidanat. Notre objectif est d’accélérer la formation de spécialistes et de cadres médicaux, car nous faisons partie des 57 pays au monde qui connaissent une pénurie aiguë en ressources humaines médicales», insiste le ministre de la Santé. Il est donc question de continuer à encourager les initiatives privées, notamment celles de fondations privées à but non lucratif, afin de participer à l’effort de formation.

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    Le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, et celui de la Santé, Anas Doukkali, se veulent intransigeants. Il n’est pas question de répondre à l’appel des étudiants du public d’interdire le concours de résidanat à leurs camarades du privé, ni de les soumettre à un quota. Un appel «sans fondement juridique ou constitutionnel», et qui conduirait à une «fracture sociétale» (Ph. Bziouat)

    «Par ailleurs, nous n’avons aucune volonté de privatiser les études de médecine. Nous comptons 7 facultés publiques, une 8e ouvrira bientôt à Laâyoune, et une série de CHU suivra, pour arriver à au moins un CHU par région», assure Anas Doukkali.
    Même son de cloche du côté de Saaïd Amzazi. «Le privé n’est que le prolongement du public. Et du moment que nous instaurons un examen national pour tous, c’est la méritocratie qui prime», souligne-t-il. Le ministère de la Santé se dit, en parallèle, prêt à revoir les critères d’évaluation des étudiants du privé, pour garantir les mêmes conditions d’examen partout.

    Paradoxalement, les facultés privées, elles, ouvrent leur concours de résidanat aux diplômés du public, car leurs propres étudiants n’ont pas encore été diplômés. Ils ne pourront, en fait, candidater que dans deux ans. C’est la raison pour laquelle le gouvernement s’étonne que le boycott se poursuit, au péril de l’année universitaire, pour une configuration qui ne sera d’actualité que dans deux ans.

    «Les étudiants devraient rattraper leurs cours et passer l’examen. Car cette problématique opposant le public au privé nécessite de la réflexion. Elle ne pourra pas être réglée du jour au lendemain», estime Driss Mansouri, ancien président de l’université de Casablanca.

    «Tous les grands prestataires privés de formation de médecins devraient opérer dans le cadre de fondations à but non lucratif. Comment garantir un partenariat juste et équitable avec ces prestataires? Là est la question clé à poser», poursuit-il. Mansouri insiste, en outre, sur la nécessité davantage d’évaluations et de contrôles des établissements privés in situ.

    Bisbilles islamistes

    Une liste de revendications qui s’allonge au fil des réunions, une communication déformée… Le gouvernement en est certain, derrière les meneurs de la grève des étudiants en médecine, il y a bien des manipulateurs. A l’issue de sa réunion de jeudi dernier, le gouvernement a nommément cité le principal coupable: le groupe islamiste Al Adl Wal Ihsane. Pour sa part, la commission nationale des étudiants en médecine au Maroc revendique son caractère indépendant de toute influence.

    L’accusation n’est pas au goût de tout le monde. Des membres du bureau politique du PJD auraient critiqué cette sortie contre Al Adl Wal Ihssane, et même la décision de Saaïd Amzazi de suspendre les trois profs de médecine. Les bisbilles à l’intérieur du parti influenceront-elles la suite de ce dossier?

    65% des futurs médecins issus de lycées privés

    Les étudiants des facultés de médecine publiques qui se dressent aujourd’hui contre l’accès de leurs camarades du privé aux concours de résidanat publics sont eux-mêmes, en majorité, issus d’un système d’enseignement privé. Selon le ministère de l’Education nationale, 65% d’entre eux sont lauréats de lycées privés. «Tout le monde a passé le même baccalauréat et le même concours de 1re année médecine. Pourquoi pas les mêmes concours de résidanat et d’internat? Les plus compétents l’emporteront», souligne Driss Mansouri.  En outre, après leur parcours de résidanat, les deux tiers choisissent de pratiquer dans le secteur privé.

    Ahlam NAZIH

     

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