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    Roman de l'été

    Episode 20 Jésus, une grande figure biblique du Coran: La mort de Jésus selon le Coran

    Par L'Economiste | Edition N°:5532 Le 11/06/2019 | Partager

    Les disciples décident, de rester à Jérusalem. Ils sont rejoints par d’autres compagnons dont la mère de Jésus, Marie. Le groupe comprend cent vingt personnes mais les apôtres sont au nombre de douze après que Judas, qui s’est suicidé, a été remplacé par Mattias.
    Au cours de la célébration de la fête des moissons (la Pentecôte), cinquante jours après la Pâque, alors que le groupe des cent vingt est rassemblé, arrive le Saint-Esprit. L’Acte des Apôtres (II) décrit cette scène de la manière suivante: «Tout à coup, un bruit vint du ciel comme si un vent violent se met à souffler; la maison en fut remplie. Les croyants rassemblés virent apparaître des langues semblables à des flammes de feu. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en des langues qu’ils ne connaissaient pas, selon ce que le Saint-Esprit leur donnait à exprimer».

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    Devant les disciples heureux, Pierre déclare que les prophéties anciennes se sont accomplies avec Jésus et que: «Ce Jésus que vous avez crucifié, c’est lui que Dieu a donné comme Seigneur et Messie!» Ce message d’évangélisation touche, au plus profond d’eux-mêmes, les disciples qui demandent le baptême. Ainsi, Pierre est devenu Le pêcheur d’hommes que Jésus a toujours souhaité.  Concernant la résurrection et l’ascension de Jésus, elle ne peut être analysée d’un point de vue historique. Un fait peut avoir son importance: la Résurrection ne figure dans aucun texte, avant la fin des années 90, notamment, dans l’Évangile de Matthieu, mais tient une bonne place dans les lettres de Paul qui datent des années 50.
    Un autre fait doit être signalé: si les Évangiles de Matthieu, Luc et Jean rapportent que Jésus a été «vu» après sa mort, les manuscrits originaux de Marc, qui constituent l’Évangile le plus ancien, ne parlent pas de cet évènement important. En plus, les quatre Évangiles ne sont pas d’accord sur le lieu où les apôtres ont vu leur maître une dernière fois. Quoi qu’il en soit, certains auteurs, dont notamment A.M. Roguet dans son Initiation à l’Évangile, donnent des exemples de la confusion, du désordre et de la contradiction que l’on trouve dans les Écrits: le nombre des femmes venues au tombeau n’est pas le même dans les trois livres synoptiques, de même que le nombre et les lieux des apparitions de Jésus. Ainsi, les proches de Jésus vont le voir comme s’il était toujours vivant, tantôt en plein air, tantôt à l’intérieur d’une maison, souvent à Jérusalem, parfois en Judée ou en Galilée, au bord du lac de Tibériade. En plus, pour ces auteurs, il y a contradiction, concernant la Résurrection, entre le récit des Actes des Apôtres, et l’Évangile de Luc et celui de Paul.  Ainsi, pour les spécialistes de Jésus, tout en admettant que la Résurrection ne relève pas de l’histoire mais de la foi, son rejet pose un problème insoluble. La crucifixion de Jésus lui enlève toute légitimité à être le Messie tant attendu par le peuple d’Israël, car comment admettre qu’un descendant de David soit crucifié comme n’importe quel assassin? Avec sa Résurrection, c’est tout le schéma qui est inversé: la croix, qui symbolise l’échec, devient le signe de la victoire. C’est ce que Paul, dans sa lettre à la communauté chrétienne de la ville grecque de Corinthe, dit : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi.» (1 Corinthiens, XV, 17). Devant tant d’interrogations, le Coran apporte la réponse.
    La mort de Jésus, telle qu’elle est traitée dans le Coran, constitue l’un des points les plus discutés. La raison est que, contrairement aux Évangiles, le Coran affirme avec force que Jésus n’a pas été tué ni crucifié. Il dit: «Et parce qu’ils ont dit : (Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le prophète de Dieu.) Mais ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. Ceux qui sont en désaccord à son sujet restent dans le doute ; ils n’en ont pas une connaissance certaine; ils ne suivent qu’une conjecture; ils ne l’ont certainement pas tué, mais Dieu l’a élevé vers Lui. Dieu est Puissant et Juste. Il n’y aura personne parmi les gens du Livre, qui ne croie en lui avant sa mort, et il sera un témoin contre eux le jour de la Résurrection. » (Coran, IV, 157-159).  Dans un autre verset, le Coran rapporte comment Dieu s’est adressé à Jésus en lui annonçant qu’Il allait mettre fin à sa vie terrestre et qu’Il allait l’élever vers Lui. «Dieu dit: (Ô Jésus! Je vais, en vérité, te rappeler à Moi; t’élever vers Moi, te délivrer des incrédules. Je vais placer ceux qui t’ont suivi au-dessus des incrédules, jusqu’au jour de la Résurrection; votre retour se fera alors vers Moi; je jugerai entre vous et trancherai vos différends.)» (Coran, III, 55).  Ainsi, ces versets nous apprennent que Jésus n’a pas été crucifié et qu’il a été élevé au ciel. Ils ont donné lieu à de nombreux commentaires, depuis la période médiévale jusqu’à nos jours. On ne peut pas ne pas remarquer que le Coran lui-même fait prendre conscience de l’importance de cette affirmation, en déclarant que ceux qui en parlent sont dans l’incertitude totale, qu’ils sont dans le doute absolu mais affirment avec force qu’il n’a pas été tué.  D’ailleurs, ce qui est frappant dans le verset qui concerne la mort de Jésus, c’est la force de la négation. En effet, le Coran affirme, de façon catégorique, que Jésus n’est pas mort sur la Croix et que Dieu l’a élevé à lui. L’évidence linguistique ne laisse aucun doute en ce qui concerne cette négation. Ceci dit, pour le reste, toutes les questions relatives au pourquoi et au comment peuvent être posées. Concernant les raisons, on peut émettre les hypothèses suivantes:
    - Dieu ne pouvait pas laisser mourir, de façon infamante, Son prophète qu’il a qualifié Lui-même d’«illustre» et de «proche». D’ailleurs, les Évangélistes ont montré leur embarras concernant la compatibilité de la crucifixion de Jésus avec son statut de «Messie».
    - La mort de Jésus, dans les conditions décrites par les Évangiles, aurait constitué un démenti de la doctrine constante du Coran et avec les données coraniques concernant Jésus. En effet, Jésus, mort sur la Croix, aurait signifié le triomphe de ses adversaires et surtout que Dieu abandonne les siens, tout particulièrement, un être qu’Il a créé par Sa parole, qui est assisté de son Esprit et à qui Il a accordé le privilège de donner la vie et de ressusciter les morts. Or Dieu n’abandonne pas ses défenseurs. D’ailleurs, Jésus, d’après Matthieu, quand il était sur la croix, a lancé ce cri de détresse: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mathieu XXVII, 46).
    - Quant à l’élévation de Jésus au ciel, on peut penser que Dieu a voulu lui faciliter son passage de sa condition terrestre à sa nouvelle condition céleste.

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     La Pietà (1499): Statue en marbre de Michel-Ange à la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la «Vierge Marie douloureuse» (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa mise au tombeau, sa résurrection et son ascension (Crédit: Jörg Bittner Unna)

    Concernant, maintenant, la manière avec laquelle Jésus a été élevé au ciel, on peut se poser la question de savoir si l’ascension a été physique, donc réelle, ou simplement spirituelle, sachant que les Évangiles parlent d’une élévation physique?  Pour le reste, on se trouve devant plusieurs hypothèses. Pour certains chercheurs, dont Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, le cœur du problème se trouve dans l’expression «shubiha» que de nombreux exégètes ont essayé de traduire, pour se rapprocher le plus possible du sens que le Coran a voulu lui donner. C’est le cas, par exemple, de Jacques Berque, du traducteur Sadok Mazigh, de Denise Masson ou encore de Hamza Boubaker. Partant de ces traductions différentes, ont été envisagés trois scénarios. Dans le premier, les juifs se trompent de personne; dans le deuxième, Jésus se métamorphose et échappe, ainsi, à son bourreau et dans le troisième, l’un des disciples se porte volontaire pour remplacer Jésus. C’est cette dernière hypothèse qui a été retenue par certains exégètes musulmans, dont Ibn Abbas qui a essayé d’expliquer comment Jésus a pu échapper à la crucifixion. Il rapporte, avec beaucoup de détails, comment Jésus s’est rendu chez ses disciples, après s’être baigné et demande : «Qui veut, parmi vous, prendre ma ressemblance et sera tué à ma place. Il aura le même statut que le mien?» Un jeune homme s’avance mais Jésus lui demande de s’asseoir. Jésus répète la même question et c’est le même homme qui répond: «Moi». Jésus lui dit: «Tu l’es». Le jeune homme commence à ressembler à Jésus, ce dernier est élevé au ciel, à travers la fenêtre de la maison. Les juifs, venus amener Jésus, prennent, en réalité le jeune homme. Ils le tuent, en le crucifiant.
    Cette version de la mort de Jésus, rapportée par Ibn Abbas, est confirmée par Al-Hassan Al-Basri et Ibn Ishaq qui ajoutent quelques détails, comme, par exemple, le fait que ces événements se sont passés la veille d’un samedi, que l’arrestation s’est déroulée dans une maison à Jérusalem et que ceux qui ont amené le jeune homme ont placé sur sa tête une couronne d’épines, pour se moquer de celui qui prétend être le roi des juifs. Ce qui n’est pas sans rappeler ce que les Évangélistes ont rapporté.  Pour l’Évangile de Barnabé, qui semble avoir été écrit par l’un des disciples de Jésus et auquel les savants musulmans accordent une grande crédibilité, à tel point qu’ils le considèrent comme l’Évangile authentique: ce n’est pas Jésus qui a été crucifié, mais Judas, le disciple traître, qui l’a été à sa place. Signalons que cet Évangile de Barnabé n’a été imprimé qu’au début du XXe siècle et qu’il a été traduit de l’anglais à l’arabe en 1908.  Certains chercheurs, dont notamment le philosophe irlandais Toland en 1718, ont soutenu que l’affirmation par le Coran, qu’une autre personne ait été crucifiée à la place de Jésus, n’est pas un fait nouveau. Ainsi, selon Irénée de Lyon, auteur du livre Contre les hérésies, c’est un certain Simon, qui, par erreur, a été crucifié, après avoir été transformé par Jésus. Même dans les Actes de Paul, on trouve cette affirmation de Simon et Cléobis venus à Corinthe en criant : «Jésus-Christ n’a pas été crucifié mais c’est un simulacre qui a eu lieu». D’ailleurs, sur cet aspect, on trouve une analogie frappante entre les croyances des chrétiens qu’on appelle les «diocètes» et les affirmations du Coran.  Cette thèse est confirmée par les textes coptes retrouvés à Nag Hammadi où Jésus déclare: «Celui qui buvait le fiel et le vinaigre, ce n’était pas moi. Ils me flagellaient avec le roseau, c’était un autre. Celui qui portait la croix sur son épaule, c’était Simon. C’est sur un autre qu’ils ont placé la couronne d’épines. Mais, moi, je me réjouissais tout en haut de leur erreur». Quoi qu’il en soit, pour Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, l’islam, par cette affirmation du Coran, résout l’impasse théologique dans laquelle les chrétiens sont enfermés par la mort de Jésus sur la Croix et ce, grâce à la formule coranique «shubiha». Pour les musulmans, quelles que soient les interprétations données à cette déclaration, la crucifixion de Jésus n’a été qu’une illusion. Dieu a laissé croire aux juifs que Jésus était mort, peut-être en les trompant sur la véritable personne qui a été crucifiée. Ce qui explique la suite de l’affirmation dans le Coran: «Les fils d’Israël rusèrent contre Jésus. Dieu ruse aussi; Dieu est le meilleur de ceux qui rusent». (Coran, III, 54). Autrement dit, connaissant les sombres desseins des juifs envers Jésus, Dieu s’est joué d’eux en leur faisant croire qu’ils ont réussi à crucifier Jésus, mais en fait, ce n’était qu’une illusion.  Signalons que certains commentateurs modernes du Coran, dont notamment Mohammed Abdou, ont rejeté toutes ces affirmations. Ainsi, l’histoire de la Cruxifiction a été inventée de toutes pièces, puis s’est transmise de génération en génération, au point que l’on a fini par y croire et qu’on la trouve dans le Nouveau Testament. Ils estiment que Jésus s’est éteint de mort naturelle et que l’élévation dont parle le Coran doit être prise au sens figuré, comme l’exaltation de Jésus aux yeux de Dieu. Ces deux interprétations restent très minoritaires. Pour certains exégètes musulmans, cités par Ibn Kathir, Jésus a trente-trois ans quant il a été élevé au ciel; pour d’autres, il en a trente-quatre. Quant à Marie, elle vit cinq ans après Jésus, elle meurt à l’âge de cinquante-trois ans. Cependant, quelles que soient les conditions dans lesquelles Jésus a quitté notre monde, quel message a-t-il laissé?

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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