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    Episode 16 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Jésus le contestataire

    Par L'Economiste | Edition N°:5528 Le 31/05/2019 | Partager

    ON insiste beaucoup sur l’action de contestation de Jésus et sur le fait que cette contestation a la caractéristique d’être aussi bien religieuse que politique, pour ne pas dire qu’elle est politico-religieuse, tant les deux aspects sont imbriqués. En effet, du temps de Jésus, le fait d’être juif dans la Palestine, sous occupation romaine, ne se limite pas à des convictions religieuses, mais c’est aussi une affaire d’appartenance politique au «peuple élu».

    La contestation religieuse de Jésus

    Sur le plan personnel et en tant que juif, Jésus a été circoncis quand il a eu sept jours, il s’abstient de manger les aliments interdits, il accomplit les pèlerinages, il suit les rites de purification exigés par la Torah, il respecte le repos du shabbat.  Sauf que le respect des prescriptions de la Torah ne l’empêche pas d’avoir des positions critiques à l’égard des officiels de la Loi. Il n’hésite pas à dénoncer leur comportement hypocrite, en déclarant: «Attention aux spécialistes de la Loi qui aiment se promener en longues robes et être salués sur les places publiques. Ils recherchent les sièges d’honneur dans les synagogues et les meilleures places dans les festins. Ils dépouillent les veuves de leurs biens, tout en faisant pour l’apparence de longues prières. Ils seront jugés plus sévèrement.» (Marc, XII, 38-40).

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    En 37 av J.-C., Hérode, à la tête d’une armée impressionnante, marche sur Jérusalem d’où il efface toute trace de la dynastie hasmonéenne. Il est, alors, nommé «roi des juifs» par Rome. Œuvre de Jean Fouquet - BnF -Paris

    Il conteste certaines traditions et interprétations rabbiniques qui ont été ajoutées à la lettre et à l’esprit de la Loi, comme le dira le Coran par la suite en des termes qui confirment les positions de Jésus.
    Certains auteurs ont recensé plus d’une vingtaine de conflits entre Jésus et ces officiels de la Loi qui sont les scribes, les pharisiens, les saducéens, le grand prêtre de Jérusalem ; en un mot, le Sanhédrin tout entier.
    L’origine de ces conflits, c’est d’abord l’enseignement de Jésus. En effet, pour Jésus, la vraie foi n’est pas dans les exercices de la piété ni dans les rites qu’impose une institution qui en fait un commerce. En pardonnant les fautes et en promettant le salut éternel, Jésus soutient qu’il n’est pas nécessaire de faire des sacrifices, des offrandes et des dîmes réclamés par les prêtres. Pour lui, le Temple représente tout ce qui est détestable dans l’exploitation du sentiment religieux du peuple par une classe de prêtres avides de pouvoir et de privilèges. Il a même prédit la destruction du Temple et a pris l’habitude de relativiser sa propre importance. D’ailleurs, l’un des épisodes les plus célèbres de la vie de Jésus est celui durant lequel il chasse les vendeurs du Temple. Un jour, d’après Marc (Marc, XI, 15-17), Jésus entre dans le Temple et se met à chasser ceux qui vendent ou achètent. Il renverse les tables des échangeurs d’argent et les sièges des vendeurs de pigeons et il ne laisse personne transporter son objet à travers le Temple; puis il leur dit: «Dans les Écritures, Dieu déclare: (On appellera Ma maison, «maison de prières pour tous les peuples»; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs)».
    L’Évangéliste Jean (II, 14-15) raconte la même scène mais de façon plus détaillée: «Dans le Temple, il trouva des gens qui vendaient des bœufs, des moutons et des pigeons et trouva aussi des échangeurs d’argent assis à leurs tables. Alors, il fabriqua un fouet avec des cordes et les chassa hors du Temple avec leurs moutons et leurs bœufs. Il jeta par terre l’argent des échangeurs, en renversant leurs tables et dit aux vendeurs de pigeons: (Enlevez tout cela d’ici; ne faites pas de la Maison de mon père une maison de commerce)».  Le comportement de Jésus constitue la pire menace pour les officiels de la Loi qui commencent à penser sérieusement aux moyens de le faire taire. En effet, tous les indices montrent que c’est cet épisode de la dispersion des marchands sur l’esplanade du Temple, rapporté par les quatre Évangiles, qui a été à l’origine de la décision des officiels de la Loi de se débarrasser de Jésus, même si Marc (III) rapporte que «après que Jésus ait guéri un homme dans la synagogue un jour de shabbat, les pharisiens sortirent et, aussitôt, ils se consultèrent sur les moyens de le faire périr». Commence alors un véritable bras de fer entre Jésus et ces gardiens de la Loi. La démarche des pharisiens et des saducéens est de chercher à piéger Jésus, en l’accusant de ne pas obéir à la Loi de Dieu.  Il faut remarquer que Jésus n’est pas le premier à avoir dénoncé le système religieux mis en place autour du Temple. Les prophètes, avant lui, ont tous contesté ce système et ont manifesté leur désapprobation de l’usage que l’on a fait de la religion. Autrement dit, Jésus n’a jamais contesté la Loi et les pratiques religieuses, mais leur exploitation. Il l’a souvent affirmé et cela a été rapporté par les Évangiles. Ainsi, pour Matthieu, «Jésus se montrait catégorique: il n’était pas venu abolir la Loi mais l’accomplir». (Matthieu, V, 17)
    Qu’en est-il, maintenant, de la contestation politique de Jésus?

    La contestation politique de Jésus

    Dans le cas de Jésus, la contestation politique et religieuse se rejoignent et se confondent. Se réclamer Messie, descendant de David, implique la reconstruction du Royaume de Dieu et la restauration de la nation d’Israël. En conséquence, se présenter comme le Messie équivaut à déclarer la guerre aux Romains.  Or les historiens rapportent que dans les années difficiles qui ont suivi l’occupation romaine de la Judée, la situation des paysans juifs ne cesse de se détériorer, avec la spoliation des petites exploitations familiales par l’aristocratie terrienne. Les petits agriculteurs sont obligés de payer les dîmes aux prêtres du Temple, mais également des taxes de plus en plus lourdes aux autorités d’occupation. La situation s’aggrave avec les sécheresses répétées. Ce qui pousse une bonne partie de la paysannerie juive à l’esclavage. Se crée alors un mouvement de révolte, surtout en Galilée où les paysans tronquent leurs charrues contre l’épée en direction aussi bien de l’aristocratie juive que des agents de Rome.  Pour Reza Aslan, ces paysans guerriers, que les Romains qualifient de «brigands», commencent à mettre en place un mouvement contre l’occupation romaine. Mieux encore, les «brigands» se proclament «les agents de châtiment de Dieu». Le plus célèbre d’entre eux est Ezéchias qui déclare qu’il est le messie, venu pour rétablir la gloire des juifs. Pour les Romains, il faut arrêter ces révoltes. Ils confient cette mission à Hérode, lui-même juif et issu de l’aristocratie. Ce dernier mène une lutte sans merci aux paysans guerriers et décapite leur chef Ezéchias.
    En 37 av J.-C., Hérode, à la tête d’une armée impressionnante, marche sur Jérusalem d’où il efface toute trace de la dynastie hasmonéenne. Il est, alors, nommé «roi des juifs» par Rome. Son règne est marqué par de la tyrannie et de la débauche, mais aussi par des travaux gigantesques, dont la reconstruction et l’agrandissement du Temple, qu’il finance par des taxes et des impôts, et également par des dîmes, dont une partie est envoyée à Rome. Tout ceci fait qu’Hérode, juif et dont la mère est arabe, n’a jamais été accepté par les juifs, surtout en raison de son hellénisation et romanisation de Jérusalem.
    À sa mort, Hérode a laissé une population opprimée, mais impatiente de se soulever, d’autant plus que les travaux d’agrandissement du Temple étant achevés, des milliers de personnes se sont trouvées au chômage et sont obligées de retourner à leurs campagnes qui deviennent des centres d’agitation, comme avant l’arrivée d’Hérode. Surgit, alors, dans ce contexte, un docteur de la Loi du nom de Judas le Galiléen qui s’associe à un pharisien nommé Zadok pour former un mouvement indépendantiste que l’historien Josèphe qualifie de «quatrième philosophie» pour le différencier des autres « philosophies», celles des pharisiens, des sadducéens et des esséniens. Le but principal de ce mouvement est de libérer Israël, en servant le seul Dieu, celui de la Torah et de la Loi, sans compromis aucun et par la violence s’il le faut, en utilisant le «zèle». C’est pourquoi on a appelé les membres de ce mouvement « les zélotes ».  En l’an 4 av. J.-C., les zélotes déclenchent toutes sortes d’actions violentes, aussi bien contre les Romains que contre les membres de l’aristocratie juive qui collabore avec eux. Ils s’attaquent, notamment, à la ville de Sepphoris, située à quelques kilomètres de Nazareth, ville de Jésus. Le mouvement, de plus en plus violent, s’amplifie en nombre et en moyens. C’est dans ce contexte que naît Jésus. Il doit avoir dix ans quand Hérode Antipas détruit Sepphoris, massacrant les hommes, et réduisant à l’esclavage femmes et enfants.
    Pour la reconstruction de Sepphoris, on engage, à la journée, les paysans et les ouvriers de la région comme maçons et charpentiers. C’est pourquoi les chercheurs pensent que Jésus a passé une grande partie de sa jeunesse, non dans le petit village de Nazareth, mais dans la grande cité de Sepphoris.

    Mouvement de révolte contre l’occupation romaine

    En l’an 26 ap. J.-C., Rome nomme Ponce Pilate comme gouverneur de la Judée. Ce dernier, resté au pouvoir pendant une dizaine d’années, entretient des rapports étroits avec le grand prêtre, Caïphe. À son arrivée à Jérusalem, de nombreux prêcheurs, prophètes, messies, brigands commencent à arpenter la Terre sainte, prêchant sa libération et annonçant l’avènement du Royaume de Dieu. C’est à cette époque, en 28 ap. J.-C., que Jean commence à baptiser les gens dans les eaux du Jourdain. Devant l’importance grandissante qu’il prend, il est fait prisonnier et décapité en l’an 30. Deux ans après, Jésus entre au Temple, renverse les tables des échangeurs. Lui aussi sera fait prisonnier et crucifié.  
    Mais la révolte contre l’occupant romain ne s’arrête pas avec la mort de Jésus, la répression non plus. En l’an 36, un messie appelé « Le Samaritain » est massacré, avec ses adeptes, sur le mont Garizim. En l’an 44, c’est un autre faiseur de miracles, du nom de Theudas, qui prétend fendre le Jourdain comme Moïse, mille ans auparavant, qui est décapité, avec ses adeptes. La situation s’aggrave et on voit apparaître le mouvement des «sicaires», les «porteurs de poignards», qui est une branche des zélotes.

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    Hérode est placé sur le trône de Jérusalem par les Romains. Pour consolider sa souveraineté, il retire le pouvoir politique aux prêtres qui dirigeaient la Judée depuis le début de l’époque du Second Temple. Pour écarter toute rivalité politique, il fait assassiner son épouse ainsi que plusieurs de ses enfants (Crédit DR)

    Les sicaires, opposants à l’occupation romaine et à l’aristocratie juive qui lui est inféodée, assassinent leurs adversaires, en plein jour, allant jusqu’à égorger le grand prêtre, Jonathan, pendant la fête de Pâque, en pleine cour du Temple. La fièvre messianique connaît son apogée: la fin des temps est toute proche.
    Un mouvement de révolte contre l’occupation romaine éclate dans le Temple, à l’initiative d’un capitaine juif, appelé Eléazar. Soutenu par des prêtres subalternes, il prend de force le Temple et met fin aux sacrifices faits à Rome, ce qui constitue une véritable déclaration d’indépendance. Il est rejoint par une grande partie des habitants de la Terre sainte et également par les sicaires. Ensemble, ils expulsent les non-juifs de Jérusalem, comme l’exigent les Écritures, tuent le grand prêtre, brûlent les archives publiques et massacrent les soldats romains, installés dans la ville haute. C’est la déclaration de guerre qui va se terminer par la destruction de Jérusalem et du Temple par l’armée romaine.
    Pour revenir à la contestation politique de Jésus, nous insistons, encore une fois, sur le fait que cette contestation se confond avec la contestation religieuse, car tous les mouvements de révolte, qu’ils soient spontanés ou organisés, ont été dirigés autant contre l’occupant romain que contre l’aristocratie juive et les dirigeants du Temple.
    Pour certains chercheurs, dont, notamment, l’Américain d’origine iranienne, Reza Aslan, il n’est pas possible de ne pas considérer les actes de Jésus comme des actes zélotes. Pour d’autres chercheurs, comme Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, auteurs de l’ouvrage Jésus contre Jésus, au moment de son arrestation, Jésus a posé lui-même cette question : «Suis-je un (brigand ?)» (Matthieu XXVI, 50). À l’époque, comme on l’a signalé, le «brigand » n’est pas un simple criminel ; c’est d’abord un insurgé, celui qui conteste l’autorité en vue de la renverser. Pour l’historien juif  Flavius Josèphe, le mot «brigand» désigne, en fait, les zélotes, ceux qui luttent contre les troupes romaines et leurs alliés. Ainsi, sans affirmer que Jésus ait fait partie du mouvement zélote, on ne peut ne pas considérer certains de ses comportements comme des actes qui rappellent ceux des zélotes. Comme le rapporte l’Évangile de Jean (II, 17), les disciples de Jésus, en le voyant attaquer les cages et renverser les tables, se sont souvenus des paroles du roi David : «Le zèle de ta maison me dévorera». D’ailleurs, les religieux du Temple ont, souvent, cherché à faire reconnaître à Jésus qu’il est un révolutionnaire zélote. Ainsi, un jour, ils lui posent cette question de savoir s’il est permis de payer l’impôt à César. Jésus, devinant les intentions des gens du Temple, répond: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.» Pour de nombreux historiens, dont S.G.F. Brandon, Jésus et les Zélotes, le comportement de Jésus ne veut pas dire qu’il a fait partie du mouvement des zélotes, mais qu’il en a largement épousé les idées.
    En fait, quand Jésus revient en Galilée, après son épisode avec Jean-Baptiste, il trouve une région traumatisée qui n’a rien à voir avec celle de son enfance. La Galilée, en particulier, a connu les affres de l’occupation romaine, avec des milliers de victimes, des villages rasés, une population réduite à l’esclavage. Sachant que cette région a été, depuis des siècles, une région révolutionnaire, à tel point que le nom de « Galiléen » est devenu synonyme de « rebelle ». D’ailleurs, les Galiléens se sont toujours considérés comme une population différente des autres juifs, qualifiée par l’historien Flavius Josèphe de véritable « peuple », connu pour leur mépris pour les prêtres du Temple. Mais c’est à Jérusalem où Jésus, à l’occasion des pèlerinages annuels (au printemps pour la fête de Pessah « (Pâque) », au début de l’été pour la Pentecôte et à l’automne pour la fête des Tabernacles «(Soukkot)», est agressé par les symboles grandissants du pouvoir romain, et par la décadence morale de ses coreligionnaires.
    Comme nous allons le voir, en étudiant le message de Jésus, l’annonce de l’avènement du Royaume de Dieu a été le thème principal de son ministère. Or dans la bouche de Jésus, il ne s’agit pas d’une chose abstraite mais d’une nouvelle configuration de la société de l’époque sur les plans religieux, politique, économique et social. Pour certains auteurs, dont notamment Reza Aslan, il s’agit tout simplement d’un appel à la révolution contre l’Empire romain, mais aussi contre les prêtres et les membres de l’aristocratie qui lui sont inféodés. Ce faisant, le but est d’établir le règne de Dieu sur terre, et sur ce but, tout le monde est d’accord : les prophètes, les brigands, les messies et les zélotes. Pour atteindre cet objectif, on n’hésite pas à utiliser la violence.

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