×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Festival Gnaoua et musiques du monde: Un acte de résistance

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5527 Le 30/05/2019 | Partager
    22e édition du 20 au 23 juin à Essaouira
    Retour sur une histoire particulière
    Boussou, Alikane, Kouyou versus Wayne Shorter, Randy Weston, Joe Zawinul
    festival-gnaoua-et-musiques-du-monde-027.jpg

    Malgré la présence de stars internationales tels que Wayne Shorter, Jamaaledeen Tacuma, Joe Zawinul… les maâlem restent les véritables stars du festival (Ph. Festival Gnaoua)

    Il y a 22 ans, un évènement exceptionnel allait bouleverser des milliers de jeunes dans un Maroc, sous le nouveau règne, qui se forçait à affirmer sa pluralité et sa modernité. A Essaouira, petite ville, alors endormie, bercée par les Alizés,  un groupe de passionnés de musique, à leur tête Neila Tazi, fomentent un projet audacieux, mais quelque peu risqué, sans se douter qu’il préparait le début  d’une incroyable aventure humaine.

    La première édition du festival Gnaoua et Musiques du monde a eu lieu en juin 1998. Les conséquences allaient être multiples. Affirmer, à travers la richesse d’une culture populaire, notre ancrage africain à travers nos profondes racines subsahariennes, était en soi une gageure, à un moment où les chantres de l’arabité absolue étaient légion.

    Libérer une jeunesse, créative, volontaire, assoiffée d’art et d’universalité que ces mêmes chantres tenaient en bride, en était une autre, bien plus périlleuse. Révéler, au fil des années, l’impact de l’art dans un projet de développement économique et social, d’une région, en était certainement le plus grand défi.

    Le chemin n’a pas été toujours facile pour les organisateurs. On se souvient des salves de critiques, et des accusations de mise en danger de la société par la «débauche» la «dépravation» et le «vice» qui ont atteint même l’hémicycle, portées par les ultras conservateurs et autres islamistes même dits «modérés». 

    Il ne s’agissait en réalité que de libre expression, de culture, de création, de diversité… autant de valeurs encouragées par l’avènement du règne de Mohammed VI.  Ces difficultés vont faire de l’événement un acte fondamental de résistance et un projet culturel réfléchi, avec ses expériences musicales inédites, ses fusions de maâlems gnaouis avec les plus grands musiciens de jazz ou de world music, ses prises de risques, qu’un festival d’animation.

    De ce fait, le festival allait avoir également un impact incroyable sur la réhabilitation d’une minorité de descendants d’esclaves, autrefois réduite à se produire dans la rue, presque à la mendicité, devenue aujourd’hui, un véritable phénomène musical reconnu sur le plan mondial.

    festival_gnaoua_et_musiques_du_monde_027.jpg

    Véritable amoureux de la musique Gnaoua, le grand jazzman américain Randy Weston, décédé en 2018, a noué de véritables amitiés avec des maâlem. Un hommage lui sera rendu lors de cette 22e  édition (Ph. Festival Gnaoua)

    Au fil du temps et des éditions, les Gnaoua sont devenus de véritables ambassadeurs du Maroc, ils s’envolent chaque année vers des destinations comme New-York, Washington, Los Angeles, Londres, Paris, Bruxelles, Berlin, Abidjan ou encore l’Australie.

    Au Royaume des Gnaoua, le maâlem est roi.  Wayne Shorter, Jamaaledeen Tacuma, Randy Weston, Joe Zawinul… autant de personnages mythiques et de musiciens illustres, qui à Essaouira, n’en restent pas moins les hôtes de Boussou,  Alikane,  El Gourde, Kouyou et autre maâlem qui mènent le jeu et restent les grandes stars du festival.

    Ce qui n’empêche pas les moments de magie et de grâce inscrits dans l’histoire du festival où ces maâlems se mesurent aux virtuoses des cordes, des cuivres et des percussions venus d’Europe, d’Amérique et d’Afrique.

    Aujourd’hui plus que jamais, le festival d’Essaouira Gnaoua et Musiques du monde garde sa précieuse particularité, celle de transcender les barrières linguistiques, sociales, générationnelles dans une ambiance très particulière qui envahit, bien au-delà des scènes installées, toute la ville.

    Une marée humaine pour le moins joyeuse et fantastique, faite de néo-hippies,  de touristes mélomanes, de bourgeois décoincés, de jeunes hyper lookés, de vieux enturbannés et de dames emmitouflées sous leurs haïks blancs… tous à égalité, longeant les remparts, envahissant les placettes publiques ou se déhanchant  aux sons entêtants des guembris et crotales.

                                                                        

    Une programmation toujours aussi éclectique

    Cette 22e  édition, du 20 au 23 juin, a été pensée par les programmateurs, comme une invitation au voyage.  Musique cubaine, touareg, tamoule, mais aussi le jazz, le flamenco, le reggae… et bien sûr la tagnaouite seront au cœur d’un dialogue, dans la ville des Alizés. De belles conversations en perspective entre les maâlem gnaoui et les Cubains Osain des Monte, les Touaregs Tinariwen, les plus dignes représentants du flamenco Maria del Mar Moreno et Jorge Pardo, ou encore les Amazighs Imdiaze.

    Voyage dans la musique la plus contemporaine également avec l’artiste sorcier congolais Baloji, ou la chanteuse britannique d’origine tamoule Susheela Raman. Des lilas les plus purs aux projets les plus novateurs… ce sont près de 20 concerts qui donneront l’occasion une fois de plus à cette musique Gnaoua de montrer toute la palette de talents qu’elle offre. Festival de transmission, l’évènement n’oublie jamais les porteurs de flambeau.

    Une jeunesse représentée par le talentueux jeune maâlem Houssam Gania, l’étoile montante de la world africaine Moh Koyaté, les fougueux Betweenatna… Un hommage, une dernière balade dans l’univers de la grande figure de jazz, Feu Randy Weston, éternel amoureux des Gnaoua et incarnation vivante de l’universalité musicale à travers les styles, figure également dans le programme.

    Amine BOUSHABA

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc