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    International

    Libye: L’enjeu économique de la guerre

    Par L'Economiste | Edition N°:5521 Le 22/05/2019 | Partager
    La bataille risque de s'envenimer autour de la gestion des ressources
    Le pays est dirigé par deux autorités rivales

    En Libye, où les deux camps rivaux sont dans l'impasse sur le terrain militaire, la bataille risque de s'envenimer autour de l'économie et de la gestion des ressources de ce riche pays pétrolier.

    Six semaines après le début de l'assaut sur Tripoli du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est du pays, les positions militaires sont figées aux portes de la capitale où siège le Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj.

    Minée par les luttes d'influence depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est dirigée par deux autorités rivales: le GNA reconnu par la communauté internationale et un cabinet parallèle installé dans l'Est et soutenu par le maréchal Haftar. Chacun des deux camps dispose de sa banque centrale et de sa compagnie nationale de pétrole (NOC) dans un pays en crise économique profonde depuis 2014.

    Si l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée par le maréchal Haftar contrôle depuis l'été 2018 les plus importantes installations pétrolières du pays, la commercialisation et la gestion des revenus du brut reviennent à la compagnie pétrolière nationale (NOC) et à la Banque centrale (BCL) basées à Tripoli.

    Des résolutions de l'ONU stipulent en effet que le pétrole doit rester sous le contrôle exclusif de la NOC basée dans la capitale. Et c'est à Tripoli de verser chaque mois les salaires des fonctionnaires dans tout le pays, y compris aux forces loyales au maréchal Haftar qui combattent pourtant le GNA.

    Le chef du GNA avait d'ailleurs promis de priver les membres de l'ANL de leurs salaires, après le lancement de l'assaut contre la capitale, qui aurait été motivé, entre autres, par des raisons économiques, selon des analystes. Dans sa contre-offensive contre le maréchal Haftar, le GNA semble vouloir profiter des atouts économiques dont il dispose pour affaiblir ses rivaux.

    Fin avril, la Banque centrale à Tripoli a ainsi limité l'accès aux fonds à des banques basées dans l'est du pays. Elle avait invoqué des irrégularités constatées dans les transactions des établissements financiers en question pour justifier ces restrictions.

    Sa rivale dans l'Est a aussitôt dénoncé une répartition inégale des revenus et fustigé une guerre régionale qui vise les banques de Benghazi, chef-lieu de la région orientale.

    A la mi-avril, le président américain Donald Trump a parlé au téléphone avec le maréchal Haftar, un contact direct vu comme une forme de soutien, même si la position des Etats-Unis dans le conflit demeure incertaine. Entre 2017 et 2018, les autorités parallèles dans l'est du pays avaient déjà essayé de vendre du brut sans passer par Tripoli, mais la communauté internationale et en particulier Washington avaient fait échouer ces tentatives.

    Les armes continuent d'affluer

    Malgré un embargo de l'ONU, les armes continuent d'affluer vers les deux camps rivaux en Libye. Depuis début avril, les combats ont fait plus de 450 morts, 2.000 blessés et près de 70.000 déplacés, selon les agences de l'ONU. Les appels de la communauté internationale à une trêve et au dialogue ont été ignorés des deux côtés. Dans son dernier rapport en septembre, le groupe d'experts de l'ONU avait noté l'arrivée en Libye d'un «plus grand nombre de véhicules d'infanterie blindés et de pick-ups équipés de mitrailleuses lourdes, de canons sans recul, de mortiers et de lance-roquettes».

    F. Z. T. avec AFP

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