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    Episode 9 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Marie de Nazareth

    Par L'Economiste | Edition N°:5521 Le 22/05/2019 | Partager
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    La Dormition pour les Églises d’Orient signifie la mort de la Vierge Marie et la montée au ciel de son corps. Dans le catholicisme actuel, le terme Dormition ne désigne que la mort de la Vierge ; la croyance de la montée au ciel de son corps porte le nom d’Assomption. Toutefois les Églises d’Orient critiquent ce terme qui pourrait laisser croire que la Vierge a été enlevée au ciel de son vivant (Crédit DR)

    Pour certains historiens, comme James Tabor et Reza Aslan, qui se réfèrent au contexte de l’époque, l’hypothèse la plus crédible serait que les frères et sœurs de Jésus soient les enfants de Marie et de Joseph, issus de leur union, après la naissance de Jésus. Une autre hypothèse est émise par l’historien américain, celle où l’on doit prendre en considération, avec une forte probabilité, que Joseph est mort relativement tôt, soit parce qu’il était plus âgé que Marie, soit pour une autre raison, telle qu’une maladie. En effet, Joseph disparaît des Évangiles après le récit de la naissance de Jésus, sauf dans un seul cas, quand Luc raconte l’épisode où Jésus, à l’âge de douze ans, est resté à Jérusalem, alors que ses parents le cherchaient; mais d’après Tabor, peu d’historiens croient à la véracité de cet évènement. Néanmoins, Joseph n’est pas cité comme étant présent à des évènements importants, comme, par exemple, la crucifixion de Jésus. Ainsi, si on suppose que Joseph est mort plus tôt, sans avoir eu d’enfant, on a dû appliquer la Loi de Moïse, transcrite dans la Torah, qui oblige le frère non marié le plus âgé à épouser la veuve de son frère, afin que le «nom» du frère disparu puisse se perpétuer. C’est la règle du «lévirat». Un exemple de l’application de cette règle se trouve dans l’Évangile de Marc (Marc, XII, 19-22), qui rapporte que, quand les sadducéens ont voulu mettre Jésus à l’épreuve, ils ont cité le cas d’une femme qui a épousé sept frères, dans le cadre du lévirat, sans avoir elle-même enfanté.

    Marie, mère de Jésus, dans les Évangiles

    Chez les catholiques, Marie, mère de Jésus, est vénérée comme son fils et fait l’objet d’un culte exceptionnel. Pour eux, c’est la mère de Dieu, la Vierge éternelle, la Reine des Cieux. Pourtant, les Évangiles canoniques, ceux qui font partie de la liste officielle du Nouveau Testament, ne donnent pas beaucoup d’informations sur elle.
    Les Évangiles, essentiellement ceux de Matthieu et de Luc, ne donnent des détails sur Marie que par rapport aux évènements qu’ils relatent concernant Jésus. Ainsi, en plus de la naissance miraculeuse de Jésus, Matthieu rapporte le voyage que Marie a fait en Égypte avec Joseph, à la demande d’un ange du Seigneur et ce, pour fuir Hérode (Matthieu, II, 13).
    Marie a été décrite par les Évangélistes comme une jeune fille, vierge et fiancée à Joseph. Ils rapportent que c’est une cousine d’Élisabeth, l’épouse du prêtre Zacharie et mère de Jean-Baptiste, qui a accepté de porter en son sein le Messie, conformément à la demande que lui a faite un messager de Dieu.  D’après les mêmes Évangélistes, nous savons que Marie accouche de Jésus, dans une étable, à Bethléem ; qu’elle part, avec Joseph, en Égypte, pour protéger Jésus d’Hérode. On la retrouve, ensuite, à l’occasion de deux évènements: au moment des noces de Cana, racontées par Jean et au pied de la Croix, lors de la crucifixion de Jésus. La dernière apparition est rapportée, cette fois-ci, par les Actes des Apôtres, après la résurrection de Jésus, au moment de la Pentecôte. Quant à l’Assomption de Marie, il s’agit d’une croyance, présente dans certaines Églises d’Orient, qui est devenue un dogme (une vérité qu’il faut croire) de l’Église catholique, depuis 1950.
    Ceci dit, on peut s’étonner que les Évangiles ne donnent pas beaucoup de détails sur la généalogie de Marie, sur sa vie, et sur des faits que l’on trouve, par exemple, dans le Coran, comme nous allons le voir.
    En effet, à part cette affirmation de Luc qui présente Marie comme «bénie entre toutes les femmes» (Luc, I, 42), les Évangélistes semblent ne pas lui avoir réservé une place particulière à côté de son fils. Pour certains spécialistes, dont notamment, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur dans leur ouvrage commun Jésus après Jésus, Marie semble ignorer la nature divine de son fils et ne comprend pas le sens de son prêche. Ce qui semble gêner Jésus qui le fait savoir.

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    D’ailleurs de nombreux exégètes ne comprennent pas les paroles de Jésus quand il dit : «Qui sont ma mère et mes frères?» (Marc, III, 33), ou encore: «Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux c’est lui mon frère, ma mère, ma sœur». (Matthieu, XII, 49-50). À une femme qui lui dit : «Heureuse celle qui t’a porté et allaité», Jésus répond: «Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qu’ils observent.» Dans l’Évangile de Jean, on trouve cette apostrophe de Jésus à sa mère: «Que me veux-tu femme? (Jean, II,4) ou encore, au pied de la Croix: «Femme, voici ton fils.» (Jean, XIX, 26)», ainsi que cette interrogation brutale: «Femme, est-ce à toi de me dire ce que j’ai à faire? Mon heure n’est pas venue». L’expression «femme» peut paraître brutale, mais il semblerait que c’est aussi la façon de parler de l’époque. Ce qui semble être le cas puisque le Coran relève, au contraire, la bonté de Jésus envers sa mère et qui le cite: «Je suis, en vérité, le Serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre, Il a fait de moi un prophète ; Il m’a béni, où que je sois. Il m’a recommandé la prière et l’aumône -tant que je vivrai-, et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux. Que la paix soit sur moi, le jour où je naquis, le jour où je mourrai, le jour où je serai ressuscité. » (Coran, XIX, 30-33)
    Ernest Renan, qui a fait les mêmes constatations, remarque que c’est seulement après la mort de Jésus que Marie acquiert une grande considération et que les disciples ont cherché à se l’attacher. Gérard Mordillat et Jérôme Prieur décrivent mieux cette situation, en écrivant dans leur ouvrage commun Jésus selon Mahomet, que «dans l’histoire du christianisme, le personnage de Marie va connaître un retournement complet, on est passé du négatif au positif. La femme malmenée de la tradition canonique va se muer en sainte par excellence, en icône catholique et romaine, triomphant auprès des peuples chrétiens qui l’acclameront avec ferveur».
    Effectivement, le retournement de situation de Marie se situe avec les Actes des Apôtres de Luc, écrits vers l’an 80 de notre ère. Ils décrivent Marie comme une femme pieuse, assidue à la prière. Ils sont relayés, au IIe siècle, par les Pères de l’Église qui s’efforcent de lui ôter toutes les polémiques et les accusations qui sont attachées à son image. Mais c’est au concile d’Éphèse, tenu en l’an 431 ap. J.-C., que Marie a l’image que les chrétiens se font d’elle aujourd’hui: la «Vierge Marie» est proclamée «Mère de Dieu» puisque Jésus est reconnu comme Fils de Dieu et Dieu lui-même. Cette idée est confortée par le concile de Nicée II, réuni en l’an 787, qui établit une véritable profession de foi la concernant: «Nous confessons aussi que notre souveraine sainte Marie est de plein droit et véritablement Mère de Dieu parce qu’elle a enfanté dans la chair l’un de la Trinité, le Christ notre Dieu, comme l’a défini pour la première fois le concile d’Éphèse».
    Le 1er novembre 1950, l’Église catholique décrète que le corps de Marie est «monté au ciel». Au concile Vatican II, plus proche de nous, puisque réuni en 1963, le pape Paul VI proclame Marie «Mère de l’Église», c’est-à-dire mère de ses fidèles et de ses pasteurs.
    Concernant toujours Marie, c’est dans les Apocryphes que l’on peut trouver des éléments qui concernent sa vie. De quoi s’agit-il? Ce sont des textes qui ressemblent aux vingt-sept livres du Nouveau Testament, mais n’en font pas partie. Ils ont toujours fait figure de «livres secrets», réservés à des groupes d’initiés. D’ailleurs, le terme de «apocryphos» en grec, signifie «caché». Ils contiennent des détails qui n’existent pas dans la Bible, et ont été, souvent, interdits de lecture publique dans les églises.
    Ainsi, le «Proévangile de Jacques», une sorte de «premier Évangile», rapporte que Marie, elle aussi, est née d’une conception miraculeuse. Sa mère, Anne, a prié Dieu de lui accorder un enfant qui se consacrera au service du Temple. Dieu lui envoie un ange pour lui annoncer la bonne nouvelle.
    À l’âge de trois ans, Marie vit au Temple. Quand elle atteint ses douze ans, elle devient l’épouse de Joseph. À partir de là, le récit rejoint celui des Évangiles, avec quelques détails inédits, comme par exemple, le fait que Marie est restée vierge, même après son accouchement de Jésus, ou encore que le grand prêtre ne croyant pas à la naissance miraculeuse, lui passe un test qui s’avère être concluant.  En réalité, le Proévangile a été écrit au IIe après J.-C., au moment où certains juifs accusent Marie d’avoir eu une relation illicite avec un soldat romain. Il dément cette allégation et donne une autre version des faits. Mais l’intérêt porté par les Apocryphes à Marie ne s’arrête pas là. Ils citent des miracles qui concernent le sort final de Marie et qui ont été intégrés dans la doctrine officielle de l’Eglise catholique:
    - La Dormition (mort comparable à un endormissement), fêtée le 15 août, depuis l’Antiquité.
    - L’Assomption de Marie (Marie élevée corps et âme au paradis), devenue un dogme en 1950.
    Ce dogme part du principe que Marie, ayant été préservée du péché originel, n’a pu connaître la situation d’être enterrée dans un tombeau. Donc, elle a été élevée, corps et âme, au ciel par la puissance de Dieu dès sa mort pour réapparaître à la droite de son fils. Alors que le Nouveau Testament ne fait pas cas de ce fait, le pape Pie XII, après consultation de tous les évêques, proclame le dogme de l’Assomption, fêtée le 15 août, par des processions impressionnantes, au même titre que les orthodoxes, depuis le VIe siècle (la Dormition). En revanche, les protestants, qui refusent de célébrer des évènements non rapportés par les Évangiles, ne lui consacrent aucun culte et rejettent, avec les orthodoxes, le dogme de l’Immaculée Conception, non cité par les Évangiles.
    De quoi s’agit-il? La Vierge Marie est née pure de toute souillure physique ou morale, c’est-à-dire sans avoir été atteinte par le péché originel, même si elle est née d’une relation charnelle. C’est du moins ce qu’a décidé le pape Pie IX par un décret publié le 8 décembre 1854.  Si les juifs ne reconnaissent aucune personnalité du Nouveau Testament, dont Jésus et Marie, le Coran, comme nous allons le voir, admet la naissance virginale et miraculeuse de Jésus et consacre à Marie de nombreux versets qui ne peuvent pas ne pas surprendre le lecteur.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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