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    Formation des enseignants: 80% des effectifs à renouveler en 10 ans, quel défi!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5515 Le 14/05/2019 | Partager
    Les gouvernements précédents n’ont rien fait pour préparer la relève
    Nouvelles licences: Un schéma plus consistant, mais pas exempt de failles
    Les académies et les centres régionaux faiblement impliqués en amont des cursus
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    A partir de 2013, les départs à la retraite se sont accélérés, passant de 7.000 à 2.293 en 2006, avant de monter à 9.472 en 2016. Les départs à la retraite anticipée ont également explosé. De 226 en 2006, ils ont grimpé à 1.526 en 2013, puis à 6.700 en 2016. Les enseignants sont chaque année plus nombreux à souhaiter quitter le système. Les créations de postes budgétaires, même si elles ont été augmentées, sont restées bien en dessous des besoins

    La qualité d’un système d’enseignement ne pourrait dépasser celle de ses enseignants, disent les experts en éducation. Avec des profs moyens, peu motivés et faiblement engagés, il ne faut pas s’attendre à un «miracle» à l’école publique.

    Avec sa «nouvelle» approche de formation des enseignants (voir article précédent), à travers une licence professionnelle en sciences de l’éducation dans les universités, le ministère de l’Education nationale ambitionne de changer la donne.

    Mais son défi est de taille, puisqu’il doit renouveler 80% des effectifs sur les dix prochaines années, en engageant plus de 200.000 enseignants. Pourra-t-il le faire correctement? Surtout que les gouvernements précédents n’ont rien fait pour préparer la relève, avec un cumul de déficit chronique et un dispositif de formation cocotte-minute!

    Après les nouvelles licences, les lauréats peuvent choisir de continuer leurs études avec un master, voire un doctorat. Ou bien, passer le concours de recrutement des Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref), et suivre deux années de formation complémentaire dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF), soit un total de cinq ans. Le parcours des CRMEF prévoit une année de consolidation, et une deuxième en alternance entre cours théorique et pratique dans les établissements scolaires. Ce modèle vient remplacer les formations express (quelque 8 mois) dans les CRMEF. Mais est-ce pour autant le schéma parfait?

    Pour les nouvelles licences, c’est le département de l’Enseignement supérieur qui a conçu les syllabus. «Le programme a été discuté au sein de nos départements à la faculté, mais nous nous sommes basés sur le canevas envoyé par le ministère», témoigne Omar Saddiqi, doyen de la faculté des sciences Aïn Chock de Casablanca.

    Cela a été le cas pour d’autres facultés. La concertation avec les CRMEF, ainsi qu’avec les Aref, qui sont le client final de cette formation, n’a donc pas été assurée, ou du moins, pas dans tous les cas. Néanmoins, les modules liés à la pédagogie, à la didactique, langues, communication, psychologie de l’enfant… ont été confiés à des intervenants externes, y compris des formateurs des CRMEF.

    L’université d’Agadir, qui a lancé trois licences en sciences de l’éducation dans trois facultés, fait partie de celles ayant opté pour une approche participative. En amont de la conception des filières ouvertes, une journée d’étude a été organisée avec l’Aref et le CRMEF du Souss-Massa.

    «Nous avons monté les filières ensemble. Nous nous sommes chargés des matières disciplinaires, tandis que le CRMEF et l’Aref se sont occupés de celles liées à la pédagogie et à la didactique, car nous n’avons pas de compétences dans le domaine», confie Fatehallah Ghadi, vice-président de l’université Ibn Zohr d’Agadir, en charge des affaires pédagogiques, sociales et culturelles. Des inspecteurs pédagogiques ont également pris part à la rencontre.

    Retour au modèle des années 60, mais…

    «Il faut un continuum entre l’université et les CRMEF. Ces derniers doivent être impliqués dans le processus de formation dès la première année de la licence, et assurer un suivi de la cohorte du début à la fin», estime Abdelhafid Debbarh, ancien secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur. Pour le moment, ceci n’est pas vraiment le cas.

    Confier la formation des enseignants aux universités, c’était le schéma des années 60. «L’université répondait très bien à la demande de formation d’enseignants en maths, sciences, histoire/géo… à travers des licences dédiées. Tous les lauréats s’inséraient dans le secteur de l’éducation. Mais avec la saturation des postes, le dispositif s’est arrêté», relève Rachid Hilal, vice-président de l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida, en charge des affaires académiques. Actuellement, avec les départs à la retraite, les besoins sont à nouveau énormes. Les universités sont donc appelées à la rescousse.

    «Avant même la création des Ecoles normales supérieures (ENS), les futurs profs étaient formés pendant quatre ans à l’université. Ils avaient droit à une bourse. Parallèlement, il existait des établissements scolaires d’application, où les étudiants passaient des stages sous le parrainage d’enseignants chevronnés, choisis parmi les meilleurs et rémunérés pour les chapeauter», rappelle Mohamed Ould Dada, ancien DRH du ministère de l’Education nationale.

    Ce modèle a depuis été abandonné. Les professeurs tuteurs rémunérés, aussi, n’existent plus.   D’ailleurs, depuis l’indépendance, le dispositif de formation des enseignants a été modifié à plusieurs reprises et n’a cessé de s’enliser.

    Avec la nouvelle approche, l’espoir renaît. Mais il faudrait y mettre tous les ingrédients de qualité: une concertation rapprochée entre intervenants pour la conception des programmes, une réelle alternance entre théorie et pratique, introduction du tutorat rémunéré entre enseignants, renforcement du corps des inspecteurs pédagogiques pour l’encadrement des profs, une sélection rigoureuse à l’entrée et une formation continue soutenue.

    Sans compter la mise en place, en amont, de bourses d’études alléchantes, et en aval, de salaires suffisamment attractifs pour attirer les meilleurs profils. Pour s’offrir des enseignants de meilleure qualité, le Maroc devra consentir des budgets conséquents. Mais est-il prêt à le faire?

    Centres régionaux: Un problème de statut?

    Pour leur part, les CRMEF ne sont pas exempts de critiques. «Avant, la formation des formateurs faisait partie de la stratégie de formation des enseignants. Depuis quelques années, il suffit de détenir un doctorat pour devenir formateur. Les CRMEF se sont transformés en un lieu de rassemblement de tous ceux possédant un doctorat», déplore Mohamed Ould Dada, ancien DRH du ministère de l’Education nationale, coordonnateur du projet UIR-Education de l’Université internationale de Rabat. Autre lacune, la relation entre les CRMEF et les Aref semble compliquée. «Les CRMEF, même s’ils forment pour les académies régionales, ils ne relèvent pas d’elles, ce sont des centres universitaires. Pour collaborer ensemble, ils doivent signer une convention. Les programmes de formations, eux, ne sont pas élaborés de manière concertée», pointe du doigt Ould Dada. «Ces centres présentent un réel problème de statut. Ce ne sont pas non plus des centres de formation professionnelle, et ne délivrent pas de diplôme à la fin du cursus», ajoute-t-il. Nés de la fusion entre les Centres de formation des instituteurs (CFI) du primaire et les Centres pédagogiques régionaux (CPR) formant des profs du secondaire, les CRMEF ont vu le jour en 2012.

    Ahlam NAZIH

     

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