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    Economie

    PPP: La recette de la Jordanie pour séduire le privé

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5504 Le 26/04/2019 | Partager
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    Pour Imad Fakhoury, les nouveaux PPP devraient être choisis dans les secteurs qui ont le plus d’impact et le potentiel de générer des recettes substantielles pour le gouvernement ou permettre une réduction significative de la dette publique (Ph. INM)

    Concurrence, transparence et bonne préparation des transactions sont les clés de la transformation et de la réussite du Partenariat public-privé (PPP). Imad Fakhoury, ancien ministre jordanien des investissements et actuel conseiller spécial du vice-président de la SFI, parle de l’aéroport d’Amman, réalisé sous ce modèle et qui génère des recettes à l’Etat. Selon lui, la nouvelle réforme au Maroc apporte toutes les améliorations nécessaires. Entretien. 

    - L’Economiste: Quelles sont les opportunités de Partenariat public privé pour le Maroc?
    - Imad Fakhoury: Les PPP sont des accords de long terme entre une institution gouvernementale et une entreprise privée pour la fourniture d’un service public, notamment pour des projets d’infrastructure. Le Maroc dispose aujourd’hui d’une infrastructure relativement bien développée, grâce aux importants efforts d’investissement réalisés par l’Etat et les entreprises publiques au cours des 20 dernières années. Pourtant, relativement peu de projets ont été développés sous forme de PPP, ce qui est surprenant pour un pays ayant un niveau de développement comparable à celui du Maroc.
    De nombreuses études de la Banque mondiale montrent que le pays gagnerait beaucoup à utiliser les PPP pour attirer des financements privés pour les infrastructures. Ceci permettrait en effet d’alléger les contraintes budgétaires, d’optimiser la gestion des infrastructures et d’améliorer la gouvernance. Je pense que les PPP, s’ils sont mis en œuvre dans le cadre d’une stratégie bien pensée, peuvent être un outil efficace en vue d’atteindre les objectifs en termes de création d’emplois, d’optimisation des finances publiques et de développement du marché des capitaux. Il y a un intérêt significatif du secteur privé pour le Maroc, qui possède un fort potentiel comme acteur régional dans certains secteurs tels que le transport, la logistique, les énergies renouvelables, etc. En monétisant certains actifs, via les PPP, le gouvernement du Maroc pourra déployer ses ressources de façon stratégique en dépit des contraintes budgétaires. Ce qui lui permettra de libérer des ressources pour augmenter l’investissement public dans les secteurs sociaux.

    - Pourquoi ce modèle n’a pas séduit les opérateurs privés?
    - Ce modèle intéresse bien au contraire le secteur privé. Nous pouvons citer en exemple, le projet d’irrigation de Guerdane, le développement extraordinaire de TangerMed, le programme d’énergie renouvelable de Ouarzazate, etc. Le secteur des infrastructures au Maroc constitue une très belle opportunité pour des investisseurs privés. Il appartient maintenant au Maroc d’en profiter pour attirer des partenaires privés, en créant de la concurrence, de la transparence et des transactions bien préparées, reflétant les objectifs du Maroc. Toutefois, il est important de noter que le soutien du gouvernement demeure primordial pour le développement des infrastructures, notamment dans certaines régions et secteurs, où le privé est plus difficile à mobiliser.

    - S’il fallait amender la loi, que lui apporter comme nouveautés?
    - La législation actuelle sur les PPP est suffisante et la nouvelle loi apporte toutes les améliorations nécessaires. D’ailleurs, le projet d’irrigation de Guerdane a même été développé en PPP avant même l’existence de la loi et a été couronné de succès. Le meilleur plan d’action pour un pays comme le Maroc est de commencer à mettre en œuvre de grands projets de PPP pour un effet de démonstration. Idéalement, les nouveaux PPP devraient être choisis dans les secteurs qui ont le plus d’impact et le potentiel de générer des recettes substantielles pour le gouvernement ou permettre une réduction significative de la dette publique.

    - Quels sont les secteurs pour lesquels les PPP peuvent être la meilleure solution de financement?
    - Les meilleurs secteurs pour les PPP sont ceux dont la gestion est complexe. C’est là que le secteur privé a la plus grande valeur ajoutée. Par exemple, dans le cas d’un aéroport, la rentabilité peut être largement améliorée en optimisant l’expérience des voyageurs et en leur offrant plus de services connexes comme le duty free ou la restauration ayant un fort potentiel de rentabilité. Les opérateurs privés seront plus à même de répondre à ces défis, de par leur expérience acquise dans la gestion de multiples aéroports et leur objectif de rentabilité. Lorsqu’un aéroport est mis en concession, une partie des revenus générés par son exploitation est reversée à l’État. Les PPP représentent ainsi une solution de financement attractive pour des aéroports, des ports, des actifs des secteurs de l’énergie et de l’eau (dessalement, traitement et distribution) et certains services d’exploitation ferroviaire.

    - Quel est le modèle retenu pour la réalisation de l’aéroport d’Amman?
    - À Amman, nous avons décidé, il y a 13 ans, de retenir IFC (International Finance Corporation) pour structurer et mettre en œuvre une concession de 25 ans pour la construction, le financement et l’exploitation de l’aéroport Queen Alia. IFC a contribué à la définition d’un schéma de PPP qui allouerait de manière équitable les responsabilités et les risques liés à l’exploitation de l’aéroport entre les parties publique et privée. C’est sur la base de cette structure de PPP que l’appel d’offres a été organisé. A la suite d’un processus compétitif, l’offre du groupement emmené par la société Aéroports de Paris Management a été retenue parmi cinq offres reçues. Ce projet a été une réussite pour le gouvernement de Jordanie et pour le secteur privé. Non seulement, l’Etat jordanien a économisé plus de 1 milliard de dollars en dépenses d’investissement, et reçoit annuellement des redevances importantes, de l’ordre de 55% du chiffre d’affaires annuel. Le nouvel aéroport a également reçu plusieurs distinctions internationales pour la qualité de son service. Fort de ce succès, le gouvernement jordanien a mis en œuvre un programme de PPP de 10 milliards de dollars dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’assainissement, et aussi désormais pour des écoles et des plateformes logistiques.

    - Peut-on le dupliquer au Maroc?
    - Nous sommes convaincus que le succès du PPP de l’aéroport d’Amman peut être reproduit chez vous. Ce modèle est très pertinent pour le Maroc, qui de par son potentiel économique et son statut investment grade, est aujourd’hui un pays très attractif pour les investisseurs. Les PPP permettront au Maroc de monétiser certains services publics, et contribueront ainsi à réduire la dette publique, tout en créant de nouvelles recettes pour l’État. Le Maroc pourra aussi bénéficier de l’expertise des opérateurs privés afin d’améliorer la qualité de services et développer les secteurs et infrastructures concernés.

    Mohamed CHAOUI

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