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    L’Eglise chrétienne au Maroc, du IIe siècle à aujourd’hui

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5484 Le 29/03/2019 | Partager
    Une présence continue au cours de l’Histoire
    Des échanges politiques, sociaux et économiques
    Deux évêchés à Tanger et Rabat
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    Considéré comme l’un des 4 pères de l’Eglise occidentale, Saint Augustin est l’une des figures les plus influentes du christianisme (Ph. DR)

    Avant la conquête arabe, le Maroc était animiste, juif et chrétien. La présence du christianisme en Afrique du Nord est avérée dès la fin du IIe siècle où l’on en retrouve des traces antiques à Tanger (Tingis), Asilah (Zilis), Ceuta (Septem), Larache (Lixus), Tétouan (Tamuden-sis) et  Salé (Salensis)... Un certain nombre de théologiens berbères furent des figures importantes dans le développement du christianisme occidental.

    En particulier, l'évêque Donatus Magnus qui fut le fondateur d'un groupe chrétien connu sous le nom de donatistes. L'Église catholique du IVe siècle qualifiait les donatistes d'hérétiques, et la dispute a mené à un schisme dans l'église, divisant les chrétiens libyques.

    Ces derniers seront farouchement combattus par un autre personnage berbère des plus illustres: Augustin d'Hippone, dit Saint Augustin, originaire de la ville algérienne d’Annaba. L’exégète et historien belge Robert Joly le décrivait ainsi: «De tous les pères de l'église, Saint Augustin était le plus admiré et le plus influent au Moyen Age. Augustin était un étranger, un Nord-Africain natal dont la famille n'était pas romaine, mais berbère. Il était un génie, un géant intellectuel».

    Après l’implantation de l’islam au Maghreb, des petites communautés chrétiennes ont subsisté jusqu’au XIIIe siècle, en certains lieux, malgré la disparition progressive de la hiérarchie ecclésiastique. En 1219, du vivant même de Saint François d’Assise, les premiers Franciscains entrèrent au Maroc à la demande du Sultan de Marrakech pour assurer la liberté de culte de ses captifs.  En 1225, le Saint-Siège nommait, pour les territoires sous domination almohade, un évêque dominicain.

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    La visite du Pape intervient 800 ans après la rencontre entre Saint François d’Assise et le Sultan Al-Malik al-Kāmil, ayant initié la volonté de dialogue et l’instauration de relations harmonieuses entre le catholicisme et l’islam (Ph. DR)

    Du XIVe au XVIIe siècle, les missionnaires espagnols continuèrent à exercer leur apostolat parmi les captifs chrétiens. Avec le protectorat, l'Église catholique se développera rapidement non sans quelques batailles internes entre les territoires sous domination espagnole et ceux sous le joug français. En 1923, Pie XI créa 2 Vicariats apostoliques: un avec siège à Rabat, pour la zone française, et un autre à Tanger, pour la zone espagnole et la zone internationale de Tanger.

    Les deux églises avaient pour consignes strictes d’éviter tout prosélytisme. En 1955, 200 églises ou chapelles étaient à la disposition des 500.000 Européens du Maroc. Une neutralité qui ne sera rompue qu’une seule fois, dans l’Histoire, lorsque l’évêque de Rabat Mgr Lefèvre, publiera une lettre soutenant les efforts d’indépendance du Maroc. Il y plaida pour un nécessaire respect des volontés du peuple marocain à sa souveraineté. 

    Le Sultan Mohammed V, lui-même, approuvera la lettre et invita Mgr Lefèvre à la Fête du Trône le 18 novembre 1952 où il revendiqua l’indépendance. Un événement particulièrement important de l’histoire de l’Église au Maroc et du dialogue islamo-chrétien fut la visite du Pape Jean-Paul II à Casablanca le 19 août 1985 avec sa mémorable rencontre à Casablanca avec 80.000 jeunes Marocains au stade Mohammed V.

    Mais ces années 1975 à 1990 virent aussi le départ massif des chrétiens et celui de nombreuses congrégations religieuses du Maroc, de nombreuses églises furent fermées, parfois démolies ou vendues, la plupart du temps remises au domaine privé de l'État.

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    Notre dame de l’Atlas à Midelt abrite encore aujourd’hui une communauté de moines de trappistes. Le monastère a accueilli  les deux survivants de Tibhirine après le massacre en 1996, lors de la guerre civile algérienne (Ph. DR)

    Dans la dynamique du concile Vatican II, l'œcuménisme se développa entre les Églises anglicane, orthodoxe, catholique et évangélique, ce qui se traduira par la création d'un Conseil des Églises chrétiennes au Maroc, et en 2012 par la création de l'Institut Al Mowafaqa.  La première Église protestante au Maroc sera fondée en 1874 à Essaouira. Dès le milieu du 19e siècle, une communauté anglicane s'est constituée, bâtissant son propre cimetière vers 1850 et érigeant en 1906 à Casablanca l’église Saint John, qui existe toujours.

    En 1913 se constitue à Casablanca la première communauté protestante francophone organisée. Les premiers temples sont construits dans les années 1920-1930 et l'Église réformée évangélique française au Maroc reçoit son statut légal par le décret royal du 19 avril 1926. En 1959, les protestants donnent à leur Eglise le nom d'Église évangélique au Maroc. Des Églises grecque et russe orthodoxes sont également érigées à Casablanca et Rabat.

    Aujourd’hui, l’Eglise connaît un sursaut de vitalité grâce notamment aux nombreux étudiants subsahariens qui sont accueillis au sein des établissements d’enseignements supérieur du Maroc depuis une quinzaine d’années. Parmi eux, figure un grand nombre de chrétiens. Ils ont donc donné un nouveau souffle à l’Église au Maroc, qui rassemblerait aujourd’hui environ 30.000 chrétiens, dont 20.000 catholiques et 10.000 protestants, et dont la moyenne d’âge se situe à 35 ans.

    Un nouveau souffle

    En 1984, le Roi Hassan II donne par Dahir royal un statut à l’Église catholique du Maroc, ainsi assurée de pouvoir exercer publiquement et librement sa mission spirituelle, et d'assurer ses activités propres (telles que le culte, le magistère, la juridiction interne, la bienfaisance, l'enseignement religieux et l'assistance aux prisonniers), en faveur de ses fidèles. Le statut comprend en outre le droit de créer des associations à but confessionnel, éducatif et charitable, ainsi que le droit de visite aux prisonniers de confession catholique. Aujourd’hui, plusieurs communautés sont installées dont les Franciscaines missionnaires de Marie à Nador qui apportent leur soutien aux migrants, la Compagnie missionnaire du Sacré-Cœur de Jésus à Taza qui possède un centre d’accueil pour personnes handicapées et les Salésiens de Don Bosco à Kenitra qui s’occupent de la gestion des deux écoles catholiques et des deux centres de formation situés dans la ville. D’autres communautés sont à vocation plus contemplatives: les Clarisses à Casablanca, les Carmélites à Tanger et les Trappistes à Midelt.

                                                                                  

    L’Esprit Toumliline

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    Le Prince Moulay Hassan durant l’été 1957, dans le monastère où eut lieu le premier cours d'été, pour lequel il a proposé le thème de l’éducation (Ph. Archives du Maroc)

    La parenthèse de Toumliline restera gravée dans l’histoire œcuménique du Royaume. Le monastère de Toumliline fut fondé en 1952. Issus du monastère bénédictin d'En-Calcat (France), 20 moines arrivent en 1952 près d'Azrou, et érigent ce lieu pour la prière, le travail et l'accueil. 

    Sous la houlette du père Denis Martin, les moines apprennent l'arabe et le berbère, embauchent des ouvriers de la région pour édifier le monastère et travailler les terres qu'ils ont acquis. Bien vite ils ouvrent un dispensaire, offrent du soutien scolaire aux enfants et jeunes de la région. Le père Denis propose alors des rencontres entre chrétiens et musulmans, avec des experts venant de tous les continents.

    Durant l’été 1957 eut lieu le premier cours d'été, pour lequel le Prince Moulay Hassan propose le thème de l’éducation, en disant: «Nous ne parviendrons à accomplir notre tâche profondément que dans la mesure où nous aurons donné à ce peuple une notion saine de l’éducation».

    Mohammed V reçoit les sessionistes, parmi lesquels la Princesse Lalla Aïcha et de nombreux universitaires. Jusqu'en 1968, année de fermeture du monastère, les sessions d'été rassemblèrent des centaines de participants, avec des experts du Maroc et du monde entier, en particulier l’islamologue Louis Massignon et l’historien René Rémond, autour de thèmes tels que la cité,  le développement économique et humain, les problèmes majeurs de l'histoire du Maroc, les grands courants de la civilisation moderne, la rencontre des cultures...

    Amine BOUSHABA

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