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    Enseignants contractuels: Ministère et gouvernement coupables d’improvisation

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5476 Le 19/03/2019 | Partager
    Le recrutement par contrat décrété à la hâte en 2016-2017
    Pour répondre au déficit criant en profs et soulager les classes encombrées
    La grève de retour cette semaine, les élèves pris en otage!
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    Cette semaine de grève est la troisième de ce mois de mars. Le ministère se veut intransigeant. Dans un communiqué édité dimanche dernier, le département de Saaïd Amzazi assure que toutes les mesures administratives et légales seront prises à l’encontre de toute personne entravant le fonctionnement normal des écoles. Les profs qui s’absenteront sans motif seront également sanctionnés (Ph. Bziouat)

    «En moins de trois ans, nous avons recruté 70.000 enseignants. Jamais une loi de finances n’aurait permis autant de créations de postes», se félicitait, jeudi dernier, le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi à HEM Fès, en évoquant le recrutement de profs par contrat. Invité par la business school, il participait à une rencontre sous le thème: «L’école au cœur du débat».

    Oui, l’embauche par contrat a permis d’intégrer des dizaines de milliers de profs dans un délai très court. Mais faut-il s’en réjouir pour autant? Rappelons les faits. Le système de contractualisation ne découle nullement d’une décision mûrement réfléchie ou d’une stratégie suffisamment étudiée en amont. Il s’agit d’une mesure improvisée, prise à la hâte en 2016-2017 afin de répondre à une situation d’urgence: un cruel déficit en enseignants, poussant des écoles, collèges et lycées à entasser leurs élèves à 60, voire à 70, dans les classes. Certains établissements ont même dû recourir à des bénévoles pour assurer les cours.

    «C’était le seul moyen de sauver les meubles!»

    Des milliers d’élèves n’ont rien fait de leurs journées durant tout le premier semestre faute d’enseignants, ou se sont retrouvés noyés dans des classes pléthoriques face à des profs ne sachant comment les gérer. Un ordre royal a sommé le ministère de l’Education nationale et celui des Finances à conclure une décision commune pour engager 11.000 profs.

    Et c’est le contrat qui a été choisi. Recrutés par les Académies régionales de l’éducation et de la formation (Aref) et non directement par le ministère, les contractuels ont été affectés à leurs classes début 2017, sans aucune formation préalable.
    Leur mission s’apparentait plus à du «gardiennage» d’enfants. Pour des milliers d’élèves, 2016-2017 a finalement été une année blanche.

    «C’était le seul moyen de sauver les meubles», reconnaît Amzazi. «De 2013 à 2015, les départs à la retraite dépassaient de loin les postes créés. C’était la responsabilité de l’exécutif et non de l’Education nationale. C’est le gouvernement qui n’a pas été au rendez-vous», insiste-t-il. Le ministère de l’Education nationale est, cependant, coupable de complicité, pour être resté silencieux face à une catastrophe d’une telle ampleur.

    Durant son mandat de ministre en charge de l’enseignement fondamental entre 1998 et 2000, Moulay Ismaïl Alaoui avait crié haut et fort à la Primature le besoin urgent de son département en profs, après que sa requête ait été refusée par les Finances.

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    Quatre promotions de profs contractuels ont été recrutées depuis 2017. La dernière, de 15.000, est actuellement en cours de formation. Le secteur traîne un déficit chronique. Cette année encore, le nombre de recrues ne répond pas au besoin exprimé par l’Education nationale, qui est de 21.520 enseignants

    Une étude de son ministère avait fixé le besoin en postes à 11.000 par an durant cinq ans. Il ne les aura pas, mais ses «hurlements», arrivés aux oreilles de Hassan II, lui ont valu une précieuse rallonge. Pourquoi ses successeurs ne se sont-ils pas montrés aussi insistants pour défendre l’avenir d’une école publique affaiblie par un déficit chronique?

    Les départs à la retraite, de même que les besoins, sont prévisibles des années à l’avance. Nous savons aujourd’hui par exemple, que le besoin en enseignants d’ici 2030, à la fois pour remplacer les départs à la retraite et décliner la réforme, est de 206.096 profils.

    Le gouvernement continue, malgré tout, à reléguer les recrutements du secteur au second plan. Cette année encore, le secteur n’a pas eu droit à suffisamment de postes budgétaires. Le gouvernement n’en a octroyé que 15.000, alors que le besoin réel est de 21.520. Comment peut-on ériger la réforme du système d’enseignement en priorité nationale sans pour autant mobiliser les moyens nécessaires pour y arriver?!

    «Le contrat proposé était un CDD de deux ans», précise Amzazi. Le ministère a jusque-là avancé qu’il s’agissait d’un contrat «non régi par le code du travail, mais par une décision commune entre les Finances et l’Education nationale, renouvelable de manière tacite et dont la portée est indéterminée».

    L’actuel ministre, nommé en janvier 2018, a le mérite d’être clair et direct dans ses propos. «Le contrat avait expiré et il fallait reverser les contractuels dans un nouveau statut. C’est ce que nous avons fait», poursuit-il. Le nouveau statut pour le recrutement du personnel des Aref a été introduit à la dernière rentrée.

    Pour leur part, les profs contractuels, même s’ils ont accepté et signé tous les termes de leur contrat, précisant clairement leur statut d’employés des Aref et non de fonctionnaires du ministère comme leurs prédécesseurs, ont fini par revenir sur leur engagement.

    Organisés en coordination, ils réclament le statut de fonctionnaires de l’Etat. Un statut leur garantissant un emploi à vie, sans risque de se faire virer, quel que soit leur rendement. Des sit-in et deux semaines de grève ont été organisés ce mois de mars. Une grève a été annoncée pour cette semaine aussi.

    «L’intégration ou le blocage»

    Soutenus par les syndicats les plus représentatifs du secteur (qui ont aussi ressorti leurs propres dossiers), les contractuels ne comptent pas céder. Leur slogan, «l’intégration à la fonction publique ou le blocage». Les élèves, eux, sont pris en otage de cette situation.

    Sous pression, le ministère, et avec lui le gouvernement, agissent, encore une fois, dans l’urgence. En trois jours, la contractualisation est abandonnée, et tous les contractuels sont reversés dans le nouveau statut, sans qu’ils aient besoin de signer un quelconque avenant. Ils accèdent, également, à tous les droits et avantages de leurs collègues de la fonction publique. Le recrutement demeure, cela dit, local, à travers les Aref.

    Pour Amzazi, cela permet aux Aref d’embaucher, en toute autonomie, dans leurs bassins régionaux en fonction de leurs besoins. Chose qui était impossible auparavant. Il n’est donc plus question de revenir sur ce modèle. Les désormais ex-contractuels, quant à eux, rejettent toutes ces mesures. Pour eux, c’est la fonction publique ou rien. Le bras de fer continue, au grand dam des élèves, éternels perdants du système, alors qu’ils devraient en être la priorité des priorités.

    Ahlam NAZIH

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