International

Algérie: «Pas de ruse Bouteflika…»

Par L'Economiste | Edition N°:5472 Le 13/03/2019 | Partager
Il renonce à briguer un 5e mandat, mais reste au pouvoir
La rue toujours en colère

«Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir: la dernière ruse de Bouteflika», titrait en Une des journaux algériens. Plusieurs milliers d'étudiants ont manifesté mardi 12 mars dans le centre d'Alger, dénonçant aussi une «ruse» du président pour se maintenir au pouvoir, au lendemain du retrait de sa candidature à un 5e mandat et du report sine die de la présidentielle.

Il a prolongé aussi son mandat, jusqu'à un prochain scrutin dont la date sera fixée ultérieurement par une Conférence nationale (dont il souhaite que les travaux s'achèvent avant la fin de l'année).

La joie a progressivement cédé la place au doute quand les Algériens ont commencé à découvrir les détails du plan proposé par Bouteflika dont le mandat s'achève le 28 avril 2019. En s'engageant «à remettre les charges et les prérogatives de président de la République au successeur que le peuple algérien aura librement élu», Bouteflika fait savoir qu'il «restera en fonction au-delà de l'expiration de son mandat. Et ce, jusqu'à ce qu’un nouveau président sorte des urnes».

Aucun texte (Constitution ou loi) n'est invoqué dans le message de Bouteflika pour reporter la présidentielle. Des messages relayés sur les réseaux sociaux appellent à manifester pour «la fin du système».

Le président algérien a parallèlement limogé le Premier ministre Ahmed Ouyahia, remplacé par Noureddine Bedoui, jusqu'ici ministre de l'Intérieur. Bedoui a été chargé de former un nouveau gouvernement. Il est accompagné d'un vice-Premier ministre, une première depuis 2012: Ramtane Lamamra, diplomate qui retrouve en outre le portefeuille des Affaires étrangères qu'il avait détenu entre 2013 et 2017.

Après deux semaines d'hospitalisation en Suisse, Bouteflika, 82 ans et sérieusement affaibli à la suite d'un AVC en 2013, est apparu lundi dans la soirée (au lendemain de son retour en Algérie) sur des images diffusées par la télévision algérienne, peu après ses annonces. Il a reçu successivement, dans sa résidence médicalisée de Zéralda, près d'Alger, plusieurs hauts responsables du pays.

A l'international, la France a salué par la voix du président Emmanuel Macron (il a démarré lundi à Djibouti une tournée en Afrique de l'Est), la décision du président algérien, tout en appelant à une transition d'une durée raisonnable.

Une économie dépendante des hydrocarbures

L'Algérie (dont la moitié de la population a moins de 30 ans) est en proie à des difficultés économiques et sociales notamment liées à la chute des prix du pétrole. Son économie reste marquée par une forte intervention étatique. La rente pétrolière subventionne carburant, eau, santé, logements et produits de base. Alger est le 3e producteur de brut d'Afrique et le 9e producteur de gaz mondial. Les hydrocarbures rapportent plus de 95% des recettes extérieures et contribuent pour 60% au budget de l'Etat. Fin 2018, le centre d'analyses International Crisis Group estimait que des réformes étaient urgentes pour diversifier l'économie et qu'en dépit du rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019. Le pays peut néanmoins compter sur une dette extérieure inférieure à 2% du PIB et à des partenaires prêts à apporter leur soutien.

F. Z. T. avec agences

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